2008 - Claude Lévi-Strauss aura 100 ans

« Pendant ce siècle de vie, la population mondiale aura augmenté de près de 350% »

9 mai 2008

Cette année 2008, Claude Lévi-Strauss*, anthropologue, ethnologue et philosophe, fêtera son 100ème anniversaire.
Chercheur infatigable, écrivain et vulgarisateur de grand talent, Claude Lévi-Strauss a démontré que l’étude de sociétés différentes de la nôtre permettait d’acquérir une distanciation nécessaire à l’étude de la société dans laquelle nous vivons.
Adoptant pour ses recherches une méthode marxiste, Claude Lévi-Strauss s’est toujours refusé à étudier l’économie à la façon des “papes” de l’économie dite moderne dont l’actualité souligne les erreurs dramatiques. Fidèle à Marx, Claude Lévi-Strauss passe l’économie étudiée au crible de la réalité des rapports sociaux de production.
Plaçant l’Humain et l’interaction de leurs activités sur la nature au cœur de ses études, Claude Lévi-Strauss ne pouvait que se passionner pour l’étude de la démographie.
La vie même de ce savant permet de mesurer l’ampleur des bouleversements que connaît notre planète ; bouleversements sur lesquels Paul Vergès ne cesse d’insister.
Lorsque Claude Lévi-Strauss vient au monde, celui-ci compte un milliard et demi d’habitants. En 2008, année de son 100ème anniversaire, la planète porte plus de 6 milliards 695 millions d’habitants. En l’espace d’une vie, la population mondiale s’est accrue de 347%. Or, tous les scientifiques estiment que la Terre devrait pouvoir nourrir sans difficulté 12 milliards d’humains. Qu’elle n’y parvienne pas devrait sans doute conduire chacun de nous à réfléchir aux raisons d’un tel échec qui, chaque année, se traduit en millions de morts.

Jean Saint-Marc


Claude Lévi-Strauss

Sa vie

Né le 28 novembre 1908. Études secondaires à Paris (lycée Janson de Sailly), études supérieures à la Faculté de droit de Paris (Licence) et à la Sorbonne (agrégation de philosophie, 1931, doctorat ès lettres, 1948).
En 1958, il est élu professeur au Collège de France, à la chaire d’anthropologie sociale qu’avait occupée Marcel Mauss, dont la pensée annonçait la sienne sur plus d’un point. L’œuvre et l’enseignement de Lévi-Strauss, outre leur influence à l’étranger, ont, en France, grandement contribué à susciter un nouvel essor de la recherche anthropologique et de l’ethnologie de terrain. Claude Lévi-Strauss est membre de l’Académie française depuis 1973.

La leçon de Marx

Dès sa 17ème année, Claude Lévi-Strauss se passionne pour la politique. Très engagé à gauche, il se mit à lire Marx, qui allait le marquer très profondément et dont l’influence allait perdurer bien après qu’il se fut détaché de la politique. Dans l’œuvre de Marx, Lévi-Strauss n’a cessé de voir, et continue de voir, une incitation à considérer que, dans le domaine des sciences sociales, l’analyse doit passer par la construction de modèles théoriques qui permettent d’appréhender la complexité du réel à partir des structures qui l’organisent et non par la simple observation des données de l’expérience.
« Vers ma dix-septième année, j’avais été initié au marxisme par un jeune socialiste belge, connu en vacances et qui est aujourd’hui ambassadeur de son pays à l’Étranger. La lecture de Marx m’avait d’autant plus transporté que je prenais pour la première fois contact, à travers cette grande pensée, avec le courant philosophique qui va de Kant à Hegel : tout un monde m’était révélé. Depuis lors, cette ferveur ne s’est jamais démentie et je m’applique rarement à débrouiller un problème de sociologie ou d’ethnologie sans avoir, au préalable, vivifié ma réflexion par quelques pages du 18 Brumaire de Louis Bonaparte ou de la Critique de l’économie politique.
Il ne s’agit d’ailleurs pas de savoir si Marx a justement prévu tel ou tel développement de l’histoire. À la suite de Rousseau, et sous une forme qui me paraît décisive, Marx a enseigné que la science sociale ne se bâtit pas plus sur le plan des événements que la physique à partir des données de la sensibilité : le but est de construire un modèle, d’étudier ses propriétés et les différentes manières dont il réagit au laboratoire, pour appliquer ensuite ces observations à l’interprétation de ce qui se passe empiriquement et qui peut être fort éloigné des prévisions. À un niveau différent de la réalité, le marxisme me semblait procéder de la même façon que la géologie et la psychanalyse entendue au sens que lui avait donné son fondateur : tous trois démontrent que comprendre consiste à réduire un type de réalité à un autre ; que la réalité vraie n’est jamais la plus manifeste ; et que la nature du vrai transparaît déjà dans le soin qu’il met à se dérober. Dans tous les cas, le même problème se pose, qui est celui du rapport entre le sensible et le rationnel et le but cherché est le même : une sorte de super-rationalisme, visant à intégrer le premier au second sans rien sacrifier de ses propriétés ».

“Tristes Tropiques”, Plon, 1955, p.62

Karl Marx
 : « Dans la production, les hommes n’agissent pas seulement sur la nature, mais aussi les uns sur les autres. Ils ne produisent qu’en collaborant d’une manière déterminée et en échangeant entre eux leurs activités. Pour produire, ils entrent en relations et en rapports déterminés les uns avec les autres, et ce n’est que dans les limites de ces relations et de ces rapports sociaux que s’établit leur action sur la nature, la production ».
(K. Marx - 1847 - Travail salarié et Capital - K. Marx (III))


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Témoignages - 82e année


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