La concentration de richesses révèle l’ampleur des inégalités dans les anciennes colonies intégrées à la République française comme La Réunion
5 juin, parRapport sur les riches publié par l’Observatoire des inégalités
PORTRAIT
29 août 2006

... se souvient du “coup” de Jenny
On écouterait des heures “Pépé” qui a tant à partager sur sa vie de pêcheur qu’il a amorcée à La Possession avec son père.
Augustin Émilien Mandar dit “Pépé” est un grand gaillard touchant et passionnant. Il m’a donné rendez-vous, hier matin, chez lui au Port où il m’attendait assis tranquillement dans son fauteuil. Il tenait une fine aiguille entre les doigts. Il n’avait ni l’intention de coudre, ni de tricoter. Il préparait tout simplement des hameçons pour attirer les poissons. Il m’invite à m’asseoir pour un échange très enrichissant. Et pour placer un mot, je dois “m’imposer de toutes mes forces”. Il n’a qu’un désire : parler et parler encore de son métier de pêcheur qu’il a épousé dès son enfance. Il a commencé à travailler sur les “kals” de La Possession sans être déclaré, pour terminer pêcheur professionnel dont il est retraité depuis peu.
Il se brûle les pieds
Augustine Eugénie Labie, sa mère, mariée à Émilien Mandar, son père, a vécu à La Possession non loin de l’actuelle poste. De cette union est né “Pépé” le 21 novembre 1946, à la maternité de Saint-Denis. Quatre années après cet heureux événement, sa mère ferme les yeux et l’enfant se remettra tant bien que mal de cette disparition. Il se retrouvera seul, non pas par négligence de son père ou de sa sœur, Rose Charlette. Ils travaillent, l’un pour la réalisation des embarcations, et l’une comme employé de maison à Saint-Denis. Et un jour, un drame se joue. “Pépé” se brûle les pieds, mais dont il retrouvera l’usage.
Tourner vers la mer
Enfant, souvent, “Pépé” se rend sur les “kals” du bord de mer de La Possession où son père s’active à la construction d’embarcations. Avec des amis "Régis Maillot, Juste Aléméry, Narcisse et Karl Babet", il apprend à nager "dans le bassin de Mme Prémont", aujourd’hui recouverte par la quatre voies. Par ailleurs, il vient sur le quai de la gare ferroviaire de La Possession pour observer la circulation des marchandises dont des voitures posées sur des plates-formes. Il assiste également à l’alimentation en eau de cette machine à vapeur. Mais rien ne peut détourner son regard de la mer avec qui il s’est marié pour le meilleur et le pire. Comme le jour où il échoue à Europa. Une tranche de vie que l’on dévoilera bientôt.
Jean-Fabrice Nativel
An plis ke sa
Il pense à Antoine et pleure
Lorsque “Pépé” a prononcé le nom d’Antoine, un Chinois qui tenait “boutik” à la rue de la Boulangerie Possession, il s’est mis à pleurer. Le commerçant était apprécié de tous et surtout de “Pépé”. Il se demande ce qu’il est devenu. J’ose, même si l’instant est émouvant, lui demander s’il a le souvenir des noms des commerçants du coin : “Piké’, “Marcel”, “Ah Sing” et “Courteaud”.
Son père devient charpentier de marine
Émilien Mandar, le père de “Pépé”, a été menuisier et charpentier. Il a construit des cases sur cadre, des chaises, des armoires, le tout en bois. Une activité peu lucrative. Il va faire une rencontre déterminante : celle d’Edgard Tiala, charpentier de marine. Il lui transmettra toutes les ficelles pour façonner des embarcations.
Vous connaissez le “youyou” ?
Avec Augustin Émilien Mandar, on découvre aussi les noms des différentes embarcations : le “zinkamoufia”, le “youyou” (petit et grand) où 2 personnes peuvent prendre place à bord. Il existe aussi des embarcations homologuées par les Affaires Maritimes pour les “moissons” en haute mer.
Une eau autrefois poissonneuse
Les eaux salées de La Possession ont été très poissonneuses. Mordaient aux hameçons le “poisson la peau”, le “serizien”, le “margrit”, la “pintad”, la “likorn” du côté de la route en corniche. Face à l’ancienne gare ferroviaire de La Possession, on appâtait le “péroké”, le “makabit”, le “kapitèn”, le “zourit”.
Jenny emporte des pêcheurs de La Possession
“Pépé” se souvient tout particulièrement d’un épisode qui l’a affecté : le cyclone Jenny. Quand le phénomène semble s’éloigner, l’alerte est levée. Les pêcheurs se rendent aussitôt en mer. “Pépé” quitte la “kal an ba” sur la Perle, propriété d’Anthonin Lam, où il est “garapin” aux cotés de ce dernier et Léone, pêcheur. L’équipage s’engage sur une mer calme, un ciel sans nuage. La pêche est bonne à 10 heures, l’équipage a appâté une quinzaine de kilos de poissons rouges “batar” et 3 kilos de capucins. De retour sur la terre ferme, les pêcheurs vont exposer sur le comptoir de la “boutik” Antoine le fruit de leur butin. Il est 10h45 et soudain, la pluie se mêle au vent, les portes du commerce sont fermées. Elles sont réouvertes au bout d’un quart d’heure. “Pépé” constate que tout a été dévasté. Aussitôt, il pense à ses amis qui sont au large. Malheureusement, ils vont y rester, mais pour toujours : "Marc Dejardin, Batistin, Gara, Laurin dit “Pipi”, Charles Varcourt, Maillot père et fils, Franck Percul". En se souvenant d’eux, “Pépé” verse à nouveau des larmes.
J.-F. N.
Rapport sur les riches publié par l’Observatoire des inégalités
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