Les poètes de Madagaslam

Poésie ! Qui dit mieux ?

24 décembre 2005

Ils sont jeunes ou moins jeunes, héritiers des Kabary traditionnels ou comédiens avant-gardistes et improvisent sur tous sujets. Le slam malgache ou Madagaslam est un mouvement certes récent, mais qui interpelle de plus en plus d’auditeurs.

C’est avec l’arrivée de Pilote Le Hot, un slameur français, que le slam a définitivement posé ses valises sur le sol malgache. Tous les premiers samedis du mois, les madagaslameurs, qui s’inspirent de la culture populaire, investissent le Centre culturel Albert Camus (CCAC), pour parler de la société malgache, de leur réalité de jeunes poètes mis à l’écart par les poètes malgaches dits classiques. "Avant, on écrivait des poèmes, des nouvelles, mais l’atelier d’écriture a fermé ses portes. En mars 2005, avec l’atelier tenu par Pilote Le Hot, nous avons trouvé ce style nouveau très intéressant. On a décidé de continuer et d’organiser des scènes, d’abord à La Ravana, puis au CCAC", explique Mohamed Ali, dit Momo, animateur des scènes Slam à Tananarive. Comédien au sein d’une compagnie de théâtre contemporain, la compagnie Miangaly, il précise que ce "grand détour vers ce style poésie récent s’est fait avec un naturel vrai". Aujourd’hui, le mouvement compte une vingtaine de fidèles et risque fort de convaincre encore plusieurs ouailles avant-gardistes. Pourtant, c’est non sans quelques péripéties qu’évolue Madagaslam, dans une société très en phase avec la tradition.

Cercle de poètes maudits

On notera que la tenue des ateliers “Elabakana, glissement perpétuel” aura servi à ce que les slameurs interpellent les poètes classiques de Madagascar. La littérature malgache est en constante évolution, toujours en renouveau. "C’est une poésie en glissement perpétuel", note Patrick Andriamangatiana, professeur de malgache, écrivain, qui faisait une présentation générale de la poésie malgache. Pourtant, on observe une sorte de rejet du tout-nouveau, du récent, de la poésie moderne. Les madagaslameurs indiquaient par exemple que les journalistes d’un journal malgache (“Express Madagascar”) les qualifiaient de "cercle des poètes maudits". C’est dire la lutte pour la reconnaissance d’un style nouveau que mènent ces poètes de la nouvelle génération. Cette bataille, ils l’ont presque gagnée, lors d’une joute poétique dans les locaux du CCAC, en présence d’illustres poètes malgaches, dont Henri Rahaingoson, connu sous le pseudonyme de Di, par ailleurs président de l’Union des poètes et écrivains malgaches (HAVATSA-UPEM). On espère que le temps fera que les madagaslameurs profitent de la même reconnaissance que leurs homologues de l’océan Indien, tels que le Franco-mauricien Stéphane Hardt de Keating par exemple.

Le slam, un sport intellectuel

Ouvert à toutes et à tous, le slam accepte toute sorte de sujets et de styles d’écriture. Juste quelques “fady” (interdits) : aucune musique, aucun déguisement. Attention, il ne faut pas déclamer plus de 3 minutes. Et puis, petite révolution dans le monde de la poésie ! "Un poème dit est égal à un verre offert", précise Momo, qui souhaite ainsi le rendre convivial. Ami sportif, ce sport est pour vous. Car lorsque l’on parle de slam, on parle d’un sport intellectuel, qui peut utiliser autant la Bible, le Coran, que des articles de journaux, mais surtout des poèmes écrits. Même si ce style d’expression n’autorise pas l’utilisation de la musique comme support au texte slamé, il admet que "l’on siffle, claque des mains, miaule, tape des pieds, danse", développe Momo. Soucieux de développer le slam à Madagascar, le petit groupe de slameurs projette de "créer une joute inter-collège, afin d’intégrer les plus jeunes aux scènes réservées aux adultes", continue-t-il. Les meilleurs pourront participer à des compétitions de slam, où les meilleurs "rimailleurs" s’affronteront. À l’échelle internationale, on sait qu’il existe des compétitions de slam. "On projette même de faire des Jeux olympiques de slam", poursuit-il. Vous êtes intrigués, intéressés par ce style nouveau d’expression, connectez-vous à www.slameur.com.

Bbj


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Témoignages - 82e année


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