“Dames créoles”, tome 1

Portraits de femmes, de 1663 à nos jours

6 janvier 2006

Le premier tome de “l’anthologie des femmes illustres de La Réunion”, paru l’an dernier aux éditions Azalées, inaugure une série de quatre ouvrages que ses auteurs, Frédéric Mocadel et Jean-Marie Boyer, dédient à des “portraits de femmes de La Réunion”. Le premier tome en présente trente et un, qui donnent à la fois la couleur de ce premier travail et la trame des tomes à venir. Le second est annoncé pour la Journée de la femme 2006.

Professeur d’histoire, Frédéric Mocadel a gardé de ses lectures des travaux de Georges Duby sur les femmes du Moyen Age, l’envie de rendre hommage à des “femmes créoles”, une thématique renforcée depuis ses années d’enseignement au Sénégal. "C’est aussi le pays de la mère de Lislet Geoffroy", commente-t-il en entrant de plain-pied dans la matière du premier volume, organisé selon cinq thématiques : les grands-mères réunionnaises, les femmes et la terre, les femmes et la résistance, les femmes et les arts, les muses des poètes.
“Les grands-mères réunionnaises” font revivre dix femmes, dont les “pionnières” arrivent entre 1663 et 1678 : elles sont à l’origine de l’auto-accroissement démographique insulaire et de son métissage. Ensuite, pendant quarante ans, il n’arrive plus aucune femme, jusqu’aux débuts de la traite des Africaines, à partir de 1718 avec la culture intensive du café. Cinq de ces pionnières sont des Malgaches, telles les sœurs Anne, Marguerite et Marie Caze ; Louise Siarane, rescapée du massacre de Fort-Dauphin et Anne Mousse, première fille née à l’île Bourbon en 1668, de parents malgaches. Françoise, Dominique et Domingue Rosaire apportent trois portraits d’Indo-portugaises, métisses ou indiennes aux noms lusitaniens (Rosarios, Texere) vite francisés. Françoise Chatelain - parisienne ou angevine ? - rescapée comme Louise Siarane du massacre de Fort-Dauphin, laisse aussi une importante descendance. Marie-Geneviève Niama, noble africaine arrachée au Sénégal, arrive à Bourbon après un passage par l’Ile de France et sera affranchie en 1755.

"Un livre facile d’accès"

Si l’auteur pense avoir apporté "une approche nouvelle" sur Marie-Ombline Desbassyns (“Les femmes et la terre”) en expliquant "comment son image s’est dégradée dans le temps", la plupart du temps il s’en est remis aux publications existantes, dont il faut remarquer qu’elles émanent rarement de travaux d’historiens. Il faut souligner l’exception que constituent les recherches de Philippe Bessière (Rasine Kaf) sur Louise et Jouan, évoqués dans la Résistance réunionnaise. En contrepoint, on reste confondu par l’absence de précision concernant Juliette Dodu. Frédéric Mocadel s’en explique en disant qu’il "a voulu faire un livre facile d’accès pour le grand public, pas un ouvrage d’érudit ou même d’historien. On peut toujours approfondir, mais mon propos est d’abord de les faire connaître. D’autres approfondiront si les exemples choisis ont retenu l’attention".
L’ensemble se présente donc plus comme un ouvrage de compilation, qui a l’originalité d’ajouter des sources orales contemporaines - sur Benoîte Boulard et les sœurs Payet, engagées volontaires de 1942 - à la consultation des ouvrages existants.

Femmes et arts

La thématique des “Femmes et des arts” met notamment en lumière la comédienne Nancy Martel, aux côtés de Blanche Pierson. Cette dernière, entrée comme sociétaire de la Comédie Française en 1884, y est rejointe en mai 1888 par une compatriote de seize ans plus jeune qu’elle. On y découvre aussi Constance Nantier-Didiée, cantatrice née à Saint-Denis en 1832 et emportée lors d’une tournée à Madrid à l’âge de 36 ans. Elle est alors en pleine ascension et les capitales se l’arrachent : Londres, Paris, New York, Bruxelles... Bien qu’elle ait "participé au renouveau artistique et musical du 19ème siècle en interprétant les principaux compositeurs de son temps", sa courte et flamboyante trajectoire reste largement méconnue du grand public. Enfin, il faut noter la place faite à Célimène (1807-1864) et à Benoite Boulard (1927-1985).
Dans l’ensemble, ce premier tome ne laisse qu’une petite place aux femmes du 20ème siècle, qui prendront toute leur place dans le 3e tome, dont la thématique annoncée est "Bourbonnaises et Réunionnaises, des femmes de caractère" - dont Nassimah Dindar, Anne-Marie Payet, Huguette bello, Jacqueline Farreyrol et Françoise Guimbert.
Le 2ème tome présentera une trentaine de portraits de religieuses ou mystiques, incluant une musulmane et une hindouiste.

P. D.


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