La concentration de richesses révèle l’ampleur des inégalités dans les anciennes colonies intégrées à la République française comme La Réunion
5 juin, parRapport sur les riches publié par l’Observatoire des inégalités
Une colonie de vacances à vélo...
1er février 2007

Du samedi 20 janvier au vendredi 26 janvier 2007 s’est déroulée une colonie de vacances un peu particulière avec l’Association portoise pour la jeunesse au plein air (APJPA). Seize adolescents portois (5 filles et 11 garçons de 12 à 17 ans) prenaient le départ du Port pour un tour de l’île à vélo en sept jours. Tous savaient rouler, bien sûr, mais peu avaient pédalé au-delà de leur ville. Faire 220 km était donc un sacré défi...!
Carnet de Bord
Samedi 20 janvier vers 10 heures, devant le local de l’APJPA, à côté du gymnase Louis Payet. C’est le départ de la colo itinérante à vélo pour une semaine.
Il faut d’abord remplir le minibus qui nous suivra partout. De gros éclats de rire ponctuent le chargement de tout un matériel hétéroclite : tentes, duvets, sacs d’effets personnels, matériel de cuisine - dont 3 grosses marmites, un réchaud et une bouteille de gaz -, pharmacie, quelques vivres pour le premier casse-croûte de midi, quelques denrées et épices de base qui se conservent. Tous les produits alimentaires seront achetés au fur et à mesure, sur le trajet.
Ensuite, ultime révision des vélos : état des freins, pression des pneus, réglage de la selle, bouteille d’eau pour chacun. Les vélos sont tout neufs, ils ont été gracieusement prêtés par l’OMS, un des partenaires de l’APJPA pour ce tour de l’île.
Puis viennent les dernières recommandations de Ludo, le responsable de la sécurité vélo : chacun portera un casque et une chasuble fluo. (voir encadré “An plis ke sa”)
Quelques mots aussi sur les particularités du trajet, les points difficiles, les montées, la distance à parcourir : 22 km pour ce premier jour, avec nuité à La Saline-les-Bains, où nous sommes hébergés au centre dionysien “Jacques Tessier”.
Une file sympathique
Nelson prend la tête du convoi, Laïnie se place au milieu, Lulu et moi-même fermons cette sympathique file. Ludo, quant à lui, remontera la file, en doublure, d’une part pour se rapprocher rapidement s’il a une remarque à faire à l’un d’entre nous, d’autre part pour faire signe aux automobilistes, si c’est nécessaire.
Cette première étape, qui fut en quelque sorte un test d’endurance, s’est bien déroulée, avec quelques haltes : ravitaillements en eau et en barres énergétiques de céréales. Chaque fois que nous avons la possibilité de quitter la route nationale, nous empruntons une route secondaire plus calme. Cela augmente la sécurité des enfants et met doucement en situation nos cyclistes, tout de même débutants pour certains, pour s’adapter à la grande circulation. À l’arrivée, quelques-uns d’entre nous étaient bien fatigués et se posaient sérieusement des questions sur leur capacité de poursuivre toute une semaine ce challenge !
Bon comportement des automobilistes
Dimanche, deuxième jour.
Nous partons de La Saline-les Bains vers Pierrefonds : 39 km. La longue file d’enfants pédalant avec leurs accompagnateurs, bien visible, bien alignée, soulève des réactions enthousiastes et admiratives de la part de certains automobilistes, qui ne sont pas avares de remarques encourageantes ; beaucoup nous doublent en pointant leur pouce. Nous apprécions le bon comportement des automobilistes, qui souvent nous doublent bien plus largement que le 1 mètre 50 réglementaire.
Quelques rares exceptions tout de même pour certains d’entre eux, pressés, inattentifs, qui n’ont pas respecté cette distance de sécurité pour nous doubler.
Dans l’après-midi, nous arrivons à Pierrefonds, tout à côté du parc Exotica, dans un espace privé aménagé pour le camping sous de magnifiques cocotiers.
Pour cette première soirée en plein air, nous dégustons le premier repas de notre cuisinière Fayrate : cari canard, grains rouges, riz, rougail et compote de pomme. Délicieux ! La journée se termine par une veillée, où alternent jeux et échanges.
Une autre façon de faire du vélo
Lundi, nous mettons le cap vers Saint-Philippe. À présent, les jeunes sont familiarisés avec la route à grande circulation. Ils sont attentifs et mettent bien en pratique les recommandations que Ludo ne manque pas de leur faire tous les matins.
Le groupe des filles se fatigue un peu plus vite que celui des garçons, pour cause de manque de pratique... Il y a la solution d’emprunter la place arrière du tandem, c’est plus facile de pédaler à deux. Plusieurs passagères vont ainsi découvrir une autre façon de faire du vélo.
Cette étape sera la plus longue : 51 km sous un chaud soleil. La récompense sera un goûter amélioré : jus de fruits, pain, nutella et fromage. Ludo propose de faire une séance d’étirement, ce que tous vont apprécier. Nous campons sur le terrain de foot à l’arrière du gymnase de Saint-Philippe, sur un épais tapis vert, qui sent bon l’herbe et la nature.
Mardi, nous allons de Saint-Philippe à Sainte-Rose, où nous arrivons très en avance, sous une pluie battante. Là aussi nous sommes hébergés dans le gymnase et pouvons également profiter de la piscine municipale juste en face, ce que nous apprécions tous, même sous la pluie...!
Le courant passe
Mercredi, nous quittons Sainte-Rose sous un ciel bas et gris : cap vers Saint-André, à 40 km. Ludo nous signale qu’une sacrée montée nous attend à La Rivière de l’Est. Ce n’est pas vraiment l’enthousiasme au départ, la fatigue commence à s’accumuler.
La montée s’effectue quand même sans problème jusqu’au pont et au kiosque, sur la petite aire de repos bien connue de tous les cyclistes qui passent par là juste après la rivière de l’Est, côté Saint-Benoît. Distribution de bonbons, de barres énergétiques, d’eau... mais là il pleut à verse. Nous attendons un long moment pour finalement descendre très prudemment sous la pluie.
Nous arrivons à Saint-André bien fatigués et là... où allons nous dormir ? Impossible de joindre un responsable municipal qui pourrait nous informer des dispositions qu’il a prises pour notre hébergement, comme promis à la suite d’une visite sur place et d’un échange de courrier. Finalement, c’est la Maison familiale rurale de l’Est, un centre de formation, qui veut bien mettre à notre disposition un bâtiment désaffecté mais tout de même confortable où nous pourrons nous abriter et nous restaurer. Le repas sera encore une fois une prouesse de qualité : cari volaille et palmiste frais (un cadeau offert par les parents d’un de nos ados), riz, grains, rougail z’oignons et un dessert délicieux : crèmes chocolat, vanille et praliné avec petits gâteaux secs. Les gourmands étaient contents !
Nous passerons là une bonne soirée à bavarder avec nos hôtes et les élèves de ce centre, le courant passe...
Une journée de pur bonheur
Jeudi, avant-dernier jour de notre périple : une petite étape de 16 km qui nous conduira vers Sainte-Marie.
Nous prenons notre temps et démarrons tard, car nous avons laissé dormir les couche-tard. Nous nous rendons sur le site du Colosse. Nous découvrons le canoë-kayak et restons un moment sur le plan d’eau à ramer. Puis nous visitons la cascade du Niagara à Sainte-Suzanne, que beaucoup de nos ados ne connaissaient pas.
Nous arrivons sur notre dernier lieu de camping : le gymnase de Sainte-Marie, un magnifique complexe sportif, qui a non seulement ses salles de sports et terrains en plein air, mais également une très belle piscine, où nous allons tous barboter. Une journée de pur bonheur ! C’est ce jour-là que nous serons inspectés par la Direction de la Jeunesse et des Sports. Une inspection ponctuée par une très bonne mention pour la sécurité et l’hygiène.
Le dernier repas est très fraternel, des amis sont venus nous rejoindre : le Président de l’APJPA, Alain Saint-Lys, avec ses deux enfants, le Président de l’association Trans’Port Vélo Ville, Alain Payet, et son épouse Danièle. La soirée s’achève très tard, on est si bien ensemble...
Un exemple à suivre
Vendredi 26 janvier, les 31 km qui nous séparent du Port sont rapidement avalés. Sur le parcours, une équipe de Télé Réunion nous attend et fait un petit reportage sur notre tour de l’île. Nous arrivons doucement au Port, il est midi, une collation nous accueille et des boissons bien fraîches, très appréciées, car tout au long de ce déplacement à vélo nous n’avions que l’eau “à température ambiante” !
C’est dur de se quitter. Au cours de cette semaine particulière, nous avons tissé bien des liens d’amitié et de confiance.
En quelques jours, ces jeunes se sont familiarisés à l’usage sécurisé du vélo, ils ont appris à se sentir à l’aise sur les routes. Ils savent maintenant quels sont les gestes à faire, les bonnes habitudes à garder pour se déplacer à vélo en toute sécurité.
En conclusion, j’aimerais dire que si des enfants peuvent faire un si long trajet à vélo, sans trop de préparation mais avec de solides consignes de sécurité, des adultes eux aussi peuvent se déplacer tous les jours, sur de petites distances, dans leur ville, non ? Un exemple à suivre.
Simone Biedinger
An plis ke sa
• Encadrement
L’équipe encadrante de la colonie de vacances :
- Saylane Ali Ousseni, éducateur, permanent de l’APJPA et directeur de la colo
- Nelson Richard, éducateur
- Laïnie Kasouini, éducatrice
- Ludo Marconnot, brevet d’État vélo
- Fayrate Inchati, cuisinière
- Lucien et Simone Biedinger, bénévoles de l’association Trans’Port Vélo Ville, partenaire de l’APJPA.
Cette colo a été possible grâce au soutien apporté à l’APJPA par l’OMS et la Ville du Port. Plusieurs enfants ont fait savoir qu’ils étaient partants pour un prochain tour de l’île à vélo. (voir encadré “Zot la di”)
• Consignes de sécurité
Les consignes de sécurité, indispensables et renouvelées à chaque nouveau départ, sont les suivantes tous les matins :
- rouler en file indienne avec une distance de sécurité d’au moins un mètre entre chaque vélo ;
- signaler au cycliste suivant par un signe du bras tous les obstacles qui se présentent et tout changement de direction ;
- ne jamais doubler ou faire un écart sans regarder derrière soi.
D’autres bonnes habitudes viendront s’ajouter au fur et à mesure que les kilomètres vont se dérouler, comme lever la main droite pour signaler qu’on veut s’arrêter.
Zot la di
Qu’ont retenu les enfants de la colo ?
- J’ai trouvé la colo très chouette. Il y avait des endroits très bien comme à “Jacques Tessier”.
- Pour moi, ce tour de l’île était vraiment très surprenant et très éducatif. Il faudrait que l’on s’arrête plus longtemps à certains endroits pour les visiter. Le petit truc qui nous manquait c’était une machine à laver...
- Je n’ai jamais fait le tour de l’île et à vélo j’en ai bien profité. J’ai apprécié les différents endroits où je ne suis jamais allée, dans le Sud, dans les champs de letchis, de longanis, d’ananas. J’ai vu les plantations de vanille.
- Ce que j’ai bien aimé avec la colonie, c’est le manger et surtout le vélo. J’ai souffert de ma cuisse, car une ancienne déchirure musculaire s’est réveillée mais peu à peu ça a guéri et j’ai pu finir le parcours.
- Ce que je retiens de ce tour de l’île, c’est la solidarité qu’il y a eu sur la route ; la communication est très vite passée entre nous, qui ne nous connaissions pas au départ. J’ai aimé, quand il y avait des difficultés, qu’on était obligé de réfléchir et d’être vigilant par rapport aux voitures. J’avais un peu peur quand il fallait traverser une route ou quand on était dans une descente. J’ai aussi aimé le vélo car il m’a permis de m’évader des autres sports que je connais déjà. Je me suis bien sentie dans ma tête. C’est dommage qu’il n’y a pas de pistes cyclables partout. Il y a des endroits que je n’avais jamais vus et que j’ai trouvés très beaux. Malgré les difficultés, c’était trop cool.
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