Économie réunionnaise : le calme avant la tempête
6 juin, parIEDOM : « Un premier trimestre favorable avant l’impact de la crise au Moyen-Orient »
24 août 2007

Depuis sa création officielle voilà près d’un an, Lofis la lang kréol La Rénion s’active pour la reconnaissance de cet élément primordial de la construction identitaire réunionnaise, le kréol. Parler le créole réunionnais se revendique aujourd’hui, et ce ne sont pas les deux derniers sondages menés par IPSOS et Lofis qui contrediront cela. Vous serez surpris...
Lofis la lang kréol La Rénion ou l’Office de la Langue créole, pourquoi donc ? Il regroupe des associations culturelles, des personnalités du monde artistique et des enseignants. Mèt ansanm, Ankraké, Tangol, Ti Kouti, l’UDIR et tant d’autres participent aux travaux menés par cette association loi 1901 créée suite aux conclusions faîtes par l’atelier littérature, lors des Etats généraux de la culture, sous l’égide de la Région Réunion. Lofis vise la valorisation de notre langue créole et travaille à sa promotion par tous les médiums. Bientôt, Lofis présentera une campagne sur les ondes radiophoniques et dans les programmes télévisés. Mais il accorde tout autant de place à la traduction (acte de mariage, document scientifique, etc...). De grandes sommités en matière de langues créoles, telles que Michel Carayol, Lambert Félix-Prudent, Christian Barat, travaillent aux côtés de Lofis. Bref, l’instance associative présidée par Axel Gauvin cherche à revaloriser l’image de notre langue.
Radjah Véloupoulé, Président de la Commission de l’épanouissement humain au Conseil régional, notait toute l’importance à accorder à un élément de la construction identitaire réunionnaise. Il assurait du soutien moral et financier de sa collectivité envers l’association Lofis, et notamment pour l’enquête menée auprès d’un échantillon représentatif de Réunionnais, créolophones ou pas. L’échantillon portait sur 505 interrogés. Les sceptiques devront savoir que pour les résultats présidentiels, c’est sur ce même “quota” que les analyses de tendance se portaient. L’enquête, si elle peut rouvrir le débat du créole à l’école, se veut scrupuleusement scientifique, avec des critères dépourvus de toute passion idéologique. Les chiffres sont édifiants, et devraient permettre à l’autorité académique de prendre toutes les mesures pour que les jeunes Réunionnais apprennent leur langue, leur culture.
Des chiffres encourageants
Il était question de visiter les représentations des Réunionnais à propos de l’écriture du créole et de sa place dans les médias. Pour Radjah Véloupoulé, cette enquête est d’une qualité remarquable, un travail qui bouscule les préjugés et les contre-vérité véhiculés jusqu’à aujourd’hui. Et pourtant, 93% des 505 interrogés déclaraient parler bien ou assez bien créole. Rappelons que le questionnaire était adressé aux créolophones et à ceux qui ne maîtrisent pas le créole. 83% des interrogés disaient important que le créole soit parlé à l’avenir. Même mieux, dans son descriptif des méthodes d’enquête, Philippe Fabing (IPSOS) relevait l’intérêt des Réunionnais pour leur langue. Le summum sera quand même de pouvoir les faire lire, ou même de leur faire écrire une dictée. Cela a été fait. 72% des personnes enquêtées ont bien volontairement accepté de lire en créole, et d’être enregistrés. 90% de l’échantillon déclarent lire le créole de temps à autre. 58% ont fait une dictée. Bref, kisa la di « rénioné i vé pa kozé, ékri, lir son lang ? ». Bien au contraire. Les Réunionnais aiment regarder les émissions en créole, à la Télévision comme à la radio. Beaucoup regrettent le Journal Télévisé en créole du samedi, que la Direction de la seule chaîne publique locale a sauvagement éradiqué des programmes, au grand dam des téléspectateurs créolophones. Comme le révèle Philippe Fabing, ce n’est pas la forme qui gêne. Moult auditeurs ou téléspectateurs interrogés déclaraient ne pas zapper si l’émission était en créole. C’est le fond qui intéresse. En tout cas, les deux enquêtes donnent beaucoup d’informations en termes de lisibilité des 4 graphies, de préférence graphique aussi, mais surtout donnent les arguments pour la poursuite de l’enseignement de notre langue régionale.
Lofis organise bientôt son deuxième colloque. “Langue régionale, créoles et médias”, c’est le thème de cette rencontre organisée dans le cadre de l’Université de la Communication de l’Océan Indien, les 30 et 31 août prochains.
Le créole de la réussite
Le créole profite d’une meilleure acceptation. Les résultats de cette enquête ne sont pas totalement interprétés. Il faut encore des croisements d’informations pour que l’analyse gagne en pertinence. Mais déjà, il faut noter tout le jeu de la mixité des langues à La Réunion, du cadre adapté, pour définir un bilinguisme serein. Le créole n’est pas ici en confrontation avec le français, langue de la réussite. Le créole est aussi une langue de la réussite. Il contribue à l’ouverture sur les autres cultures. L’INSEE relevait récemment que l’illettrisme gagnait du terrain parmi les jeunes générations et que la transmission de la langue maternelle prenait quelque peu la pente. Et si le créole pouvait contribuer à faire reculer l’illettrisme ? C’est un fait. Plusieurs programmes de classes bilingues ont montré toute la pertinence du choix des deux langues. Non, pas seulement deux langues. L’élève s’ouvrira à l’anglais, l’espagnol, le chinois, le malgache...
Willy Técher
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