Exposition “Cases créoles de La Réunion”

Préserver ces témoignages du passé

9 août 2006

Fruit d’une architecture originale influencée par les conditions géographiques et la diversité des peuplements de l’île, la maison traditionnelle concentre les symboles de la culture créole réunionnaise. Emprunte de trois siècles de mémoire, elle lutte depuis quelques décennies contre sa propre disparition face à nombre d’ennemis aussi redoutables que les termites, le parpaing, le fer à béton... et l’habitat collectif. Le CAUE vous propose de retracer son histoire au fil d’une exposition visible à Saint-Denis jusqu’au 31 août.

Les cases traditionnelles se sont éloignées des routes pour rejoindre les écarts des villes ou les hauteurs. On en recenserait de 5.000 à 7.000 sur toute l’île. Elles résistent à l’oubli, aux affres du temps grâce aux politiques de conservation de l’habitat traditionnel mais aussi à la prise de conscience populaire qu’il faut préserver ces véritables témoignages du passé.

Métissage des styles

Cette notion de patrimoine s’est étendue à des constructions modestes. Les propriétaires peuvent bénéficier du soutien de l’Union européenne, de la Région Réunion et de l’État pour préserver et valoriser cette architecture vernaculaire. Marque de la convivialité et de l’hospitalité locales, l’habitat traditionnel aide à mieux comprendre les schémas de conquête et d’aménagement de l’île.
Au fil du temps, des apports de la colonisation, du métissage des matériaux et des styles, l’architecture créole a évolué. Les premiers arrivants ne pouvaient s’appuyer sur aucune tradition locale. La case issue du pays Tanosy, sur la côte ouest de Madagascar, fut donc le modèle qui a généré une architecture durable. Les colons de l’Ouest de la France ont importé la case en bois démontable. Le bois, matériau privilégié, car plus facile à travailler que la roche volcanique, a permis la construction des bardeaux au début du XVIIème siècle. Avec la culture du café, colons français et européens - des charpentiers marins, des menuisiers - ont fixé l’archétype de la maison créole. Dans la seconde moitié du XVIIIème siècle, fuyant la Révolution, ce sont les aristocrates qui font évoluer le style des maisons vers une architecture de prestige avec notamment l’apparition de la varangue, devenu l’un des attributs de la maison créole. Au XIXème siècle, l’exploitation de la canne, fait poindre de hautes cheminées qui structurent le paysage et sont aujourd’hui vues comme des jalons de l’histoire. Puis avec la prospérité, l’urbanité se développe. De nombreuses maisons bourgeoises du XVIIIème faisant face à la mer sont réorientées vers la rue ou évoluent en grandes villas néo-classiques. Enfin, la société créole diversifiée voit l’émergence d’une nouvelle architecture populaire, fortement identitaire, portant ses valeurs et ses signes.

Ainsi, l’habitat traditionnel est à l’image de l’interculturalité réunionnaise. La Réunion doit, pour se préparer à accueillir les générations futures, construire en masse des logements. Mais elle doit aussi, pour transmettre son patrimoine historique à ses enfants, protéger ces petites cases du temps lontan, disséminées dans des écrins de végétations, qui sentent bon le café passé à la grègue et dont le langage des couleurs nous invitent à prendre un assoir sous la varangue.

Stéphanie Longeras
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La CAUE vous invite à venir découvrir son exposition "Cases Créoles de la Réunion", jusqu’au 31 août, du lundi au jeudi de 8 heures 30 à 17 heures et le vendredi de 8 heures 30 à 12 heures, au 12 rue Monseigneur de Beaumont à Saint-Denis. L’entrée est libre. Pour information, téléphoner au 0262.21.60.86.


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