La concentration de richesses révèle l’ampleur des inégalités dans les anciennes colonies intégrées à la République française comme La Réunion
5 juin, parRapport sur les riches publié par l’Observatoire des inégalités
Mémoires d’ancien combattant
4 novembre 2006

Joseph Iréné Beldan, né à l’Entre-Deux le 19 mars 1910, est appelé sous les drapeaux en 1930. Son frère, Maxime, Sergent chef, l’encourage vivement. Première visite médicale à Saint-Pierre puis seconde à Saint-Denis, il est apte pour Madagascar. Il se souvient : « Si nous ne voulions pas nous engager, nous jouions la comédie ». Avant le départ pour la Caserne Saint-Denis, il est allé saluer toute sa famille.
À la Caserne Saint-Denis, le premier jour, il est « de corvée » pour entraîner des roches de ce bâtiment vers la mer. « Notre distraction, c’est que le soir venu, nous nous rendions au Barachois et à la gare routière pour être de retour à 21 heures ». Le deuxième jour, ils sont rassemblés dans la cour pour prendre le train. Direction le port. Cet instant, il ne peut l’oublier car ses proches étaient absents ! Non pas par négligence, mais par manque de moyens. Malgré tout, Canel, un ami de son frère, vient le réconforter.
Départ à bord du “le Jean Laborde”
Le jour de son départ, le bateau “le Jean Laborde” qui doit les conduire vers Madagascar semble ne pas pouvoir accoster. Après des manœuvres périlleuses, le navire touche le quai. Il monte à bord pour ensuite prendre chambre avec les autres appelés. C’est le moment de faire connaissance car à bord, ce n’est pas “la croisière s’amuse”. Les chambres sont inspectées régulièrement, et s’il est aperçu la moindre poussière, la sanction tombe. Tout était organisé minutieusement. Il explique par exemple que « le chef de plat choisissait 8 à 10 personnes et il désignait celui qui devait faire le café ».
« Quand le navire tangue, continue-t-il, certains vomissaient, d’autres tenaient bon ». Ils sont nombreux à rester au lit 2 ou 3 jours. Mais la vie au sein de l’embarcation ne s’arrête pas pour autant. Il aide à éplucher les légumes pour les repas. Il arrivait que des soldats décèdent en cours de route. Lui ne l’a pas vu, mais il lui a été rapporté que « pour couler le cercueil dans l’océan, on y ajoutait 2 bouts de fer » pour ne pas percuter les hélices. Après ces jours de mer, il arrive à Madagascar.
De Tamatave, il se rend en train vers Tananarive où il rejoint le 21ème régiment. Anecdote : Il s’est bagarré pour que son nom ne soit pas écorché. « C’est Beldan et non Beldau », dit-il au gradé.
Une chambre accueille 10 soldats, et tous les samedis, les supérieurs les visitent pour noter son état et celle des armes. Après une bonne nuit de sommeil, le son du clairon les réveille. Pas une minute à perdre, les entraînements physiques durant toute la matinée s’enchaînent dont la gymnastique. L’après-midi entière est consacrée au maniement des armes et à la discipline. Il apprend à se défendre et à se battre, à se cacher, à courir, à ramper, à sauter, sans être vu. « Et puis, nous devions avoir le sixième sens, savoir nous rapprocher de l’ennemi sans nous faire remarquer. Nous portions une tenue kaki ou de drap. Pour la corvée, nous utilisions le treillis, pour la garde et la sortie, des tenus différentes ».
Forgé par la discipline
Il s’entend bien avec les supérieurs comme les soldats. Chacun, et pour certains avec peu d’engouement, effectue son tour de garde. Même lorsqu’il faut se réveiller à 2 heures. Il y a une mission à assurer !
Le soir, avec les soldats de permission, il se rend au Bar le Lila où il fredonne une mélodie en vogue “Lila blanche”. En journée, il explore cette ville. Il est surpris par le prix des bovins. Il note avec surprise la valeur d’un bœuf dans la grande île : 150 francs, alors qu’à La Réunion, il est à 900 francs. Par ailleurs, il remarque la présence d’usine comme la papeterie. Cette visite le conduit aux portes du Palais du Gouverneur et du Palais de la Reine. Il passe à côté d’un lieu au nom charmant, le “Supplice”. Du haut de ce rempart, des personnes étaient jetées et d’autres les ramassaient, un en contrebas. Un peu plus loin, il aperçoit une prison militaire, une église et un monastère.
Ce service militaire à Madagascar a forgé Jospeh Iréné Beldan. Il revient à La Réunion et en 1931, il s’engage à nouveau pour 4 années dans l’armée, mais cette fois à Paris. Il s’y rend en bateau. Le voyage est marqué par des escales. À Madagascar, il se rend chez l’une de ses cousines à Diego Suarez. Le périple démarre réellement pour 9 mois maintenant. Il découvre Mayotte, la mer Rouge, Suez pour prendre le Canal de Port Saïd. Les militaires passent une nuit où ils se mettent à photographier le lieu.
Affecté à Paris, puis à Hanoï
Quelques jours plus tard, ils débarquent à Marseille pour recevoir leur nouvelle affectation. Pour lui, c’est Paris. En train, il voyage au côté d’un militaire. Il vient d’Indochine, une colonie française. De l’une des gares de la capitale, il se dirige vers la caserne de Clignancourt : « J’étais simple soldat première classe au 21ème régiment ». L’Entre-deusien va à la rencontre de cette ville méconnue. Ses souvenirs sont intacts. Il parcourt le marché aux puces, le cimetière du Père-Lachaise, Montmartre, le Moulin-Rouge, l’Hôpital du Val de Grâce, la Tour Eiffel et le Palais Colonial.
Il défile même à Mourmelon. Le soir de cette parade, il lui est accordé une permission d’un mois. Direction Agen où vit Maxime, son grand frère. En février 1932, « j’ai été désigné pour l’Indochine française ». En mars en bateau, « je suis à Saïgon après un bref passage à Port Saïd Djibouti, Pondichéry et Colombo, Ko Kut et Singapour ». À Saïgon, il reçoit son affectation à Hanoï au Tonkin au 9ème RIC où il reste pour 3 années. Ici, il apprend que sa mère et l’un de ses frères l’ont quitté. Il prend un congé et se rend à Paris pour revenir à Hanoï en 1938. L’année suivante, coup de tonnerre ! La guerre est déclarée et les soldats Français sont encerclés par l’armée Japonaise, mais pour l’instant, ils ne sont pas fait prisonniers. Les soldats français sont envoyés en mission à la frontière chinoise à Lang Son. Il y a affrontement avec les Japonais. Diouf, l’un de ses amis, est touché par un éclat d’obus. Les brancardiers se démènent comme ils le peuvent pour secourir les blessés sous une pluie de tirs.
La fin des hostilités leur est annoncée par des sons de clairons et la levée du drapeau blanc. Les soldats français sont faits prisonniers. Jospeh Iréné Beldan suit l’évolution des conflits par les journaux et le pilonnage de la zone par les Japonais.
Pour connaître la suite, vous pouvez aller à la rencontre de cet ancien combattant de l’Entre-Deux.
Hanoï : capitale du Tonkin
Le Tonkin est la partie septentrionale du Vietnam au Sud des provinces de Yunnan et Guangxi (Chine), à l’Est du Laos et à l’Ouest du Golfe du Tonkin. Situé sur le delta fertile du fleuve Rouge, sa production de riz est importante.
La ville de Hanoi est la capitale du Tonkin chinois depuis le 7ème siècle. La France a assumé la souveraineté sur le Tonkin et l’Annam après la guerre franco-chinoise (1884-1885) en utilisant le nom de la capitale en vietnamien pour la totalité de la région. La troisième partie du Vietnam était la Cochinchine au Sud.
Indochine, une colonie française
L’Indochine française est une ancienne colonie française. Elle a été créée par l’administration coloniale et regroupe le Tonkin, l’Annam, la Cochinchine, qui forment l’actuel Vietnam, le Laos et le Cambodge. Souvent, elle est appelée simplement “Indochine”. Cela crée une confusion avec la notion géographique d’Indochine (ou péninsule indochinoise) qui désigne les pays situés entre l’Inde et la Chine, soit les pays suscités ainsi que la Birmanie, la Thaïlande et une partie de la Malaisie.
Les prisonniers de guerre entre-deusiens
Pendant la Seconde Guerre mondiale, des Entre-deusiens ont été faits prisonniers : 3 par les Allemands (Auguste Alanois, Louis-René Hoarau, Antoine Dubard ; 4 par les Japonais en Indochine (Maurice Legros, Hervé Técher, Hervé Amédé Fontaine, Anatoine Hoarau).
Il s’amusait comme il pouvait
Pour s’amuser à l’Entre-Deux durant son enfance, Joseph Iréné Beldan jouait aux “kanèt”, à la toupie. Il construisait de ses propres mains une petite charrette avec “jak” ou avec des boîtes de cirages rondes ajoutées à une boîte de sardine.
J.-F. N.
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