Manuel Gutierrez, archéologue

Quand laisserons-nous parler la Terre ?

14 avril 2006

Jusqu’à présent, l’histoire de La Réunion commence au 17ème siècle. Mais le Groupe de recherche archéologique et historique sur la terre réunionnaise (GRAHTER) aimerait qu’on fasse enfin parler la Terre.

Manuel Gutierrez, maître de conférence en archéologie africaine au Laboratoire sur l’Afrique de l’Université de la Sorbonne, a quitté hier La Réunion. Il repart avec ne bonne nouvelle, les fouilles archéologiques sur le site de Sainte-Rose vont reprendre, la Direction régionale des affaires culturelles a donné son autorisation et a accordé les financements nécessaires pour un programme d’une durée d’un mois qui aura lieu en août.

Premières fouilles en 2001

Michel Gutierrez est celui qui a mené une première mission de prospection en 1997, sa recherche archéologique à La Réunion suit 2 axes : celui du marronnage et celui des hauts de Sainte-Rose où ont été retrouvés les fondations de 17 structures anciennes. Suite à la première conférence des archéologues de l’océan Indien en l’an 2000, des fouilles ont eu lieu en 2001 et en 2002 sur ce site du Petit Brûlé. Elles n’ont concerné que 2 structures. Ces premiers travaux ont fourni des résultats intéressants, permettant de mieux connaître le savoir-faire des constructions : le pavage des sols, l’espace de cuisine, la configuration des maisons. Plusieurs objets ont été mis à jours dont des fragments de marmite, des bouts de bouteilles, des tuyaux de pipes... Chaque objet permet de remonter une piste et de déterminer la période d’habitation. Le site serait le premier village de Sainte-Rose, construit sur la coulée de 1735.
Il a fait connaître notre île dans des revues spécialisées, mais ses recherches ne font que commencer. Il souhaite y associer des étudiants réunionnais, ou des personnes comme Éric Kichenapanaïdou, archéologue confirmé. Le site de Sainte-Rose a été concédé au GRAHTER pour une période de 30 ans.

Reprise des travaux cette année

Manuel Gutierrez note que ses travaux peuvent rendre service à la ville en proposant un musée ouvert. Il s’agirait de reconstituer le village et d’y replacer les objets trouvés pour que chacun puisse s’intéresser à son propre passé et découvrir que l’archéologie n’est pas un cercle fermé, mais bien ouvert sur la vie, sur l’Histoire.
Ce message a du mal à passer à La Réunion, où tout le monde se désintéresse de l’archéologie, à tort, car l’île compte déjà quelque 27 sites potentiels qui pourraient fournir de précieux renseignement sur notre île et ceux qui nous ont précédé.
Les trésors archéologiques intéressent pourtant les pilleurs, et toute médiatisation incontrôlée peut nuire au site. C’est ainsi qu’une pierre gravée sans doute par des marrons malgaches, découverte par Manuel Gutierrez, a été emportée par hélicoptère sans qu’on sache où elle se trouve désormais.
C’est pourquoi le GRAHTER espère que les collectivités prêteront à l’avenir d’avantage attention à notre patrimoine et espère que la Maison des civilisations et de l’unité réunionnaise (MCUR) comprendra une réflexion sur l’archéologie en terre réunionnaise.

Eiffel


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