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L’Invisible de Philippe Blasband, ou le monologue du déraciné
25 octobre 2006

Dieudonné Kabongo seul sur scène. Une heure de spectacle, de one-man-show, qui mélange humour et drame. L’histoire d’un individu déraciné, parce qu’immigré, en perte d’identité sur fond de guerre, d’exil et d’intégration sociale. Après le succès de “L’Invisible” au Festival international de Kinshasa en 2004, au Tarmac et au Parc de la Villette à Paris, la pièce se jouera au théâtre les Bambous les 10 et 17 novembre. Rencontre avec le comédien Dieudonné Kabongo.
Quelle histoire raconte l’Invisible ?
- La pièce raconte l’histoire de quelqu’un qui est un peu ou complètement déraciné, parce qu’il s’est éloigné de son point d’origine. Plus la personne s’intègre et plus elle se désintègre, elle est en perte d’identité, ce qui finit par être à la fois douloureux et dramatique.
Peut-on dire que l’immigration est le sujet de la pièce ?
- Oui et non. La pièce aborde ce phénomène de déplacement qu’est l’immigration, sans parler de tout le côté administratif, le côté paperasse. C’est surtout d’immigration émotionnelle dont il s’agit. Le personnage se perd à mesure qu’il s’éloigne de son village d’origine. Le personnage doit apprendre à s’exprimer dans la langue du pays d’accueil, il doit faire des efforts pour s’intégrer et cette intégration ne se fait pas sans perte pour le personnage. Il se sent de plus en plus déraciné. Si le personnage a obtenu des papiers pour immigrer en Europe, son frère sorcier, qui n’est que l’autre partie de lui-même, son double d’origine, n’a pas obtenu de papiers. Cette partie de lui-même n’est pas reconnue par le pays d’accueil, si bien qu’il perd ses racines. Le personnage est d’ailleurs touché par le fait que son village ne le reconnaît plus lorsqu’il y revient. Or on peut immigrer et ne pas changer de personnalité. La pièce est une boucle, puisque le personnage par de son village et y retourne à la fin.
Au-delà de l’immigration, c’est le problème de toute personne qui se déplace, dans l’espace ou dans le temps, qui est posé. C’est une pièce universelle.
Le personnage est-il africain ?
- Non, ce n’est pas une pièce africaine. Le personnage a dû immigrer à cause de la difficulté à vivre dans son pays : la guerre, l’impossibilité de suivre des études, le manque de soin. On pense immédiatement à l’Afrique mais aujourd’hui, n’importe quel autre endroit de la terre rencontre les mêmes difficultés. Ce sont des éléments qui poussent les gens à se déplacer, malgré eux.
Les personnages prennent des tournures en fonction de ce qu’est le comédien. C’est un one-man show. J’interprète sur scène environ sept personnages (le frère, le père, le maréchal-ferrant, etc). Chaque comédien y apporte une interprétation. Je suis d’origine congolaise, j’y introduis donc des éléments culturels, comme des chants africains, des instruments de musique. La pièce a aussi été jouée par un comédien belge d’origine italienne. Il en a donné une autre interprétation.
L’Invisible est un monologue écrit de façon très spéciale...
- La pièce est jouée dans un français complètement fabriqué. C’est une astuce de l’auteur que je trouve extraordinaire. La forme accompagne le fond. Le texte montre la difficulté à communiquer là où arrive le personnage. La langue est le premier élément d’intégration. Et plus le personnage maîtrise ce mécanisme du langage, plus il disparaît, il devient invisible. Au début j’avais peur de la caricature, de fabriquer du petit-nègre en acceptant de jouer dans la pièce. Mais je n’avais pas encore lu le texte.
Le thème abordé est assez grave, “douloureux”, comme vous dites, et pourtant l’humour est omniprésent ?
- Oui. La meilleure couverture d’une situation dramatique, c’est le rire. Grâce à l’humour, les gens peuvent parler autrement d’un problème. L’humour est mon terrain de prédilection, mon arme préférée. Mais je ne vous cache pas que devant cette pièce pas mal de larmes ont coulé.
Dieudonné Kabongo, comédien mais aussi cinéaste et poète
Dieudonné Kabongo n’a pas suivi de cours dans une école dramatique ou un conservatoire. Il a fait des études de mathématiques, mais ce “mordu des planches” dès l’enfance n’a pu résister à l’appel du théâtre, de la musique et du cinéma. « Depuis mon enfance ce sont mes pirogues, et en devenant adultes j’en ai fait des bateaux dans lesquels je navigue ». Le déclic s’est produit au Festival du rire de Rochefort, devant le succès de son one-man-show. Aujourd’hui, Dieudonné Kabongo est cinéaste, comédien et poète d’origine congolaise. Premier humoriste africain à s’être établi à Bruxelles, il s’est bâti très tôt une notoriété en gagnant des récompenses, aussi prestigieuse que le Festival du rire de Rochefort. Il est alors propulsé aux commandes d’émission radio et télé, notamment sur TV5, tout en menant une carrière en musique, théâtre, cinéma.
En préparation, un film, une comédie qui rend hommage à Léopold Sédar Senghor, « plus à l’homme littéraire que politique ». Dieudonné Kabongo en est le co-réalisateur et un des comédiens.
Philippe Blasband et Astrid Mamina
Respectivement auteur et metteur en scène de “L’invisible”. Philippe Blasband est un auteur iranien, né en 1964, établi en Belgique : courts et longs métrages (“les Vloems”, “Bob le déplorable”, “la Dinde”, “la Vie” etc), romans (“De cendres et de fumées”, “l’Effet-Cathédrale”, “Max et Minnie”, etc), pièce de théâtre (“La lettre des cahts”, “Une chose intime”, etc).
Astrid Mamina est comédienne et conteuse, née à Kinshasa en 1975. Elle arrive au théâtre en 1993 et devient professionnelle en 1995. Elle a joué dans plusieurs spectacles qui ont tourné en Afrique et en Europe. Elle a également participé à plusieurs ateliers et stages de mise en scène et d’interprétation.
Rapport sur les riches publié par l’Observatoire des inégalités
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