Quand on ne soutient plus la culture

1er mars 2008

Qui ne le savait pas ? L’Etat baisse son budget consacré à la Culture. 2008 est une année d’angoisse pour les acteurs culturels. Comment seront-ils financés ? Associations artistiques et culturelles, compagnies, salles de spectacles vivotent dans l’incertitude de financements. Comme avant ...

Quelles sont donc les priorités du Président de la République et de son gouvernement ? Eux qui avaient clairement affiché comme prioritaire le droit à la Culture et à l’éducation artistique agissent au détriment de la culture et des acteurs culturels. Si l’Etat baisse son budget de la Culture, c’est une atteinte directe aux initiatives de proximité, une offense même aux premiers interlocuteurs de la population. Quelle société peut se séparer de sa Culture, et de ses artistes ? Allons jusqu’à dire que la France ne peut nuire aussi ouvertement à une économie du spectacle déjà fragile. « Les baisses touchent au financement de la création et de la diffusion », déclare l’Union fédérale d’intervention des structures culturelles (UFISC), qui appelait hier à un Culturethon géant sur la place du Palais Royal à Paris, contre la disparition programmée de la Culture de proximité et de la diversité artistique. Pas de quoi s’inquiéter ? Les aides aux actions culturelles et artistiques, en zones sensibles, en milieu rural, dans les prisons, les hôpitaux, les écoles, les quartiers sont diminuées, voire supprimées. Et cela concerne tous les secteurs de la culture. Que l’on soit plasticien, musicien, poète, comédien, metteur en scène, chanteur, sculpteur, peintre, et tant d’autres corps de métiers, dont les techniciens du spectacle, les maquilleuses, nous ne pouvons que nous inquiéter de notre avenir professionnel, et le destin de la Culture. « L’Etat, en se désengageant, démantèle le maillage artistique et culturel français, renforce les inégalités territoriales, lamine l’action de proximité et confine les populations à l’offre unique et globale des industries du divertissement », déplore l’UFISC. Non au gavage culturel !

Quelle réalité !

Comment pense-t-on le droit culturel pour tous les citoyens français ? En réduisant le budget, augmente-t-on l’accès à la Culture ? Est-ce cela favoriser la démocratisation culturelle ? C’est à croire que l’on vit la libéralisation économique de la Culture. Seules peuvent vivre les grosses entreprises culturelles, qui produisent de la daube, de la Star Ac’ comme volay delo. C’est comme cela que le gouvernement doit imaginer le développement du droit culturel. Mais le problème est salarial, ne cachons pas la vérité. Sans acteurs culturels, pas de Culture. S’ils ne peuvent pas manger, ils font autre chose. Tenez, combien d’artistes sont obligés de se plier à des petits boulots, à des cachets sommaires, des prestations payées à la traite 3 mois plus tard, quand ce n’est pas 1 an plus tard ? Combien sont animateurs en centres aérés, balayeurs, manœuvres en maçonnerie, et j’en passe ? Combien sont tributaires du RMI ? Combien vivent en dessous du seuil de pauvreté ? Allez, je connais une Grande du maloya qui ne se cache de dire qu’elle mange sa boîte de sardine comme tout le monde, quand ce n’est pas seulement du riz ou un bouillon de poule, pour pouvoir payer ses factures. On parle de pouvoir d’achat. Quel est celui de l’artiste ? A-t-on examiné son niveau de vie ? Et puis, j’aime bien le répéter, combien d’artistes sont invités sur les grands plateaux, avec un petit dédommagement kilométrique, un repas et quelques boissons, quand ce n’est pas « vien joué, é artourn out kaz vant vid, posh vid » ? Et voilà que l’Etat se veut chasseur de têtes, avec un régime d’indemnisation chômage des artistes et techniciens en deçà de la réalité du monde du spectacle, et notamment ici à La Réunion.

Pas de mouvement à La Réunion

On s’étonnait de l’absence de manifestation des intermittents, au moins dans les rues dionysiennes. A La Réunion, le mouvement n’aura rassemblé personne. Certes, un document a circulé via Internet. Les artistes ont reçu par e-mail un document expliquant la situation. Pour autant, où étaient-ils ? Nous sommes loin des événements de 2006, où bon nombre de salles de spectacles étaient obligées de tenir leurs portes fermées. Les techniciens n’étaient pas là. Hier soir, comme vous l’aurez constaté, bon nombre de salles proposaient des concerts, des pièces de théâtre. Les intermittents n’ont plus le temps de faire grève. Ils doivent travailler plus, pour gagner moins, en tout cas, presque rien. La situation ne changera que lorsque les artistes s’uniront et, d’une voix commune, feront savoir le ras-le-bol, qu’ils préfèrent taire aujourd’hui. Peut-être que ce sera pour bientôt. Mais là, personne, du moins chez nous à La Réunion, n’a répondu à l’appel national.

Bbj


Témoignages

• E.T, intermittent du spectacle

Je préfère garder l’anonymat, et prendre un nom d’extraterrestre. Je suis un E.T, c’est-à-dire un emploi transformable, selon la bonne volonté gouvernementale. Le gouvernement va dans un sens que je ne comprends pas. Ce n’est pas nous, les intermittents du spectacle, qui allons gaspiller les deniers publics. On nous paie déjà au goutte-à-goutte. Là, on nous apprend, chose que nous savions depuis longtemps, que le budget de la Culture baisse. Si les comédiens, les artistes en général, sont mal payés à La Réunion, que dire des intermittents du spectacle ? Nous sommes comme à l’autre bout de la chaîne. Aujourd’hui, nous avons encore de nouvelles contraintes pour l’obtention des droits d’ASSEDIC. Travailler plus pour gagner moins, et être surveillés comme les pires voleurs de l’Etat.

• Association Jalasound

Jalasound est une jeune association qui tente de valoriser la musique et la parole réunionnaise. Nous n’avons pas encore entrepris la périlleuse aventure des subventions. Il est vrai que dans le contexte actuel, les artistes en général n’ont pas de grand soutien, ni de l’Etat, ni des collectivités territoriales. Dans notre association, nous avons des membres qui connaissent bien le tissu associatif. Notre engagement ne date pas d’hier, et certains côtoient le monde associatif depuis presque 20 ans. D’année en année, nous n’avons cessé de constater la dégradation du soutien public. Le budget de la Culture est pauvre comparé à la richesse culturelle réunionnaise. Heureusement, les artistes n’attendent pas les subventions pour travailler, quitte à ne pas être payés. Combien de fois on nous demande de venir jouer, gratuitement, pour l’anniversaire de la mort d’untel, de la naissance d’un autre, pour telle fête, pour une commémoration ? Là dedans, c’est le "gratuitement" qui fait défaut. Nous avons deux intermittents du spectacle chez nous, les autres musiciens ont la chance d’avoir un travail "sérieux" à côté. Les deux intermittents doivent être payés, et encore, on ne peut que donner un faible cachet, au vu des tarifs en vigueur pour les groupes réunionnais, et notamment les jeunes groupes. Nous parlons musique, mais que dire de la situation du comédien, du fonnkézèr ? Combien de représentations peut donner le comédien, surtout sur un territoire insulaire ? Combien de kabars se tiennent ? Le fonnkézèr est au bas de l’échelle salariale. Il est rémunéré par prestation, et malheureusement, peu de spectacles sont proposés. Comment voulez-vous créer une entreprise artistique dans un tel contexte ? On préfère de loin le défi associatif, et avancer doucement. Ti pa ti pa n’arivé...

• Association Art Sénik

Tout le monde est dans la morosité en ce début d’année. La Culture est l’enfant pauvre de l’Etat. On ne se préoccupe pas des artistes. Déjà, l’année dernière, les subventions étaient minimes. L’aide publique pour la création et les expositions baisse d’année en année. Le contexte actuel, marqué par les échéances électorales du mois de mars 2008, retarde le traitement des dossiers de demande de subventions. Pour le premier semestre, tout tombe à l’eau. L’année dernière, une collectivité versait son aide, en décembre, pour l’activité 2007. Espérons que cette année, les élections ne pousseront pas le versement des subventions au mois de janvier 2009 pour l’exercice 2008. Notre association est totalement solidaire du mouvement national, contre le désengagement de l’Etat dans la Culture. Pour l’heure, nous sommes assommés par les dettes, et notamment les charges sociales, alors que nous sommes retenus comme Pôle régional d’art contemporain (PRAC). Que voulez-vous avec cette incohérence ?


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Messages

  • Il n’y a pas que le gouvernement, mais c’est la même logique.
    L’association A.R.C.C. (Association Réunionnaise pour la Culture et la Communication ) association reconnue et connue pour son travail en Métropole va le 1er avril être dans l’obligation de se retrouver sans locaux. Donc S.D.F. Malgré nos interventions auprès de Madame La Présidente du Conseil Général de La REUNION, qui a décidé de diminuer fortement la subvention attibuée à cette association, oui malgré nos interventions rien n’a été fait à ce jour. C’est l’angoisse . Nous apprenons que les subventions aux associations culturelles en Métropole n’ont pas encore été allouées.
    La même logique de la droite.

    Voir en ligne : Quand on ne soutient plus la culture.


Témoignages - 82e année


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