La concentration de richesses révèle l’ampleur des inégalités dans les anciennes colonies intégrées à la République française comme La Réunion
5 juin, parRapport sur les riches publié par l’Observatoire des inégalités
’Elabakana, glissement perpétuel’ à Tananarive
18 octobre 2006

L’art ne connaît pas de frontières. Les instigateurs de l’exposition ’Elabakana, Glissement perpétuel’ nous le prouvent une fois de plus. C’est d’ailleurs dans un cadre inédit qu’ils en font la démonstration évidente. Hangar R3A du régiment anti-aérien de Betongolo, dans la ville des mille. Une exposition chez les militaires.
Après un laborieux montage, agrémenté de quelques péripéties administratives et douanières, Elabakana s’expose à Tananarive, pour la plus grande satisfaction des Tananariviens eux-mêmes, surpris par la générosité contemporaine des artistes sollicités. Des perles archéologiques “ramassées” par l’historienne-archéologue Bako Rasoarifetra aux illustres œuvres de Richard Razafindrakoto, de Dominique Ficot, de Térésa Small, c’est un mois qu’il aura fallu pour que tout soit monté.
Le 27 septembre dernier, lors du vernissage, les plus hautes autorités malgaches et françaises, accompagnées par le grand public, n’ont pas manqué de faire l’éloge de ce travail inespéré, de cette collaboration artistique inopinée. Même s’il est avéré qu’il reste à consolider la coopération régionale entre nos deux pays, tous ont salué ce pas vers un partenariat solide. Même l’ambassadeur de France à Madagascar, Alain Le Roy, n’a pas fuit les compliments, et notait à juste titre l’importance d’une mise en réseau de nos valeurs artistiques. Heureusement, dirons-nous, que Lerka et l’association Vaïka ont su prendre cette initiative, et montrer la pertinence d’un travail solidaire entre La Réunion et La Grande-Île. N’oublions surtout pas le dévouement “sacré” de Richemont “roots” Gilas, régisseur d’exception, d’Isabelle E.F. Désiré-Abd’Allah, de Rojo Rabamanantsoa, stagiaire assistant de coordination, et du merveilleux Antoine du Vignaux, commissaire de l’exposition. A ceux qui n’ont pas été cité, azafady.
Au nom de la rencontre
La presse malgache n’a pas manqué de relayer l’information. Les Malgaches ont bien volontiers occupé l’espace, sidérés notamment par l’imagination de Dominique Ficot, ou retrouvant leur illustre plasticien-poète Richard Razafindrakoto. Bref ! Le contentement est général. Les organisateurs jubilent. D’autant que chaque rendez-vous était honoré par le public malgache. Comme le témoigne l’après-midi du samedi 30 septembre, où l’espace “Elabakana” était occupé par de jeunes stylistes talentueux. Défilé de mode entre les œuvres, sur un fond sonore signé Jako Maron, des madagaslameurs doués de la parole vraie scandent leur fonnkèr. Le Poète Babou B’Jalah est des leurs, emporté par une cacophonie poétique mêlant comorien, malgache, français, camerounais et créole. La rencontre se perpétue. C’est tout l’esprit de l’exposition “Elabakana, Glissement perpétuel”. Ateliers, concerts, poésies, conférences, tout a été judicieusement concocté pour que l’échange se trouve une voie. Les artistes n’y sont pas allés de main morte, se prêtant au jeu de la rencontre des styles, des genres. Comment ne pas saluer le travail effectué entre Ricky Olombelo, une pointure de la musique traditionnelle malgache, et Jako Maron, créateur de sons numériques ?
Oui, cela fonctionne du feu de Dieu. Remercions l’équipe de Lerka d’avoir pu coordonner une telle synergie intelligente pour les artistes réunionnais. Une belle expérience pour Jako Maron et Babou B’Jalah, qui demande maintenant d’être valorisée au pays, à La Réunion. A bon entendeur.
Et après Tananarive ?
Les hauts dignitaires malgaches ne s’y sont pas trompés. Cette exposition ouvre inéluctablement les yeux des jeunes qui l’ont découvert. Déjà, de manière pédagogique, avec le conséquent travail de Bako Rasoarifetra, les perles se montraient sur tous ses aspects. Mais c’est surtout l’ampleur donnée aux œuvres qui a émerveillé la galerie. Beaucoup d’étudiants malgaches en beaux-arts se voyaient déjà occuper un tel cadre pour montrer leur savoir-faire. « Cela viendra en son temps, mais disposer d’un tel cadre, surtout sur un terrain militaire, je pourrais en rêver tous les soirs » lance un jeune artiste malgache. Un haut dignitaire propose même que l’exposition voyage dans les grandes villes de toutes les provinces de l’île Rouge, avec l’appui logistique de l’armée. Une exposition à Tamatave serait un bel hommage rendu à Marco Polot qui y vit le jour ? Sûrement. Pour l’heure, Elabakana se laisse découvrir à Betongolo, à Tananarive. Pourquoi ne pas l’imaginer dans les autres pays de la zone ? oui, pourquoi ?
W. T.
En ce qui concerne le visa
En aparté, l’ambassadeur de France à Madagascar, Alain Le Roy, notait l’importance de collaborer entre artistes de la zone. Il reconnaissait toutefois la difficulté pour les artistes malgaches de se rendre à La Réunion, à cause du problème d’attribution de visa. A bon entendeur...
Nos condoléances
Alors que l’exposition Elabakana connaît encore un franc succès auprès des tananariviens, les organisateurs connaissaient un coup dur, terrible. Le plasticien Richard Razafindrakoto, âgé seulement de 47 ans, nous quittait. Malade des reins, il succombait à une crise cardiaque dans la nuit du mercredi 11 octobre 2006. Il sera installé dans les locaux de Rarihasina, quartier des artistes de Tananarive. Les Tananariviens n’ont pas manqué de venir saluer l’artiste, l’agitateur culturel, le plasticien, le poète, le frère, le père. « Je suis orphelin », me confiera un jeune artiste malgache. Richard Razafindrakoto avait toujours senti la nécessité d’aider les jeunes à développer leur maîtrise de l’art contemporain. Ils n’ont pas manqué de lui exprimer toute leur reconnaissance. “Témoignages” salue encore son génie, son combat pour la reconnaissance de l’art contemporain de la zone Océan Indien. Adieu l’artiste...
Rapport sur les riches publié par l’Observatoire des inégalités
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