Culture et identité

Quelles mesures pour un patrimoine unique : le peuple réunionnais ?

Journées européennes du Patrimoine les 15 et 16 septembre

Manuel Marchal / 15 septembre 2018

Ce week-end se tiennent les Journées européennes du Patrimoine. L’occasion de s’interroger sur les mesures prises pour un patrimoine unique au monde qui existe à La Réunion : le peuple réunionnais.

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Les Journées européennes du Patrimoine sont le moment privilégié pour partir à la découverte de vieux bâtiments. Ces derniers ont souvent un point commun, ils datent d’avant 1848. Cela signifie qu’ils ont été construits à l’époque où La Réunion était une colonie sous le régime de l’esclavage. C’est donc un patrimoine qui repose sur la souffrance des victimes d’un crime contre l’humanité.
Le patrimoine de ces esclaves est resté dans les noms des lieux situés à l’intérieur de notre île. Quand au cœur de La Réunion s’était construit un royaume de résistance à l’esclavage.
Les bâtisseurs du patrimoine mis en avant ce week-end vivaient dans des maisons dont il ne reste rien. A Saint-Denis, les nom de Camp Ozoux par exemple sont là pour rappeler qu’ils habitaient là. C’est sur ces anciens lieux de vie des esclaves que le Boulevard Sud a été construit, un symbole de la manière dont une chape de plomb s’est abattue sur la période de l’esclavage, qui couvre pourtant la moitié de l’histoire de La Réunion.

Une lente construction

Sans doute le patrimoine réunionnais le plus précieux ne se situe pas dans les bâtisses construites par des esclaves au bénéfice d’esclavagistes. Il est davantage à rechercher dans le peuple réunionnais lui-même. Il s’est en effet construit dans l’intégration d’immigrés venant de civilisations millénaires qui ont réussi à construire à La Réunion une langue et une société. C’est cette réunionnisation évoquée par Patrick Singainy, dont il situe la « sédimentation » entre la fin de l’époque de l’engagisme et la fin de la seconde guerre mondiale.
Sous l’impulsion du PCR, la bataille pour la reconnaissance de l’identité culturelle a permis aux Réunionnais de prendre conscience qu’ils forment un peuple. La langue créole a réussi à survivre à l’assimilation, tandis que des pratiques culturelles comme le maloya ne sont plus interdites. Le maloya est devenu un Patrimoine mondial, et cette reconnaissance est même célébrée aujourd’hui par ceux qui combattaient la Maison des civilisations et de l’unité réunionnaise.

Menaces sur la cohésion

Mais la société réunionnaise fait face à des défis qui menacent sa cohésion. C’est tout d’abord le maintien du chômage de masse dans un système capitaliste qui promeut l’individualisme au détriment des solidarités. Les inégalités sont toujours là, et elles amènent certains à stigmatiser les immigrés les plus récents, alors que pourtant tous les ancêtres des Réunionnais ont été un jour des immigrés à La Réunion.
La fragilisation de cette cohésion peut également venir de l’extérieur. La mondialisation actuelle se caractérise par le développement des moyens de communication, et par le retour au premier plan d’anciennes superpuissances telles que l’Inde ou la Chine.
Quand elles reprendront les premières places qu’elles occupaient avant la colonisation européenne, quel sera le regard des Réunionnais vis-à-vis de l’Inde ou de la Chine ? Ces pays seront-ils vu comme une « mère patrie » comme la France est présentée aujourd’hui ?
Et si Madagascar devenait un pays émergent, comment réagiraient les nombreux Réunionnais d’origine malgache ? Autrement dit, les Réunionnais se sentiront-ils toujours tous Réunionnais, conscient de faire partie d’un seul peuple ?
Ces différents exemples ne sont pas exhaustifs, et rappellent que l’existence d’un peuple réunionnais est un phénomène unique dans le monde, et qu’il est un patrimoine dont la survie reste un combat.

M.M.



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  • Ce que je remarque, enfin, c’est personnel et je pense partagé par d’autres, réunionnais ou pas, quel que soit leur milieu, leur origines sociales, c’est que les gens à la fois se disent "fiers d’être réunionnais", ok, très bien mais cela ne les dérange pas de participer ou de laisser faire, ceux, celles qui dégradent leur environnement, comme par exemple quand on voit des mauvais citoyens jetter leur déchets dans les ravines, les poubelles grises alors que les emballages doivent être déposé dans les jaunes, le verre, dans les colonnes prévues à cet effet, les piles dans les magasins ou à l’entre des grandes surfaces, les huile de vidanges sauvages dans la terre, comme les contenu acide de batteries usagées, un véritable scandale !

    Etre fier d’être de là où on est né(e) c’est aussi avoir l’esprit ouvert sur le reste du monde, déjà la région sud de l’océan indien, de l’Europe. Du monde, de sa fragilité et de toutes les problématiques auquel il est confronté comme l’autres scandale, celui des plastiques qui nous ont envahis pour le profit de quelques uns inconscients. Voir à ce sujet "Cash Investigation" et " Envoyé Spécial" de France 2 avec l’excellente Elise Lucet qui a le courage de poser des questions qui parfois dérangents les décideurs, les patrons. Elle a bien raison.

    Etre réunionnais, c’est aujourd’hui et encore plus demain, être responsable, rouler propre, partager son véhicule, prendre les transports publics (5% seulement actuellement, quelle honte !), et ne plus consommer de barquettes, gobelets, couverts, pailles en plastique, de produits sur emballés, sans souci. Voilà, Bonne fête du patrimoine, la 35°. Arthur.

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