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Il était une fois... Evariste de Parny (5ème partie)
9 septembre 2008

Parny n’a plus et depuis longtemps en tant que poète la réputation qu’il mérite. On peut dire qu’il a été victime de l’ostracisme des esclavagistes, des colonialistes, des chantres de la culture blanche ainsi que de ceux qui caressaient le catholicisme colonial dans le sens du poil. Il ne fallait pas parler de notre poète militant révolutionnaire, surtout ne pas l’enseigner dans nos écoles pour crime d’érotisme, d’appel à méfiance à l’égard des blancs, d’anti-esclavagisme, de croyance à l’être suprême au nom de ses principes hérités de la philosophie des lumières. Il est nécessaire de réhabiliter Parny et d’en faire un poète lu et étudié par la jeunesse.
J’ai choisi de reproduire ci-dessous des extraits des chansons madégasses ainsi que leur traduction en créole réunionnais (1) pour que chacun puisse avoir envie de lire Parny, et soit pris du désir de le voir réhabilité.
Le roi Anpanani accueillant un voyageur blanc
« L’heure du souper approche. Esclaves posez une natte sur la terre, et couvrez-la de larges feuilles de bananier. Apportez du riz, du lait et des fruits mûris sur l’arbre. Avance Nélahé, que la plus belle de mes filles serve cet étranger. Et vous, ses jeunes soeurs, égayez le souper par vos danses et vos chansons ».
Traduction : « Lër pou diné i ariv. Zésklav ! Poz in sézi atèr ! Rouvèr zoli fèy fig déssï ! Aporte dri, delé, amène in korbèy plin le frui la mïr déssî le pié ! Vien in kou isi, Nélahé. Mi vë mon pli zoli fiy i sèrv zétranzé-la. Azot, son bann plîs zène sër, le tan l’apré diné, shanté, dansé, mète la gaité ! »
La guerre victorieuse d’Anpanani
« Ta sagaie a versé le sang d’Anpanani. Mais ce sang n’a jamais coulé sans vengeance ; tu tombes, et ta chute est pour tes soldats le signal d’épouvante... Le vainqueur s’en retourne paisiblement et chasse devant lui les troupeaux mugissants : les prisonniers enchaînés, et les femmes éplorées. »
Traduction : « Out promié kou d’sagay i fé koul lo sag Anpanani. Soman, sang-la i koul pa san k’i tir vanzanse. Ou i tonm mor ! La për i atak out guéryé... Le vinkër i arvien trankilman, li pous devan bann troupo l’apré kriyé, bann prizonié anshéné, bann fanm i bingne dann zot pléré. »
La mort du fils d’Anpanani
« Mon fils a péri dans le combat. O mes amis ! Pleurez le fils de votre chef ; portez son corps dans l’enceinte habitée par les morts... Respectez la demeure des morts ; leur courroux est terrible et leur vengeance est cruelle ; Pleurez mon fils. »
Traduction : « Mon garson lé mor dann konba. Ah, mon bann dalon ! Plër pou garson z’ot shèf ! Port dan la kour ousa bann mor i arète... Réspekte la kaz le mor : tanguène banna lé térib, zot vanzanse lé san pitié. Plër pou mon garson. »
Méfiez-vous des Blancs, habitants des rivages
« Leurs prêtres voulurent nous donner des dieux que nous ne connaissons pas ; ils parlèrent d’obéissance et d’esclavage : plutôt la mort ! Le carnage fut long et terrible. Mais malgré la foudre qu’ils vomissaient, et qui écrasaient les armées entières, ils furent tous exterminés. Méfiez-vous des Blancs. »
Traduction : « Zot prète la-vouli donn anou in Bondié n’i koné pa ; zot la-komanse koz "l’obéissance", "lesklavaz". Odémié la mor ! Karnaz la la dir lontan, té san pitié ; soman malgré loraz zot té i krash - in loraz téi tïé in larmé d’in kou - nou la fini sanm zot rasse. Méfié bann blan ! »
Zanhar et Niang ont fait le monde
« Zanhar ! Nous ne t’adressons pas nos prières : à quoi servirait de prier un Dieu bon ? O Niang, ne détruis pas tous les bienfaits de Zanhar. Tu règnes sur les méchants. Ne tourmente pas les bons. »
Traduction : « Zanhar ! Nout priyèr lé pa pou ou ! Pou kosa priyèr in bon bondié ? Aou Niang ! Dégrène pa tout bon zafèr Zanharla fé ! Ou i règn déza dëssi bann malfondé. Arète trakasse bon moune ! »
Cette oeuvre subversive de notre compatriote compte douze chansons : toutes nous appellent à réfléchir sur notre histoire et celle de notre environnement pour comprendre le monde du temps de Parny, mais également certaines problématiques bien actuelles posées par le poète. J’espère que ces extraits vont vous inciter à lire l’oeuvre d’un de nos hommes de lettres parmi les plus originaux, et inciteront, peut-être, les maisons d’édition à le tirer de l’oubli. La traduction en créole donne encore plus de force à l’ouvrage et en fait découvrir son actualité.
(1) Chansons madégasses" a été publié par l’UDIR en 2005. L’ouvrage a été traduit en créole réunionnais par A et R. Gauvin
G. Gauvin
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