Culture et identité

Réconciliation et cohésion

Célébration du 10 mai

Manuel Marchal / 10 mai 2011

Ce 10 mai, la République commémore la Journée nationale des mémoires de la traite négrière, de l’esclavage et de leurs abolitions. 10 ans après le vote de la loi reconnaissant l’esclavage en tant que crime contre l’humanité, plusieurs manifestations sont organisées à La Réunion.

Le 10 mai 2001, le Parlement vote à l’unanimité une loi reconnaissant l’esclavage en tant que crime contre l’humanité. La loi prévoyait également que serait proposée une date commémorative concernant toute la République. Ce travail fut confié au Comité pour la mémoire de l’esclavage présidé par Maryse Condé. Le Comité a remis ses conclusions au président de la République le 12 avril 2005. Il proposa que le 10 mai devienne la journée du souvenir dans toute la République. Cette date ne se substitue pas à la commémoration des abolitions dans toutes les anciennes colonies, mais elle donne enfin la possibilité à une ancienne puissance coloniale de regarder enfin en face une partie de son Histoire durant laquelle ses dirigeants ont inscrit l’esclavage dans la loi, c’était le Code Noir.
Le 10 mai est donc une date qui œuvre pour la réconciliation. Il rappelle que toutes les divergences politiques ont pu être transcendées pour se concentrer sur l’essentiel : renforcer la cohésion de la République.
Ce 10 mai 2011 marque la sixième commémoration de la Journée nationale des mémoires de la traite négrière, de l’esclavage et de leurs abolitions. Or, durant ces derniers mois, la loi reconnaissant l’esclavage en tant que crime contre l’humanité, la loi dite Taubira, a fait l’objet de plusieurs attaques (voir encadré). Dans le même temps, une politique de division est menée à Paris. Pas plus tard qu’hier, un ministre a stigmatisé des demandeurs d’emploi alors que c’est justement de la responsabilité du gouvernement de tout mettre en œuvre pour garantir le respect du droit constitutionnel à un emploi. Ces propos font suite à d’autres qui visent à désigner des catégories sociales à la vindicte populaire : les fonctionnaires, les travailleurs des entreprises publiques…
Dans ce contexte, la célébration de cette journée de mémoire prend encore davantage d’importance. Porteuse d’un message de cohésion, la Journée nationale des mémoires de la traite négrière, de l’esclavage et de leurs abolitions encourage à aller de l’avant. Elle rappelle qu’il est possible de progresser tout en respectant nos identités respectives.

M.M.


Construisons un mémorial

Voici un extrait de la Déclaration du Comité pour la mémoire et l’histoire de l’esclavage, à l’occasion du dixième anniversaire de la loi reconnaissant l’esclavage en tant que crime contre l’humanité :

À l’occasion des dix ans de la loi du 21 mai 2001, le CPMHE demande au gouvernement deux gestes forts :
1. L’installation, dans un lieu symbolique de la capitale, d’une stèle rendant hommage à celles et ceux, esclaves, marrons et libres de couleur, pour leur contribution à l’universalité des idéaux de Liberté, d’Égalité et de Fraternité qui fondent notre République ;
2. La mise en œuvre du projet de Mémorial et de Centre de ressources sur la traite négrière, l’esclavage et leurs abolitions, demandé par le Comité dès 2005 et qui a fait l’objet d’un rapport remis au gouvernement par Édouard Glissant en 2007.

Le CPMHE souhaite également que se renforcent et se mettent en œuvre les projets suivants :
1. Le soutien au programme de numérisation des archives de la traite et de l’esclavage ;
2. La collecte des mémoires vivantes de l’Outre-mer ;
3. La valorisation des lieux de mémoires et d’histoire liés à la traite et à l’esclavage ;
4. La création d’un portail et d’un musée virtuel de la traite, de l’esclavage et des abolitions.

Le CPMHE considère que la création à Paris d’un Mémorial des esclavages, centre de ressources et lieu d’échanges et d’éducation est indispensable. Le CPMHE rappelle qu’une étude de préfiguration ayant été réalisée en 2008, à la suite du rapport Glissant, les conditions sont réunies pour la mise en place d’un groupe opérationnel de préfiguration.
Le CPMHE invite chacun à marquer le dixième anniversaire de la loi du 21 mai 2001 tendant à la reconnaissance de la traite et de l’esclavage en tant que crime contre l’humanité et à s’associer, le 10 mai 2011, à la Sixième journée nationale des mémoires de la traite, de l’esclavage et de leurs abolitions.
Le CPMHE appelle associations, chercheurs, élus, institutions, collectivités à mobiliser toutes leurs énergies pour qu’enfin l’histoire des esclaves et de leurs descendants soit connue et reconnue, qu’elle ait un lieu de médiation éducative et citoyenne, afin que cesse l’ignorance et que s’épanouisse un vivre ensemble basé sur la reconnaissance et le respect de la diversité.