La Région, le Département, les maires et l’État ont signé le Pacte linguistique de La Réunion

Reconnaissance officielle du créole par l’État : « la diversité linguistique garante de la cohésion sociale »

4 décembre 2023, par Manuel Marchal

La paix sociale est la priorité de Paris à La Réunion qui a souvent utilisé l’argent pour éteindre des mouvements de contestation. Les temps changent, Paris n’est plus la grande puissance d’avant. Sa stratégie change également. Avec le Pacte linguistique, Paris affirme « la diversité linguistique de l’île comme garante de la cohésion sociale ». La reconnaissance officielle du créole par Paris vise donc aussi à soutenir la paix sociale. Paris mise sur le rôle du créole comme ciment de la société réunionnaise.

Ce 29 novembre lors de la visite à La Réunion de la ministre de la Culture, la Région, le Département et l’Association des maires de La Réunion ont signé avec l’État le Pacte linguistique de La Réunion. Cet acte montre la stratégie des pouvoirs publics vis-à-vis de la langue maternelle des Réunionnais, le créole. Rappelons que le créole n’est pas la langue d’enseignement dans l’Éducation nationale. Elle n’est pas non plus la langue dans les administrations publiques, où tout est écrit en français.
Sous l’impulsion de Lofis la lang, plusieurs communes, la Région et le Département ont signé une Charte « collectivité bilingue ». Cette charte prévoit notamment une signalétique créole-français, et d’encourager les échanges en créole entre les usagers et le personnel.
C’est ce principe qui figure dans le Pacte linguistique et il sera élargi aux administrations de l’État, car le communiqué de la préfecture de La Réunion précise notamment qu’il s’agit de « mettre en place des chartes français-créole dans les divers établissements recevant du public ».

Victoire de la résistance du créole

La signature de ce pacte montre aussi que Paris a décidé de ne plus combattre frontalement le créole. C’est la victoire de la résistance du créole. Au moment où la répression systématique était le mode de fonctionnement de l’État à La Réunion, la mobilisation du Parti communiste réunionnais et des militants culturels a permis de faire prendre conscience aux Réunionnais que le créole n’était pas un patois en voie de disparition, mais une langue bien vivante composée d’apport de trois continents : Afrique, Asie et Europe. Les mots d’origine indienne, malgache ou française sont très présents dans le créole réunionnais.
Cette prise de conscience a permis au créole de ne pas subir le sort de la plupart des langues parlées dans les régions françaises : disparition et monolinguisme français. Elle s’est élargie à de larges pans de la société, comme le rappellent les différents sondages majoritairement favorables au créole à l’école. Le Pacte marque le ralliement de l’État à la démarche des précurseurs et fondateurs de Lofis la lang.

La stratégie de l’État

L’État veut maintenant accompagner le créole. Voilà ce qu’indique son communiqué du 29 novembre au sujet du Pacte linguistique :
« Il s’articule autour de trois points essentiels : la lutte contre l’illettrisme et la maîtrise du français, la visibilité du créole réunionnais dans l’espace public, et la naissance d’un institut du créole réunionnais destiné à devenir un lieu de création, d’innovation, de culture, d’éducation populaire, de recherche et de développement du corpus du créole réunionnais », indique l’État qui précise les actions prioritaires du plan :
- nommer et/ou recruter des référents dédiés au secteur linguistique au sein de chaque collectivité ;
- promouvoir le créole réunionnais, tant sur le plan linguistique que sur le plan de la création artistique et de sa diffusion ;
- promouvoir la diversité culturelle et linguistique par le développement des résidences d’artistes et le soutien aux manifestations culturelles ;
- mettre en place des chartes français-créole dans les divers établissements recevant du public.
« Ce pacte marque un tournant pour la prise en compte du créole réunionnais dans les politiques publiques et, plus largement, celle de la diversité linguistique de l’île comme garante de la cohésion sociale », précise l’État.

Soutenir la paix sociale

Paris prend donc acte de l’impossibilité de remplacer le créole par le français. Le pouvoir se rallie donc à la démarche du bilinguisme, où le créole est un moyen de faciliter l’apprentissage du français et de lutter contre l’illettrisme.
Ce recul mise sur le rôle du créole comme ciment de la société réunionnaise. Rappelons que la paix sociale est la priorité de Paris à La Réunion qui a souvent utilisé l’argent pour éteindre des mouvements de contestation. La reconnaissance officielle du créole par Paris vise donc à soutenir la paix sociale.

M.M.

A la Une de l’actuLangue créole à l’école

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Messages

  • Nou war domoun aksèp larzan po in ryin...
    Si nou soubat po nout péï, inn dé malfondé va pran lo larzan po kine lo mouvman !
    La nou wa war kisa lé in vré kizani