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l’esclavage
10 mai 2008

Le 10 mai 2001, l’esclavage était reconnu comme crime contre l’humanité par l’Assemblée nationale. 10 Mai 2008, que représente cette date ? Pour bon nombre de personnes rencontrées, le 10 Mai est une belle chose, mais ne vaut pas le 20 Décembre. Et pourtant, cette date symbolique marque une prise de conscience importante. Voilà que l’esclavage est un crime contre l’humanité !
Le chantre de la Négritude vient de s’éteindre. La reconnaissance nationale pour Aimé Césaire gommait tant d’années de dédain, d’ignorance sur ce qu’est le Nègre. Combien d’enfants savent qui était cet esprit créole, nègre rempli de fierté ? L’oppression n’aura pas pris sa conscience vive, la flamme éternelle d’un être empli de certitudes créoles. L’esclavage ne peut être nié. C’est un fait, c’est même un élément historique dans la construction du Réunionnais. Mais qui peut vraiment raconter ce “tan margoz”, ce passé lourd à porter ? Le récit est entaché de mythes, d’anachronismes. L’école a omis pendant longtemps de révéler cette histoire. L’esclavage, dans les programmes scolaires, aura le privilège de noircir quelques pages du manuel de l’Histoire de France. Espérons que les élèves sauront que l’esclavage concerna le monde entier, qu’ils ne s’attardent donc pas sur une seule région de la planète, qu’ils apprennent aussi le marronnage. Il faut dire les atrocités de l’esclavagisme, mais il prime de valoriser les pères de la résistance, les Mandela d’antan, les rebelles contre un système oppresseur, cruel. Les marrons méritent aussi toute notre attention, et particulièrement l’attention du scientifique !
Il ne suffit pas de dire pardon
Reconnaître l’esclavage dans l’histoire de France n’est pas seulement dire : « je reconnais que l’esclavage est un crime contre l’humanité ». Oui, il faut raconter l’esclavage, le Code noir, et tant d’histoires pour dire que l’Homme fut un loup pour l’Homme. Mais le devoir de mémoire impose davantage d’implications, dans l’enseignement, mais aussi, sinon surtout la recherche. On livre les lieux de vie des esclaves aux Caterpillars au bénéfice de routes périphériques. Calixte, Ozoux, oukilé ? Où sont les ossements du marron retrouvé à Tapcal ? Toujours disparus ? Les pouvoirs en place, qui préservent la charge de toutes fouilles archéologiques, ont-ils programmé la recherche des lieux de vie des marrons, comprendre l’organisation de leur rite funéraire, leur quotidien, leurs armes, leurs outils, leur religion, et que sais-je encore ? A quand la flamme du marron inconnu ? L’histoire de l’esclavage réunionnais est inconnue des Téunionnais eux-mêmes. C’est un triste constat. Connaît-on vraiment l’histoire du marronnage ? Ou est-ce préférable de s’armer de mythe improbable pour raconter un fait certain de l’histoire de La Réunion ? Pour tout vous dire, à par quelques phrases que les censeurs d’autrefois avaient omis de raturer dans les manuels du lycée, je découvrais vraiment l’esclavage à l’Université avec Raoul Lucas en premier, Sudel Fuma, et Prosper Eve. C’est dans l’amphithéâtre Thérésien Cadet que j’inscrivais pour la première fois des noms de Marrons, tout en prenant conscience du poids relevé de leur patronyme. Enfant, on me disait que mes ancêtres s’abritaient sous des huttes en bois et s’appelaient les Gaulois. A moi, si on m’avait dit que mon ancêtre s’appelait Texeira da Motta, il nous reste à savoir l’histoire des kivis, des petits Blancs. Eux aussi ont connu une forme d’esclavage, peut-être davantage affamés que l’esclave nourri par le “bon” maître. Bref, on reconnaît que c’était un crime, l’esclavage, une violence, un acte odieux, mais sait-on que cela a ôté des vies, dominé des cultures, des croyances, des artisanats ? Il ne suffit pas de dire pardon, il faut aujourd’hui valoriser ce passé en perdition. Mais qui voudrait valoriser le fouet, l’aliénation, la fuite d’un Nègre empreint de liberté ? Aimé l’a fait.
Bbj
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