La concentration de richesses révèle l’ampleur des inégalités dans les anciennes colonies intégrées à la République française comme La Réunion
5 juin, parRapport sur les riches publié par l’Observatoire des inégalités
Promouvoir La Réunion à Paris
6 juillet 2006

Depuis deux ans, Patrice Selly est Président de l’Association des Étudiants réunionnais de Paris qui fêtera ses 20 ans cette année. À 26 ans, en dernière année de Droit pour devenir avocat spécialisé dans le droit des affaires internationales, ce jeune Réunionnais installé depuis 2001 à Paris nous parle des difficultés à animer une association, à fédérer les étudiants de l’île, et plus encore, à promouvoir La Réunion dans un espace public où DOM rime trop avec Antilles.
Depuis 2004, un petit groupe de Réunionnais dont le noyau dur vient de la Cité internationale dans le 14ème arrondissement a "décidé de reprendre en main l’association, de faire bouger les choses, de lui redonner un peu de vie".
À sa création, elle proposait de nombreuses activités culturelles, des conférences/débats, des soirées, centrés sur la promotion et l’intégration réunionnaises. Par la suite, elle a connu une phase de ralentissement durant laquelle seules des animations sportives permettaient encore son maintien.
"Peu connue à Paris"
Depuis 2 ans, Patrice Selly et le petit groupe d’étudiants réunionnais de la Cité Internationale ont réactivé des cours de danse et de musique traditionnelles, organisé de nouvelles soirées thématiques visant à promouvoir notre culture locale "en s’ouvrant au maximum de monde."
Patrice nous explique que cette envie de faire connaître son île s’apparente à "un besoin. Un besoin de se retrouver entre nous, de partager, de retrouver cette ambiance réunionnaise propre que les restaurants réunionnais à Paris ne parviennent pas à recréer." Puis, il y a cette dynamique de promotion qui s’impose : "La Réunion est peu connue à Paris, à l’exception de l’épisode du chikungunya et de la mauvaise publicité faite autour." Ce manque de reconnaissance, de lisibilité génère selon Patrice "énormément de frustration. Les Antillais eux sont reconnus, leurs revendications en premier lieu. Ils sont très motivés et savent se faire entendre alors que nous, Réunionnais, sommes très dispersés, éparpillés. Notre voix est limitée."
Difficulté à rassembler
Le grand kabar organisé pour le 20 décembre l’année dernière par l’association ou encore le concert de Frédéric Joron, leader d’Oussanoussava, "chanteur mythique pour notre génération d’étudiants" aux abords de la Cité Internationale ne sont pas parvenus à fédérer les étudiants réunionnais. Manque de lisibilité du site Internet qui mériterait de bénéficier de liens avec les portails Alon Bougé ou Réunionnais du Monde, communication insuffisante : Patrice constate qu’il existe "une réelle difficulté à rassembler les Réunionnais à Paris, notamment les étudiants. On essaie de comprendre et retient l’idée que lorsque l’on quitte son île pour rejoindre la capitale, on a envie d’abord de voir autre chose. Les étudiants se mettent en petits groupes et ça semble leur suffire."
Bien que l’association bénéficie de subventions du Conseil général de La Réunion, la location des salles reste très chère. Avec peu de public, il est plus difficile de rentrer dans ses frais et de planifier d’autres soirées. C’est avant tout la pérennité de l’association qui est alors menacée. L’association aurait déjà besoin d’un petit local pour que ses membres se réunissent, mais "pourquoi nous obtiendrait-on un local à nous et pas aux autres ?", consent Patrice.
Il manque un leader
Le jeune avocat reconnaît que lorsqu’il vivait à La Réunion il était plus détaché de sa culture. "C’est là, à Paris que je prends conscience de toute la richesse de mon île, de sa culture que j’ai envie de découvrir, de son caractère cosmopolite. Nous aurions plein de choses à faire partager, à commencer par notre harmonie." Mais lors de grandes manifestations comme le Carnaval de l’Outre-mer qui s’est tenu samedi dernier dans la capitale, La Réunion n’a pas mis les moyens pour y être représentée, elle n’a pas "l’envergure des Antilles."
Pour le 10 mai, consacré jour de l’abolition de l’esclavage par la France, Patrice constate là encore que lors des festivités officielles, les Antilles et l’Afrique étaient représentées, mais on retrouvait très peu de Réunionnais. "Nous n’avons pas vraiment de leader ici pour porter la voix de La Réunion, à part Françoise Vergès. Il faut vraiment travailler là-dessus."
Stéphanie Longeras
An plis ke sa
Vivre l’épidémie de chikungunya de Paris
Pour Patrice Selly, comme pour beaucoup de Réunionnais installés en France, l’explosion épidémique et ses écueils médiatiques ont été difficiles à vivre, à plus de 10.000 kilomètres de notre île. "D’abord on s’inquiète pour sa famille, on prend souvent des nouvelles. Les étudiants de la Cité se sont retournés vers nous pour en savoir plus. Pour ma part, je l’ai très mal vécu par rapport à l’image négative qui a été renvoyée de La Réunion et la faiblesse des moyens mis en place au départ. Les informations étaient très alarmistes et l’on voyait cette espèce d’inefficacité des actions engagées. La diaspora réunionnaise s’est en revanche soudée pour organiser beaucoup de manifestations de soutien pour La Réunion. Mais là encore, la mobilisation reste difficile. L’opération “Kill Chik” le 16 juin au stade de Coubertin impulsée par l’association Réunion Solidarité de Evelyne Lee et à laquelle j’ai participé en tant que bénévole a rassemblé un peu plus de 1.000 personnes alors que le stade pouvait en accueillir 4.000. On ne peut pas dire que cela ait été un succès."
Témoignage
Patrick Nurbel, directeur de l’ARCC (Association Réunionnaise Communication et Culture) nous livre sa réflexion quant au manque de reconnaissance de La Réunion dans l’espace public français et plus précisément parisien face au “monopole” antillais.
"On a plus intérêt à ce que la parole se libère"
La culture réunionnaise telle qu’elle est née et se perpétue ne consiste pas dans cette façon de vouloir absolument occuper le centre. Elle n’est pas dans une dynamique de leader et de porte drapeau. C’est une culture du métissage qui se vit plus dans l’intimité que dans l’espace public. Peut-être y’a-t-il effectivement dans notre comportement un héritage du passé, mais je pense que l’on est avant tout différent et que l’on agit plus dans la qualité du rapport à l’autre que dans une façon de se rassembler autour d’un discours. On ne peut pas mettre tout le monde dans le même moule, nous ne nous inscrivons pas dans une dynamique de revendication absolue, comme la culture antillaise. Les Antillais et les Réunionnais n’ont de commun que la structure administrative mise en place en 1945 par la France. Pour ma part, je me sens plus proche d’un Mauricien ou d’un Malgache que d’un Antillais. On a ce sentiment que La Réunion est plus en arrière-plan dans l’espace public et certains peuvent le ressentir comme un échec. Mais si l’on commence à vouloir ressembler aux autres, on se plante. Quand on est différent, on ne peut pas aspirer à se ressembler. Il y a par contre à faire en sorte que La Réunion soit mieux représentée et plus présente dans les débats de fond. Sur les 600 à 700 personnes présentes au Sénat pour la célébration du 10 mai, nos compatriotes étaient rares. Par contre, je n’avais aucune envie de participer au carnaval de l’Outre-mer. Même si je n’y suis pas indifférent, cela ne correspond pas à notre culture et ce n’est pas ce qui est important. Ce qui nous intéresse à l’ARCC, c’est d’essayer d’occuper un espace dans les bibliothèques, car si de par notre histoire, notre culture s’inscrit plus dans le non dit, elle peut apporter des choses. On a plus intérêt à ce que la parole se libère. Avec cette génération, il y a une vraie révélation identitaire, une recherche historique avec d’autres soubassements importants à explorer. Mais Paris est à la fois un lieu où il y a beaucoup de monde et un lieu où l’on peut être extrêmement perdu. On y retrouve énormément d’énergies de la part des étudiants, des associations, mais qui ne se concentrent pas forcément sur la recherche culturelle. Il n’y a pas de fédération de ces énergies, mais on ne peut pas nous sacrifier notre démarche. Je suis optimiste car on sent des lames de fond qui s’organisent.
S. L.
Les cautionnaires réunionnais refusés par les agences immobilières
"C’est de la discrimination pure et simple"
Si on lui prête tour à tour des origines mauriciennes, pakistanaises ou indiennes. Patrice Sévy nous confie ne pas avoir rencontré de difficulté pour s’intégrer dans la capitale. "Généralement, les étudiants s’intègrent et se sentent bien à Paris. Ils se fondent facilement dans la masse." Là ou le bât blesse, c’est pour accéder à un logement avec des agences qui refusent des cautionnaires de La Réunion. Un dossier qui mériterait peut-être une intervention auprès de la HALDE (Haute autorité de lutte contre les discriminations et pour l’égalité).
Informer avant le départ
À Paris, toutes les filières sont représentées, les activités sont nombreuses et les déplacements faciles. Là où il faut informer les Réunionnais qui souhaiteraient s’installer dans la capitale, c’est sur les difficultés d’accès à un logement. "En septembre dernier, j’ai reçu un appel d’une famille réunionnaise qui souhaitait trouver un logement, deux semaines avant son départ. Il y a, je pense, un travail d’information à faire sur place d’abord des collectivités locales, de l’Université, mais aussi des associations à ce sujet. J’ai déjà proposé à l’Université de La Réunion de me déplacer pour organiser des rencontres avec les étudiants pour leur fournir des informations pratiques. Faute de moyens, ma proposition n’a pas été retenue, mais ce serait une bonne initiative d’informer les étudiants voire les lycéens en mars/avril, au moment où ils choisissent leur orientation."
Bien que le Département de La Réunion ait signé un partenariat avec la Cité Internationale pour loger environ 80 étudiants réunionnais, ces derniers peuvent bénéficier d’un logement durant trois ans maximum. Il y a un tel “turn over” qu’il leur appartient ensuite de chercher un autre appartement. "Il y a le problème majeur des cautions car les agences sur Paris refusent de prendre des cautionnaires de La Réunion ou en demandent 5 ou 6, explique Patrice. Beaucoup d’étudiants se retrouvent confrontés à ce problème. J’ai un ami qui à la fin de ses études, alors qu’il ne travaillait pas encore, a trouvé un appartement au bout de 1 an. Que fait-il en attendant s’il n’a pas d’amis pour l’héberger ? C’est de la discrimination pure et simple."
Brigitte Girardin avait envisagé l’année dernière, la mise en place d’un passeport logement pour les ressortissants réunionnais mais depuis plus rien. Pierric Pignolet, responsable de l’antenne du Conseil général à Paris serait prêt à porter plainte auprès de la HALDE, avec le soutien d’associations, pour aider à solutionner ce problème. Une affaire à suivre.
S. L.
Rapport sur les riches publié par l’Observatoire des inégalités
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