La concentration de richesses révèle l’ampleur des inégalités dans les anciennes colonies intégrées à la République française comme La Réunion
5 juin, parRapport sur les riches publié par l’Observatoire des inégalités
26 décembre 2006

Nul n’est prophète en son pays. En effet, alors qu’une exposition est actuellement dédiée à Ambroise Vollard (1866-1939) au prestigieux Metropolitan Museum of Arts à New York, force est de constater que cet homme reste un inconnu des Réunionnais. Une autre preuve de reconnaissance posthume réside dans l’exposition qui attire les foules actuellement à Paris : celle de Maurice Denis, au Musée d’Orsay. Or, ce dernier, chef de file d’une école de peinture célèbre, les Nabis (qui signifie, d’après un mot hébreu, les prophètes), a été découvert, comme tant d’autres, par Ambroise Vollard. D’ailleurs, un des tableaux du Musée d’Orsay, “L’hommage à Cézanne” de Maurice Denis se passe chez Vollard, à Paris. On peut voir le Réunionnais parmi les personnes peintes sur la toile.
Ce dernier est considéré comme le marchand d’art le plus important de la fin du 19ème et du début du 20ème siècle à Paris. Il y possèdera successivement 2 galeries d’art : une rue Laffitte, l’autre rue Martignac. Il est le premier à présenter une exposition sur Van Gogh en 1897.
L’influence de Renoir
Quatre ans plus tard, il est également précurseur en consacrant un lieu pour que Picasso offre quelques tableaux au public. Indiquer le nombre des autres personnes qu’il a promues au début du 20ème siècle revient à continuer la liste des Grands de la peinture de cette époque.
Très proche de Renoir, ce dernier l’influence beaucoup. C’est ce peintre qui va lui faire découvrir Cézanne alors inconnu, sauf chez les clients du père Tanguy, un lieu d’exposition beaucoup moins prisé que chez Ambroise Vollard. A partir du moment où le Dionysien lui offre une exposition, la carrière de l’artiste provençal décolle.
Il continue également à soutenir des artistes que l’on commence à critiquer, comme Renoir à la fin de sa vie. Il fait de même pour Gauguin alors que ce dernier est parti pour un voyage à Tahiti et qu’il est de plus en plus critiqué.
Il possède un contact excellent avec les artistes. Il fait partie de leur monde. Il n’y a qu’à voir son œuvre d’éditeur où il publie toujours des livres dans lesquels des peintres illustrent les propos des ouvrages vendus. Il fait des choix qui sont tournés vers l’art puisqu’il n’hésite pas à laisser paraître une œuvre aussi magnifique que “Gaspard de la Nuit”, d’Aloysius Bertrand. On dira d’ailleurs que son talent d’artiste s’est aussi révélé dans le théâtre puisqu’il a écrit de nombreuses pièces. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si une troupe réunionnaise a choisi son nom pour se faire connaître.
Pour finir, le lecteur sera certainement avide de savoir les secrets de sa réussite.
Les secrets de sa réussite
Tout d’abord, se fiant à seul goût, il anticipe toutes les grandes tendances de l’art de son époque. Cependant, ce fait n’est pas, en soi, original. Le plus étrange réside dans le fait qu’il fasse fortune sans vraiment s’en donner les moyens. C’est le moins que l’on puisse dire si l’on se fie à un passage de ses “Souvenirs d’un marchand de tableaux”, dans lesquels il déclare :
« Je n’ai pas, je ne connais pas de secret pour faire fortune ; mon expérience, dont vous me demandez de vous faire profiter, me rappelle seulement tout ce que je dois à mon invincible propension au sommeil. Mainte fois, l’amateur entrant dans ma boutique, m’y trouvait assoupi. Je l’écoutais, encore à moitié endormi, dodelinant de la tête en essayant péniblement de répondre. Le client, prenant pour refus mon inintelligible ronronnement, augmentait progressivement son offre. De telle sorte que, quand j’étais à peu près réveillé, mon tableau avait obtenu une appréciable hausse. C’est le cas de dire que la fortune vient en dormant ».
M.D.
Le 60ème anniversaire du don Vollard
L’exposition actuelle au musée Léon Dierx de Saint-Denis commémore les 60 ans de la donation d’une partie des œuvres achetées par Ambroise Vollard. En effet, à la mort de ce dernier en 1939, son frère hérite des tableaux. Huit ans après, il fait don de 157 œuvres au musée Léon Dierx. Ce n’était pas trahir la mémoire de son frère. En effet, dès 1910, ce dernier devient membre du Comité de création du futur musée. Lorsque cette institution culturelle est inaugurée, en 1912, Ambroise Vollard donne 2 œuvres : “Mer et rochers rouges” de Valtat et “Fleurs” de Vlaminck. La nouvelle conservatrice du musée, Laurence Madeline, a d’ailleurs voulu remettre en valeur ces 2 œuvres. Elle les a placées à l’entrée droite du musée, en face des 2 tableaux représentant Ambroise Vollard.
On dira au passage que le Conseil général semble se préoccuper mollement des affaires culturelles puisque sa présidente a attendu 2 ans avant de nommer une nouvelle conservatrice au musée Léon Dierx.
Alors que j’indique à Laurence Madeline ne pas trop apprécier le caractère touffu des peintures exposées sur le mur en face de l’entrée des visiteurs, la conservatrice défend avec pertinence son choix. Elle indique avoir voulu un tel agencement pour mettre en valeur l’idée de flux. En effet, elle montre par ce biais qu’Ambroise Vollard possédait une collection de tableaux considérables. Ce patrimoine était en évolution constante entre les achats et les ventes.
On rappellera que, parmi les œuvres qu’il est possible de contempler au musée, figurent quelques grands noms comme Denis, Picasso, Renoir ou Caillebotte. Cependant, la conservatrice regrette que Lucien Vollard, lorsqu’il a effectué sa donation, ait effectué une sélection de seconds choix. En effet, les œuvres majeures des grands artistes qu’il possédait n’ont pas été données. En outre, les 4 grandes sculptures de Gauguin et Picasso qui se trouvent dans les réserves du musée seront présentées plus tard, du fait qu’elles coûtent cher à l’exposition et à la surveillance. Cependant, Laurence Madeline a pour projet de pouvoir les présenter bientôt au public. Enfin, elle nous “presse” de communiquer que la conservation de nombreuses œuvres graphiques est difficile et rigoureuse. C’est pourquoi, de multiples œuvres graphiques ne seront exposées que les 3 mois que dure l’exposition avant de regagner pour un temps long les réserves du musée.
Au cours de l’entretien que nous avons pu avoir avec elle, la directrice du musée nous a indiqué avoir travaillé précédemment comme conservatrice au musée Pablo Picasso à Paris et ce, pendant 5 ans. En outre, elle milite pour qu’une rue, à Saint-Denis, porte le nom de cet illustre personnage réunionnais.
Les questions que je lui ai posées sur la période de Vollard montrent une connaissance colossale de cette époque. Elle a d’ailleurs publié de nombreux livres dont le dernier, paru aux éditions de la Martinière en novembre 2006, porte sur Van Gogh et Picasso.
M.D.
Rapport sur les riches publié par l’Observatoire des inégalités
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