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Les sensations et le sens de l’éducation
23 août 2007

Vingt ans après sa première publication en 1987, “L’éducation fondée sur les sensations” de Frédéric Paulus, nouvellement réédité, tient un propos toujours d’actualité, ouvre des pistes de réflexion qui suscitent un intérêt grandissant. Les sensations quittent le domaine du subjectif pour s’inscrire dans une démarche pratique éducative.
C’est en assistant aux séminaires et conférences du biologiste Henri Laborit que le psychothérapeute Frédéric Paulus affine ses propositions pour « fonder l’éducation sur les sensations ». Au fil de sa lecture, l’on peut être assuré de trouver une certaine cohérence dans l’art d’éduquer un enfant.
« Le parent sait sans qu’il soit conscient de son savoir »
L’auteur en convient, « éduquer un enfant est un acte extrêmement complexe, car le parent est confronté à son histoire, sa culture, sa religion s’il est croyant. Il est également sous l’influence d’éléments inconscients qui interviennent à son insu ». En fonction de toutes ces entrées, il tente de transmettre des éléments fiables pour penser une nouvelle éducation sans prendre parti idéologiquement. Il fallait pour lui « réévaluer le formidable trésor que la nature et son évolution a sélectionné dans le corps et dans le cerveau du petit homme ».
Au-delà des querelles d’écoles scientifiques et de spécialistes, Frédéric Paulus souhaite avant tout que les parents valident ses propositions, car ils « ont un savoir intuitif et de l’expérience, ils possèdent un savoir sans le conceptualiser, mais si l’on devait leur transmettre généreusement un glossaire, ils valideraient eux-mêmes la pertinence des théories sur le développement de l’enfant. Ils pourraient en effet devenir des praticiens chercheurs. Est chercheur celui qui arrive à se poser de nouvelles questions ! Lorsque vous vous adaptez à plusieurs enfants différents, un relativisme éducatif en découle et certaines constantes éducatives s’imposent à vous. C’est pour cela que je répète inlassablement : “Le parent sait sans qu’il soit conscient de son savoir”. Il faut dire que tout est fait pour compliquer les sciences et pour les rendre inaccessibles ».
« Ressentir que l’on existe »
L’éducation qu’il tente de définir vise à faire ressentir à l’enfant son animalité, puis à l’accepter. Le but de l’éducation est de faire des enfants bien dans leur peau, sûrs d’eux-mêmes. Avant de parler, l’enfant ressent son monde avec ses 5 sens qui sont pratiquement opérationnels dès la naissance, ce qui n’est le cas ni de sa marche, ni de son langage. Pour se construire, il faut avoir la sensation de se sentir en pleine possession de ses moyens.
Frédéric Paulus explique : « Comme la marche et l’apparition du langage parlé sont acquises entre 1 et 2 ans, l’enfant est en prise directe avec ses 5 sens avant le recours au langage. Le bébé photographie ses parents, s’il est astronome, il est a fortiori photographe ; Il enregistre les gestes, les mimiques, retient les expressions favorites de ses parents, leurs sautes d’humeur, leurs émotions, joies ou peines. Il est aussi un “magnétophone” qui enregistre les sonorités, le ton de la voix des adultes de son entourage etc... On pourrait dire que l’enfant est possédé par son entourage. C’est aussi un “magasinier”, il stocke des informations et déduit les intentions de son entourage à son égard en les répertoriant comme agréables ou désagréables du fait de ses capacités de discrimination. C’est la grande nouveauté de ces 5 dernières années ». Pour l’auteur, il semble nécessaire que dès le lycée, les futurs parents soient sensibilisés à « cette nouvelle réalité objective du bébé » et il est même assuré que cela deviendra un jour réalité, convaincu que ce changement de perception ouvrira les portes d’une nouvelle éducation.
Stéphanie Longeras
La Maison des Parents
Raison trop tôt
En 1981, avec l’aide d’une pédiatre, Frédéric Paulus ouvre les portes de la Maison des Parents, lieu de rencontre et d’échanges pour envisager l’univers de vie des enfants sous de nouveaux regards. Cette structure favorise les décloisonnements institutionnels, permet le rapprochement entre parents et professionnels de l’enfance. Ces échanges d’informations par l’intermédiaire de tables rondes mensuelles, la mise en place de réseaux de solidarité entre parents, ont implicitement des influences préventives sur les “maladies” fonctionnelles de civilisation, sur l’état sanitaire et les difficultés psychologiques des enfants. Faute de soutien financier de la part des collectivités publiques parisiennes, la Maison des Parents fermera ses portes 4 ans après son ouverture, en 1985. Aujourd’hui, la pertinence de l’approche des parents dans un cadre associatif convivial se confirme, alors que la promotion de la parentalité revient au devant de la scène. C’est bien connu : il n’est jamais bon d’avoir raison trop tôt !
S. L.
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