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Conférence de Patrick Singainy
29 juin 2018, par

Mardi dernier, une conférence de Patrick Singainy intitulée ‘’Aimé Césaire et la pensée réunionnaise’’ s’est tenue à la mairie de Saint-Denis à l’initiative de l’agence Komkifo, et de plusieurs autres partenaires. Elle a permis d’échanger sur ce thème.
Modérée par Didier Dépèche, la conférence a commencé par un mot d’accueil de Zacharia Mall, qui a présenté Patrick Singainy, auteur de « Aimé Césaire 10 ans déjà », et qui fut journaliste à Antilla. Dans un discours en créole, Zacharia Mall a souligné que l’émancipation passe par la prise de conscience de notre originalité, par une identité culturelle assumée. Après la prise de parole de Gérard Chopinet, représentant le maire de Saint-Denis, le groupe Angrèn Koulèr a clamé un fonkèr.
Patrick Singainy a commencé son exposé en indiquant que ce qui est exprimé dans le créole est dans l’implicite et le dit. « Notre créole a notre identité mais n’est pas notre invention », a-t-il dit, « notre lexique est largement français ». Il a poursuivi en rendant hommage aux personnes comme Axel Gauvin qui fixent le créole dans l’écrit, car passer à l’écrit est un acte d’humanisation, d’appropriation.
Puis il a poursuivi en donnant sa vision de l’intellectuel, qui ne peut selon lui qu’être par cooptation. Il a rappelé à ce sujet les précédents d’Aimé Césaire rendu célèbre à partir du moment où « Cahier du retour au pays natal » a été préfacé par André Breton. Le rôle de l’intellectuel est notamment de faire émerger des espaces de débats sur les problématiques de la société réunionnaise. Il fournit pour cela un outil, la pensée, résultat d’un travail de création.
Patrick Singainy a précisé la sienne à partir d’une « équation universelle » qui s’applique à La Réunion : « sauvegarde de l’apport du peuplement historique et accueil des nouveaux arrivants par l’intégration de leur apport additionnel et performatif ». Patrick Singainy estime également que la réunionnisation a déjà eu lieu et est terminée. Cette « sédimentation » du peuplement historique s’est effectuée entre la fin de l’engagisme en 1933, et 1946, date de l’abolition du statut colonial. Cette période a été marquée par une grande misère accentuée par le blocus, ce qui a amené les héritiers du peuplement historique à se serrer les coudes comme jamais. Il ajoute que la réunionnité est la culture qui en découle. Ce qui lui fait dire que « n’est pas Réunionnais qui veut », la naissance dans notre île ne suffit pas. A partir de 1946, le peuple réunionnais a recommencé à intégrer de nouveaux arrivants.
Au cours de l’échange qui a suivi, il a été beaucoup question de la place du créole réunionnais à La Réunion. Le chef d’établissement du lycée de Plateau Caillou a ainsi souligné que les élèves qui suivent des cours de créole voient leur moyenne générale augmenter jusqu’à deux points. Cela montre l’importance pour un jeune de voir sa langue maternelle valorisée. L’histoire a aussi été abordée, avec l’idée de renforcer les liens avec les héritiers de la plantocratie pour qu’ils partagent leurs archives sur la période de l’esclavage.
Ary Yée Chong Tchi Kan a mis en évidence l’importance de l’action politique. Il a rappelé que c’est depuis 1959 que les communistes de La Réunion ne se posent plus la question de savoir qui ils sont, car ils ont alors fondé le Parti communiste réunionnais. Ceci permet de discuter en tant que Réunionnais avec les membres de n’importe quel autre parti dans le monde, y compris de France. Pour Ary Yée Chong Tchi Kan, il ne peut y avoir de réunionnisation sans parti politique qui se bat pour La Réunion.
Cette conférence a montré la dynamique d’un mouvement autour de la question de l’identité réunionnaise. Une initiative qui mérite de se renouveler.
M.M.
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