Économie réunionnaise : le calme avant la tempête
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Création, diffusion, programmation
11 septembre 2008

Le Théâtre Les Bambous à Saint-Benoît ouvre la nouvelle saison culturelle avec ’Le Cadavre du Blanc’. Entretien avec Robin Frédéric, l’acteur, mais aussi le programmateur et diffuseur de la salle orientale, sur les difficultés et les incohérences qu’il peut rencontrer.
Quels sont les grands axes de la programmation des Bambous ?
Robin Frédéric : Il y a un axe. Ce qui caractérise la deuxième partie de saison c’est le caractère des pièces qu’on peut recevoir. Ça repose sur la manière de fonctionner d’un lieu qui accueille en résidence une compagnie par mois. Nous gardons cette ligne droite : un spectacle, une équipe qu’on a repérée, qu’on a choisi... ça reste un chemin qu’on trace, de travailler pour les gens, en s’appuyant sur des équipes artistiques qui ont le temps d’aller vers les gens pour expliquer leur recherche au niveau de la création.
Quels vont être les principaux temps forts ?
- Chaque accueil est un temps fort en soi. Nous avons un échange très fort avec la Roumanie qui n’est plus à sens unique. Dès qu’on peut sortir de l’île et accueillir des gens de l’extérieur, nous le faisons. Lorsque nous recevons un spectacle de l’extérieur, on paye tous les frais d’approches : transport du décor, défraiement des acteurs... Quand les compagnies réunionnaises vont en France c’est elles qui assurent tous les défraiements. Là nous sommes sur un schéma différent, nous sommes vraiment à égalité de rapport, il n’y a pas d’ambiguïté : "Le Cadavre du Blanc" est accueilli là-bas dans le même cadre que les "variations énigmatiques" ici.
Pourquoi "Le Cadavre du Blanc", qui est un travail théâtral abouti, ne tournent-ils pas davantage à La Réunion ?
- Nous tentons de trouver des passerelles, mais ça ne tourne pas sur l’île. Ça pose question. Cela pointe la réelle difficulté d’une compagnie qui a pris un risque politique, artistique avec un texte qui donne un autre éclairage sur l’histoire, le point de vue d’un homme. Ce que raconte ce texte-là fait débat. Nous avons été surpris de voir comment ça résonnait chez chacun, et que ce n’était pas une question zoréy/kreol.
Face à cette parole du cadavre du blanc, certains programmateurs l’ont rejeté. Ce qui pose la question du rôle d’un diffuseur, d’un programmateur. Et je me la pose à moi en premier. On peut ne pas être d’accord avec le propos, mais pourquoi priver les spectateurs de la pièce ? Nous devions jouer à l’Etang-Salé, mais le théâtre a fermé.
Partout on essaie de reconstruire un public. Et la lettre de Sarkozy au ministre de la culture encourageant au remplissage des salles, faisant du remplissage l’élément d’évaluation de la vivacité d’un lieu et de sa créativité... c’est pas avec "le cadavre" qu’on va pas faire un strapontin.
Nous ne jouons pas au Théâtre du Grand Marché, le Centre Dramatique aide la salle Canter à nous recevoir début octobre. Mais là aussi c’est parce que la compagnie accepte de se brader à 500 euros la représentation.
C’est grave pour une parole qu’on voulait d’abord faire partager à La Réunion. Le fait de reprendre cette pièce a permis de questionner pleins de chose un an après sa création. On revisite l’oeuvre pour arriver à quelque chose de plus simple. On va voir comment ça peut résonner, complètement à l’Est.
Quel regard portes-tu sur la créativité locale, pour ne pas dire sur la création créole réunionnaise ?
- Je ne suis pas inquiet. Il y a des cycles où on sent que ça foisonne et puis un moment donné où ça s’essouffle. On est dans le creux, sur un certain essoufflement. Je suis en train de faire la programmation 2009 et je n’ai pas une seule proposition locale, sinon en danse. En théâtre ça s’essouffle, c’est dû aux aides aux compagnies qui ont baissé Il y a un temps où les compagnies avaient du confort financier, il va falloir travailler différemment dans l’avenir. Là, chacun se trouve dans la panique, on est encombré par toutes ces questions.
On est dans ce creux et la conjoncture est très difficile, ça va mettre beaucoup de gens dans le fossé.... On retourne à une certaine résistance, à une solidarité. Tout le monde souffre et les plus protégés se retrouvent dans des conditions précaires. Il faut se mettre d’avantage ensemble.
Pensez-vous que les gens se soit appropriés la salle des Bambous ?
- Le lieu, les gens se les sont appropriés, mais souvent ils n’attendent que la musique. On fait du théâtre, on a envie de faire entendre des textes, du mot, des verbes. Les slameurs sont en train de prendre le pas sur la clameur, c’est ma plus grande fierté, d’avoir tracé un chemin dans les écritures d’aujourd’hui et puis que les scènes ouvertes aux paroles amènent de plus en plus de monde. Ce qui témoigne d’une réelle envie de dire. On refuse du monde au slameurs... Au début ils étaient très timides. Il a fallu simplifier les choses pour que les autres se lancent... Mais rien n’est acquis.
Je comprends que sur une ville comme Saint-Denis, il y ait un désamour du public entre deux directions, car c’est très long à construire un public et ça peut se balayer en un rien de temps. Je me disais que à Saint Denis il y avait un noyau dur de spectateurs, mais ce n’est pas le cas du tout.
En quoi le soutien aux artistes, sous la forme de résidences ou de scènes ouvertes, est il nécessaire ?
- Quand nous sommes arrivés sur Saint-Benoît il n’y avait pas l’habitude d’aller au théâtre. Nous ne pouvons pas nous contenter de faire de la diffusion. Il est naturel qu’on aille vers les gens, qu’on choisisse les artistes avec lesquels travailler, pour apprivoiser le lieu. A l’ouest il existe d’autres habitudes culturelles. Ici il fallait le chercher.
Comment faire pour que les gens soient curieux de la diffusion théâtrale ? En faisant un travail avec l’équipe artistique sur le terrain, vers les gens, en créant un mélange entre amateurs et professionnels.
La convivialité est un maître mot. Les spectateurs, à la fin du spectacle peuvent chez nous rester ensemble et parler. Après 19 heures sur Saint-Benoît, il n’y a plus un endroit où tu puisses boire un coup, chez nous tu peux manger, boire, être à la table des artistes. On ne met pas le public dehors. On reste ouvert. C’est ce qui fait que aujourd’hui les Bambous avance.
De plus, nous sommes de plus en plus en plus sollicité par les compagnies qui ont perdu leur moyen. Les conventionnements pour les compagnies n’existent quasiment plus. Une certaine politique est de s’appuyer sur les lieux et de par notre situation géographique, venir en résidence à Saint Benoît reste difficile.
Il y a donc un vrai problème qui se pose en France, a fortiori à La Réunion, au niveau de la professionnalisation des acteurs... Quel sera l’avenir de la culture ?
- Il y aura d’un côté d’énormes moyens donnés à d’énormes équipes sur un nom, et de l’autre des machines qui fonctionneraient sans aides. J’ai des témoignages d’artistes où j’entends qu’il est en train de se passer en France, ce qui s’est passé sous Berlusconi : grosse machine et remplissage. Mais le retour à une certaine clandestinité, à la résistance culturelle fera peut-être émerger des choses incroyables.
Francky Lauret
La programmation des Bambous
Septembre
Théatre : "Le cadavre du blanc" de Bruno Testa, compagnie Antre 2R
Théâtre : "Variations énigmatiques" d’E. Emmanuel Schmitt, Troupe du théâtre national Târgu-Murès (La Roumanie)
Octobre
Les scènes ouvertes
Musique : La clameur des Bambous
Poésie : Les slameurs...
Musique/Fonnkér : Lao
Théâtre/Danse : "Etat de marche", Compagnie Toute une nuit (France)
Stage sur l’interférence de l’écriture et de la chorégraphie
Novembre
Danse : "L’instant Parfait" de Danses en l’R Compagnie Eric Languet
Théâtre : "Respire Betty" de la Compagnie Vribody prod. (France)
Décembre :
Musique : Les Bambous libres (biennale)
Musique : Jaboticaba
Cabaret : Pigor chante Bénédikt Eichorn doit l’accompagner (Europe)
Musique : Menwar (Maurice)
Théâtre/Musique : « L’accompagn’actrice » (France)
Musique : Niobé (quatuor)
Musique : Jean Fred Philéas
Théâtre : Marcel le guilloux présente trois formes courtes
Musique : Lo griyo
Acrobatie : Et chassssse...!
Théâtre : galeries drôlatiques
Musique : Mikidache trio
Musique : Kréol d’Oc
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