La concentration de richesses révèle l’ampleur des inégalités dans les anciennes colonies intégrées à la République française comme La Réunion
5 juin, parRapport sur les riches publié par l’Observatoire des inégalités
Nout mémwar
9 novembre 2012

Dans le cadre de cette chronique ’Nout mémwar’, nous avons commencé il y a plus de deux mois à publier un récit de Charles Marie René Leconte de Lisle (1818 – 1894), intitulé : ’Sacatove’ et paru en 1846. Ce texte, que nous a transmis notre ami Jean-Claude Legros, est consacré au marronnage, c’est-à-dire le combat de nos ancêtres esclaves pour la liberté. En voici la neuvième partie, où l’auteur nous présente le parcours de l’esclave marron Sacatove. Celui-ci s’est réfugié dans un camp marron dans les Hauts de Saint-Paul, où il est poursuivi par un détachement de chasseurs ; ceux-ci arrivent près d’une caverne au bord de la ravine du Bernica…
Au hasard, pêle-mêle, accrochés ou roulant à terre, des fusils, des couteaux à cannes, des barils de lard salé, des sacs de riz, de sucre et de café, des vêtements de toutes sortes, des marmites et des casseroles, encombraient cette antichambre ou plutôt ce corps de garde de la caverne.
En tournant un peu sur la droite et en soulevant une tenture de soie jaune de l’Inde, on pénétrait dans l’autre partie. Là brûlaient cinq ou six grandes torches de bois d’olive, dont les reflets rouges jouaient bizarrement sur les étoffes de couleur dont on avait tendu les parois du rocher.
Chaises, fauteuils et divans meublaient cet étrange salon ; et, nonchalamment courbée, au fond, sur une riche causeuse bleue, vêtue de mousseline, calme et immobile, quoiqu’un peu pâle, dormait ou feignait de dormir une jeune fille blanche.
À quelques pas d’elle, appuyé sur un long bâton ferré, Sacatove la contemplait avec sa physionomie insouciante et douce, en cambrant son beau torse nu.
La jeune fille fit un mouvement et ouvrit de grands yeux bleus. Sacatove s’approcha sans bruit et, se mettant à genoux devant elle, lui dit avec un accent de tendresse craintive :
— Pardon, maîtresse !
Elle ne répondit pas, et lui jeta un regard froid et méprisant.
— Pardon ! je vous aimais tant ! Je ne pouvais plus vivre dans les bois. Si je ne vous avais pas trouvée à la grande case, je serais plutôt revenu à la chaîne que de courir le risque de ne plus vous voir. Pardon !
— Il fallait revenir en effet, répondit la jeune fille. N’étais-tu pas le mieux traité de tous nos noirs ? Pourquoi es-tu parti marron ?
(à suivre)
Rapport sur les riches publié par l’Observatoire des inégalités
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