Économie réunionnaise : le calme avant la tempête
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Exposition des photos d’Alix Elma du 10 avril au 21 mai
11 avril 2007

En avril 1977, le village de Piton Sainte-Rose a été dévasté par les coulées de lave : plus de 30 habitations détruites, l’église et la gendarmerie touchées par la lave, etc... 30 ans déjà que cette catastrophe s’est produite, et évidemment, la ville de Sainte-Rose n’a pas oublié. Pour ce triste anniversaire, la commune organise une exposition dans la salle de 3ème âge de Piton Sainte-Rose (à côté de l’église). Une trentaine de photos d’après la catastrophe, prises par un témoin privilégié de l’époque, Alix Elma, Maire de Sainte-Rose de 1977 à 1983. Alix Elma prenait ses fonctions de premier magistrat de la commune en mars 1977, en avril, il devait gérer cet événement.
Alix Elma, 30 ans après cet événement qui a touché Piton Sainte-Rose, vous ouvrez votre album photos au public. Quel souvenir, quelle image est restée gravée dans votre mémoire ?
- Quand on a subi un tel événement, il est impossible d’oublier. Malgré les occupations du quotidien, on n’oublie pas, d’autant plus que la situation de Saint-Philippe aujourd’hui ravive ce souvenir. Les coulées de 1977 étaient un désastre pour Piton Sainte-Rose, mais il n’était pas question de se laisser dominer par cette catastrophe. L’image qui me revient immédiatement, c’est celle de ces personnes avec leurs bagages, leurs enfants, leurs baluchons sur les routes. Une image semblable à l’exode en France, pendant la guerre. Et puis, c’est aussi cette image des maisons qui s’enflammaient, alors qu’il avait fallu des années de labeur pour les construire.
Comment avez-vous pris en charge la population ?
- Nous étions dans une situation de catastrophe. En tant que maire, je n’étais là que pour renseigner les autorités. J’ai donc alerté le sous-préfet de Saint-Benoît qui, lui-même, s’est tourné vers le préfet pour mettre en place le plan Orsec. Ma place était surtout auprès de la population évacuée, auprès des 33 familles après la catastrophe pour les rassurer. Après ce désastre, je me demandais si les gens allaient continuer à habiter Piton Sainte-Rose, ou si ce serait le désert.
Finalement, les gens n’ont pas abandonné leur lieu de vie. Comment avez-vous reconstruit cette partie de Sainte-Rose ?
- Sur les 33 familles sinistrées, seules 3 familles ont utilisé leurs indemnités pour s’installer ailleurs. Les 30 autres familles ont reconstruit leur maison, et depuis, d’autres familles se sont installées à Piton. Nous avons pu reconstruire grâce à la solidarité des Réunionnais. Le volcan a dévasté le village un samedi, et le dimanche suivant, le préfet avait organisé une quête départementale. Cet appel aux dons a recueilli 3 à 4 millions de francs. Certes, ce n’était pas suffisant, mais nous avons aussi reçu des aides financières de l’Etat, du Département, et la commune a participé. Ce sont les chômeurs de Sainte-Rose qui ont reconstruit les bâtiments. Entre Sainte-rosiens, la solidarité était aussi très forte. Beaucoup de personnes n’avaient pas de moyen de locomotion, alors, les habitants mettaient à disposition leurs voitures, leurs camions, leurs tracteurs. Les habitants sinistrés pouvaient aussi trouver refuge chez la famille et les amis.
Sainte-Rose n’a donc pas oublié cet événement, mais cette menace du volcan n’est pas une raison suffisante pour habiter ailleurs...
- Oui, cette menace du volcan ne doit pas faire fuir les habitants. Le désastre qui s’est produit a pu être surmonté. C’est pareil lorsqu’il se passe un grave accident d’avion ou de car. Malgré tout, les gens continuent à prendre ces transports en commun. Alors pourquoi faudrait-il habiter ailleurs ?
Entretien Edith Poulbassia
Deux coulées inattendues
Le samedi 9 avril et le mercredi 13 avril 1977. Les habitants de Piton Sainte-Rose sont pris de court. Dans la nuit du 8 avril, vendredi saint, ils aperçoivent une coulée juste au-dessus du village. L’éruption se déroule à présent hors enclos, la lave se trouve à quelques kilomètres du village. Le préfet prend immédiatement la décision d’évacuer. Plus de 700 habitants quittent leur domicile, avec le strict minimum, des vêtements. Les meubles et les animaux restent sur place. Samedi soir, la lave atteint les premières habitations. La lave avait été ralentie par la ravine de Bois-Blanc, en crue.
Le mercredi 13 avril, une nouvelle coulée menace cette fois le centre du village. Une deuxième évacuation est organisée à temps, la lave atteint les maisons dans la soirée. L’église de Piton Sainte-Rose, baptisée aujourd’hui Notre-Dame-des-Laves, est épargnée par le volcan. Les laves ont juste entravé l’entrée de l’église.
E.P.
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