Le Brésil, invité d’honneur

Samba, Capoeira et Mangue Beat sans modération

10 novembre 2006

La 7e Foire internationale des Mascareignes fera date dans l’histoire de cette jeune manifestation : pour la première fois, l’invité d’honneur - cette année, le Brésil - est venu participer exclusivement à la partie culturelle de la Foire, voulue plus intense et diversifiée. Les organisateurs en ont été quittes pour quelques surprises !

Il ne reste plus que trois jours pour apprécier la présence dans notre île, à la Foire des Mascareignes, au Port, d’une turbulente et très talentueuse délégation brésilienne, déployant ses savoir-faire à l’entrée de la Halle des Manifestations, dont elle anime aussi plusieurs temps forts.
Elle comporte plusieurs membres, musiciens et danseurs, d’une école de samba emmenée par Manoel Dionisio, “Mestre Dionisio”, le fondateur du groupe “Os Diabólicos do Samba” qui a parcouru l’Europe entre 1968 et 1982. Le Mestre danse depuis son plus jeune âge une samba “afro-brésilienne” apprise à l’école de Mercedes Batista, première femme noire à faire partie du corps de ballet de l’Opéra de Rio. La samba du Mestre est réputée pour son élégance et il a reçu de nombreuses décorations, au Brésil et dans le monde. Reconnaissant envers ceux qui appuient son travail, il est - dit-on - omniprésent à Rio de Janeiro : à la mairie, à l’Office du tourisme (Riotur) où il est consultant, à la ligue des écoles de samba et à la présidence de la première école de porte-drapeaux de Rio...
Viennent ensuite des capoeiristes de Salvador, eux aussi accompagnés d’un “maître” et de musiciens joueurs de berimbao (très proche de notre bobre).
Un groupe d’Indiens d’Amazonie, de Manaus, accueille les visiteurs avec une exposition d’objets d’artisanat très décoratifs. Le programme annonce aussi le défilé d’un styliste brésilien et les concerts du groupe de musique “Mundo Livre S/A”, l’un des plus brillants et innovants du Brésil. Originaire de Recife, Mundo Livre S/A a été créé il y a une vingtaine d’années et il est un des fondateurs du mouvement Mangue Beat. Il joue un mélange de musiques régionales et de pop-rock portant des textes très engagés.
A l’entrée de la Halle, les visiteurs peuvent découvrir une présentation en photos du cinéma brésilien, dont un représentant fameux, Eryk Rocha (voir encadré), a accompagné la délégation jusqu’à mercredi soir seulement : il était attendu au Canada. Dommage que la présentation ne nous en dise pas plus sur les films et leurs acteurs, dont on voit de très belles images... sans légendes.
L’exposition voisine, en revanche, fait découvrir dans ses aspects sociaux et ethnologiques la musique typique d’un peuple de pêcheurs du Nordeste. Et bien sûr, les curieux ne quitteront pas cet espace sans un détour par le clin d’œil fait à Pierre Verger, photographe français (né à Paris en 1902, mort au Brésil il y a dix ans), qui a consacré une grande partie de sa vie à l’image et à l’ethnographie.
Les vingt-sept Brésiliens de la délégation vont animer les temps forts culturels de ces trois derniers jours, dans une “Foire” qui a voulu renouer cette année, en grande partie grâce au passage du chanteur-musicien-ministre de la Culture, Gilberto Gil, avec un concert sur le site de la Foire et une délégation d’invités exclusivement tournée vers l’animation culturelle.
A découvrir jusqu’à dimanche.

P. D.


Des artistes trop « clandestins »

Le passage dans notre île du réalisateur Eryk Rocha, 27 ans, l’une des voix les plus détonante du jeune cinéma brésilien, est resté presque aussi clandestin que le « break » avec lequel il est venu présenter à l’école des Beaux-Arts un des aspects du cinéma brésilien actuel. Fils du réalisateur Glauber Rocha, qui fut l’une des figures emblématiques du Cinema Novo dans les années soixante. Ami de Buñuel, il eut pour maîtres de cinéma Rossellini, Orson Welles, Visconti, Antonioni et (plus tard) Pasolini et Godard. Le fils a réalisé un film sur son père et sur son engagement cinématographique, mais n’avait pu l’emporter avec lui jusqu’ici.
“Intervalo clandestino” est le nom de son dernier long-métrage documentaire : environ deux heures pour saisir sur le vif, à fleur d’émotions, la façon dont les Brésiliens vivent leur rapport à la politique. Un sujet sensible, brûlant, traversé par des moments de la campagne électorale de Lula.
Cette même campagne qui a tant compliqué les contacts entre les organisateurs de la Foire et leurs correspondants brésiliens, pourtant gagnés par l’enthousiasme contagieux de Gilberto Gil, depuis son passage ici.
Tout le ministère brésilien s’est trouvé en campagne et Alain Séraphine s’envola dans la foulée au Brésil pour négocier la venue des “invités d’honneur”. Il trouva là-bas un soutien de choix et efficace. Celui d’une jeune journaliste, étudiante en communication, Priscila Miranda, qui lui fut d’une aide précieuse pour identifier les artistes à inviter. Tout naturellement, elle se retrouva très vite au cœur d’un tourbillon organisationnel : agent de communication, interprète et bientôt chargée de régler tous les problèmes matériels du groupe qu’elle a accompagné jusqu’à chez nous. Elle est venue avec des valises remplies de musiciens et d’artistes.
Et ce week-end, on pourra apprécier ces artistes venus de loin. Avec leur musique qui, malgré la distance et son histoire, a quelques liens avec les racines de la musique réunionnaise. Elle résonne quelque part en nous.

P. D.


Rectificatif

La lecture de la page 16 de “Témoignages” du 26 octobre “Soirée hommage à Alain Lorraine” m’amène à apporter la précision suivante : Alain Lorraine n’a pas son nom uniquement sur la devanture de 2 écoles, au Moufia et au Port... La dernière école construite à La Possession, incontestablement la plus belle, porte également son nom. Elle a été inaugurée il y a 1 an maintenant, avec la participation entre autres de Patrice Treuthardt, d’Annie Darencourt et de Wilfrid Bertile.

Roland Robert,
Maire de La Possession


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