Économie réunionnaise : le calme avant la tempête
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30 janvier 2008

Il n’est pas simple de faire de la bande dessinée dans les Dom Tom. Éloignés des centres de production parisiens et du marché métropolitain, la situation des bédéistes locaux ne diffère guère de leurs homologues des pays francophones et leur travail se heurte à la plus totale indifférence de la part des éditeurs du Nord. Les dessinateurs d’Outre Mer ont progressivement réduit leurs ambitions au marché local qui, à la différence de l’Afrique, existe bel et bien malgré les limites de l’insularité. Face à cette situation, identique d’un territoire à l’autre, certains points communs peuvent être dégagés dans les différentes séries à succès qui font la joie des lecteurs des Dom Tom, en particulier une tendance à la satire locale et à l’autodérision politique et sociologique. Les auteurs de Bd se sont emparés de leur société et en dressent un portrait introspectif, souvent au vitriol, qui en fait une marque de fabrique très particulière. Dans l’Outre-Mer, la bande dessinée s’est invitée dans la vie quotidienne où elle prend une tournure politique et sociologique fortement marquée. État des lieux, série par série, territoire par territoire de ce remarquable phénomène.
La Réunion, le pays de Tiburce
Petit "créole blanc" attachant, Tiburce est un gentil garnement réunionnais des hauts de l’île, âgé d’une dizaine d’années, qui fait les 400 coups avec ses copains et se joue des adultes avec spontanéité. Le village où il vit regroupe de nombreux stéréotypes savoureux de la Réunion : Gratapoulé, le maire malbar (indien) corrompu, Patelia, marchand de textile indo-musulman, Law-law, épicier chinois sans scrupule, Mémé Florida, la vieille dame confite en dévotion, Saint-Expédit, le saint local, etc. Le jeu préféré de Tiburce consiste à "jouer la roue" c’est-à-dire à faire une moto avec un vieux pneu et deux bâtons. Les dialogues en créole évoquent les démêlés politiques et économiques d’une communauté saisie dans son intimité la plus humoristique. Dessinée par Thierry Maunier, qui prendra le pseudonyme de Tehem par la suite, la série sous forme de strips-gag en une bande en noir et blanc a été entièrement publiée dans la revue satirique "Le cri du margouillat", reprise dans le journal Le quotidien avant d’être édité en album à partir de 1996 par les Éditions du Centre du monde (créée par l’équipe du Cri du margouillat), en format à l’italienne. Les quatre albums, qui ont été réédités plusieurs fois jusqu’en 2004, ont connu un succès important, les chiffes de vente dépassant les 80 000 exemplaires pour l’ensemble de la série, exclusivement sur La Réunion et la région. Très populaire, Tiburce a été décliné sous plusieurs formes : en visuel sur des tee-shirts de la marque pardon, le personnage de Tiburce pour une publicité Renault, celui de law-law pour une affiche du théâtre Vollard, quelques illustrations apparaissent également dans un manuel de littérature réunionnaise chez Hachette... Téhem continue une brillante carrière et publie actuellement chez Glénat, Malika secouss (8 volumes à ce jour), peinture satirique du monde de la banlieue avec comme personnage principal, Malika la beurette, et Zap Collège (4 tomes) qui se déroule dans un collège de banlieue.
Bao, le mahorais
Au milieu de ce désert de bande dessinée qu’est Mayotte, Vincent Lietar publie, depuis 1986, une planche hebdomadaire dans différents journaux, avec comme personnage central un petit garçon nommé Bao, sorte de Tiburce à la sauce mahoraise devenu depuis très populaire sur l’Île. Ce jeune garçon malicieux se fait le témoin de scènes pittoresques de la vie locale. Popularité oblige, son image se décline, sous différentes formes : Tee-shirt, couverture de guide, agenda, calendrier, carte de vœux, méthodes d’alphabétisation et de lecture chez Hatier, qui en font une figure emblématique de l’île. Lietar n’hésite pas à croquer les défauts caractéristiques de cette société en pleine mutation, en particulier les difficultés quotidiennes d’une population en souffrance.
(à suivre)
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