Économie réunionnaise : le calme avant la tempête
6 juin, parIEDOM : « Un premier trimestre favorable avant l’impact de la crise au Moyen-Orient »
31 janvier 2008

Pancho et la Martinique en miniature
Natif du Loir et Cher, Bruno Vilain débarque en Martinique par hasard en 1980. Recruté par le groupe Hersant, il commence une carrière de dessinateur de presse par une chronique dessinée dans le “Télé 7 jours” local puis par un billet dans “France Antilles” où les lecteurs peuvent découvrir en créole ses dessins quotidiens tantôt tendres, tantôt grinçants de la société antillaise, n’épargnant rien ni personne, en particulier ses côtés cancanier, dragueur, vantard, moqueur... Son travail a été regroupé en plusieurs albums, devenus des références : Pa ni pwoblem (3 tomes aux éditions SADIP) et La tribu caraïbes (Ed. Desormeaux) en 1984, Les deux tomes de Chronique (Laisse moi te dire et Fais ça pour moi chez Exbrayat) en 1990 et Poil à gratter (Quadra éditions) en 1997. Mais cette vision décapante et acide de la Martinique contient des limites, comme le fait remarquer Jacques Tramson : « [...] son succès est évident, mais se limite son aire de production. [...] L’essentiel de sa satire vise des questions propres à l’île... ». Pancho ne sera pas le seul à exercer ses talents dans ce domaine puisque le dessinateur Tijo se spécialisera également dans le même genre sur un mode cependant moins politique et plus sexuel avec plusieurs albums très populaires : Les makrels en folie (1984), De drôles de Makrèl (2001), Ti chal mako (2002). De nos jours, Pancho continue à illustrer des revues éditées aux Antilles : “France Guyane”, “France Antilles” et la revue de l’INSEE, “Antiane”.
La brousse calédonienne en folie
C’est en 1983 que Bernard Berger publie les premières pages de la série La brousse en folie dans l’édition locale de “Télé 7 jours”. Puis, en 1984, il publie à compte d’auteur le premier album : La brousse en folie. Depuis 1986, le rythme des publications est devenu annuel et, signe de l’immense succès de la série, une société d’édition s’est créée : La brousse en folie SARL. 21 albums suivront, dont le dernier est paru en octobre 2007 : Panier de crabes. Le personnage central est Tonton Marcel, stéréotype du caldoche, 100% broussard à la tête dure et aux histoires légendaires, entouré de Dédé, le kanak aux pieds nus, bonhomme et fainéant, de Tathan, commerçant asiatique qui vend tout ce qui bouge dans son épicerie, et Joinville le "métro", fonctionnaire moralisateur qui donne son point de vue sur tout. À travers cette galerie de portraits, Bernard Berger dépeint avec humour la vie quotidienne des diverses communautés de l’île et montre habilement les liens qui les unissent malgré leurs différences. Tout ce petit monde cohabite à Oukentieban, commune imaginaire de la brousse néo-calédonienne, dans une atmosphère débonnaire. Il n’y a pas réellement d’histoire, ni de vrais héros, mais plutôt une succession de gags en une planche ou deux où l’auteur se moque de sa propre communauté (« Donc j’allais créer un personnage caldoche qui allait, à son tour, être victime de toutes les dérisions ») tout en dépeignant les travers supposés des autres populations calédoniennes.
La recette sera imitée, sans jamais être égalée, par d’autres séries : Frimeurs des îles (5 tomes de Niko et Solo), Aglaé et Sidonie (6 tomes de Gielbe).
Pito ma ou la Polynésie en valeur
Pito ma (Pito et compagnie), bande dessinée humoristique tahitienne, est l’œuvre de Gotz, artiste peintre métropolitain arrivé en Polynésie en 1990. Le premier tome a été lancé en 2005, suite à une parution hebdomadaire de planches dans les “Nouvelles de Tahiti”, chaque vendredi, suivi du second tome en 2006, Haere maru, puis du troisième en 2007, Haaviti ! La série raconte les aventures de Pito, jeune Tahitien, son gros copain Pua, Bob le "rastalynésien", Lee Fou, chinois de Tahiti, Georges dit Rimap- métropolitain resté à Tahiti après son service militaire, et leurs aventures quotidiennes dans l’île. Les trois tomes sont des clins d’œil humoristiques sur la vie polynésienne avec une acuité non dénuée de tendresse. Les personnages de Pito ma sont déjà déclinés sous forme de figurines par un artiste local.
Super Touloulou en Guyane
Le personnage de Super Touloulou est apparu dans la bande dessinée locale, peu fournie au demeurant, entre septembre 1996 et avril 2001, comme le précise Stéphane Granger dans une conférence locale : « Ces petits strips firent les beaux jours du 97.3 dans les années 90. L’auteur, Jean-Pierre Penez, installé en Guyane depuis le début des années 90, profitait d’une super héroïne inspirée du carnaval guyanais pour tracer de petites satires ayant pour cadre la société guyanaise. Il dut y mettre fin car le 97.3 ne le rétribuait plus, mais il continue de vivre de son crayon à Cayenne, illustrant notamment des documents pour l’ONF ou ici, l’ADEME, en sranan-tongo à destination des habitants du Fleuve ». Satire d’une société guyanaise très machiste, mais également des super héros à l’américaine, la série Super Touloulou est l’occasion pour l’auteur de se pencher sur les différents travers de la Guyane : alcoolisme des jeunes, pollution, sécurité routière, harcèlement sexuel... Comme le raconte son auteur, avec ironie : « Mon héroïne est Super Touloulou, elle a donc des supers pouvoirs. Les méchants, les ennemis de Super Touloulou, personnifient les travers de la Guyane. Paludo, le roi des moustiques, piqué quand il était petit par un insecte contaminé au mercure qu’emploient les orpailleurs, qui a muté et veut répandre le paludisme et la dengue par pure méchanceté. El Sabotor, avec son nom à consonance étrangère, voire brésilienne, qui n’a pour but que de freiner le développement de la Guyane. Bien sûr, cet individu est responsable de tout ce qui ne tourne pas rond dans notre département ! ». Tout y passe dans un total de 140 strips de quatre cases en noir et blanc. Aujourd’hui, l’auteur participe avec l’ONF à la création de bouquin de vulgarisation sous forme d’un conte en 10 planches et de 10 fiches techniques donnant des informations, botaniques principalement. Un de ces livres "Dodomissinga ou la vie d’un arbre en Guyane" est maintenant au programme de beaucoup d’écoles primaires.
Les séries populaires auto-satiriques sont donc une tradition dans l’Outre-mer français ; elles ont, bien sûr, des traits de caractères différents : certaines touchent en partie à la politique (Pancho en Martinique), d’autres sont purement sociales (Super Touloulou en Guyane), pour certaines, le héros est un enfant ou un jeune (Bao, Tiburce), pour d’autres, il n’y a pas de héros, mais un groupe assez compact (Pa ni pwoblem, Pito ou La brousse en folie). Mais ces quelques différences ne peuvent masquer cette étonnante similarité entre ces différents récits, dont les plus populaires sont nées à la même époque, soit au milieu des années 80 : La brousse en folie, Tiburce, Pa ni pwoblem, Bao...
Plusieurs causes peuvent expliquer cet état de fait :
En premier lieu, la structure de la bande dessinée dans les DOM-TOM ressemble à celle des années 70 en Métropole : la publication en album suit quasiment à chaque fois une pré-édition dans les journaux. C’est d’ailleurs assez souvent la maison d’édition du journal qui édite l’album. Seul le succès de La brousse en folie lui a finalement permis de prendre une certaine indépendance. Face à l’absence de presse spécialisée en BD (à la demi-exception du Cri du margouillat), ces séries sortent dans les grands quotidiens ou hebdomadaires locaux d’information générale. Le besoin et la nécessité d’éditer de la bande dessinée qui se situe dans un contexte local est évidemment très fort du fait de l’intérêt supposé du public cible. Ceci se révèle d’autant plus vrai que le dessin de presse des DOM-TOM ne démontre pas une grande tradition de caricatures politiques et sociales. La BD populaire locale se substitue en partie à cette tradition....
En second lieu, chaque territoire d’Outre-mer concerné constitue un cas à part, une société distincte de la Métropole sans lui être totalement étrangère. Le besoin de caractériser chacun de ses territoires, de s’en faire le héraut, existe sans doute plus qu’ailleurs chez les créateurs et les lecteurs qui se reconnaissent plus volontiers dans les différents personnages stéréotypés qui leur sont proposés. Cela n’empêche pas cependant certaines séries d’avoir du succès en Métropole auprès d’un public plus large.
Enfin, la difficulté pour un auteur de se faire éditer en Métropole a sans doute eu pour conséquence un certain repli identitaire de la part des artistes locaux, préférant conquérir d’abord l’audience et la reconnaissance de leurs lecteurs les plus proches. Le fait que la plupart de ces séries soient l’œuvre de Métropolitains souvent bien intégrés à leur environnement (Vincent Lietar, Pancho, Gotz, Penez...) ou de locaux ayant vécu en Métropole (Berger, Tehem) n’est sans doute pas un hasard et démontre un certain recul sur la société décrite. Au vu de la qualité du travail présenté, personne ne s’en plaindra...
Remerciement à Alain Brezault, Serge Huo-Chao-Si, Anne-Lise Bué, Jean-Pierre Penez et Frédéric Granger pour leurs conseils et informations.
Christophe Cassiau-Haurie - Africultures
IEDOM : « Un premier trimestre favorable avant l’impact de la crise au Moyen-Orient »
Mézami pou sak la viv lontan dann nout péi La Rényon-dizon pou sak la konète la loi disnèf mars 1946 kan l’arivé, zot téi panss sirman la fain (…)
Plusieurs millions de personnes supplémentaires en insécurité alimentaire
Vote unanime d’une loi à l’Assemblée nationale à Paris
IEDOM : « Un premier trimestre favorable avant l’impact de la crise au Moyen-Orient » Économie réunionnaise : le calme avant la tempête Kansa (…)
Rapport sur les riches publié par l’Observatoire des inégalités
Au lieu de reproduire la France, les Réunionnais devraient s’inspirer de Madagascar
Retour sur le séminaire organisé par la Section PCR de Saint-Denis
Conséquence de la crise et de la pénurie de logements sociaux
Condoléances du Parti Communiste Réunionnais
Face aux difficultés de trésorerie à cause des retards de paiement
À la veille de la manifestation organisée par des élus devant la préfecture