Épisode 6 : Frantz Fanon, le clinicien de la rupture radicale
22 juillet, par« La Voix des Origines : Ces géants qui ont pensé l’Afrique unie »
Firmin Viry et “Sinkantan an maloya” samedi à Saint-Leu
17 juin 2004

’Maloya, sé sa la mizik la révolt. Saminm la intèrdi ali. Sét in kontak po la lite’. Parler maloya avec Firmin Viry, c’est évoquer l’Histoire de La Réunion, l’Histoire de la répression, l’Histoire des luttes... Le “maloyèr’’ du Sud fêtera samedi à La Ravine Saint-Leu son jubilé en compagnie de nombreux autres artistes.
Il est 17 heures 45 et le soleil est tombé sur Saint-Pierre. Firmin Viry, chapeau qui a connu des jours meilleurs sur la tête, gros pull bordeaux parce qu’il fait frais à cette heure du côté de la Ligne Paradis, pantalon beige et “pat atèr’’, prend quelques instants de repos sous l’abri qui va de sa case à la cuisine. Aux côtés de son épouse, Céline, en train de “triy brèd’’.
À quelques jours de son jubilé culturel et cultuel à La Ravine Saint-Leu, il vient de passer quelques heures “dann bitasyon pou soign zanimo’’. Comme d’habitude. Le maloyèr est né dans la terre, et bien qu’il soit à la retraite et qu’il ait plus ou moins passé la main à ses enfants, il continue "a zoué dodan".
Le maloya, Firmin Viry l’a découvert vers sept ans avec ses parents qu’il accompagnait “dann bitasyon”. Il évoque aussi avec beaucoup d’émotion Gustin Imiza (voir encadré) , un de ceux qui lui a appris à jouer des instruments traditionnels.
Mais il évoque également ie groupe du début des années cinquante, composé de "mon monmon, mon gromomon, mon tonton épi trwa matant". Tous les samedis soir, il y avait bal. "Roulèr navé poin konm zordi, nou té zwé èk fi plastik".
Il souligne le caractère “sacré’’ du maloya qu’il puise dans les “sèrvis kabaré’’, "kan té i mète manzé sou la tab". Et c’est là que le maloya en tant que lien entre les générations, en tant qu’outil de la relation avec les ancêtres, prend toute sa signification.
Arrive l’année 1959. Date de la création du Parti Communiste Réunionnais (P.C.R.). Firmin Viry joue à la fête ‘’Témoignages’’, dans la cour du cinéma Rio à Saint-Denis. Et cela ne manque pas de marquer les esprits. Mais l’éclaircie est de courte durée. On entre dans la période sombre de la répression. "Aprésa la lwa la blok anou. Nou té zwé an kasyèt. Kan zot i trouv anou antrinn zoué té i fou dofé dann zinstriman", témoigne-t-il.
C’est en 1969 que Firmin Viry organise, pour la première fois, avec la section communiste de Saint-Pierre, un grand kabar. "Navé domoun partou. Nou lété annuyé ziska. Domoun la rès la ziska granmatin".
En 1971, le P.C.R. enlève les municipalités du Port, de La Possession et de Saint-Louis. "Kan la gingn sa, la nou la komans sorti".
Un ou deux ans après, arrive le signe d’une première reconnaissance officielle, quand le directeur du CRAC (l’ancêtre de l’ODC) vient écouter Firmin Viry dans sa cour. "Li la di amwin konmsa : lé bon out zafèr". Il lui propose de participer à un spectacle dans un théâtre du CRAC. Mais le directeur assortit son appréciation d’une demande expresse de ne pas chanter des textes “engagés”.
Lors du 4ème congrès du P.C.R., au gymnase du Port en août 1976, plusieurs centaines de délégués sont rassemblés. Et surprise, à la fin du congrès, Firmin Viry et sa troupe sortent leurs instruments et entonnent une série de maloya : des chansons engagées comme “Pou nou arasé nout lotonomi’’, “Na mèt ali dan Larényon’’ et des classiques comme “Valé prété moi vo fizi’’, “Ti manmzèl la tèt anlèr’’, “San golète la tèr moi napwin’’...
Jacqueline Meppiel, cinéaste, qui est présente réalise l’enregistrement et cela deviendra le premier disque vinyle 33 tours de maloya. Tiré à 3.000 exemplaires, c’est aujourd’hui un “collector’’. "Sak mwin la fé, dovan tou se moune, i falé awar la tranp po fé", dit le “maloyèr’’ avec un grand sourire de satisfaction.
Après avoir célébré ses cinquante ans en maloya, Firmin Viry fêtera l’année prochaine ses soixante-dix ans. Mais l’homme est toujours dynamique. "Mi domannn koman mi ariv fé sa. Lé an mwin minm. Lé vré mi fim pa, mi bwa pa non pi", sourit-il. On le verra encore longtemps sur les scènes. Avec toujours cette même idée de conserver au maloya son rôle d’outil de lutte : "Maloya lé lyé èk la lite lo pèp Larényon", affirme-t-il. Et cette satisfaction d’avoir contribué à préserver l’essentiel "po bann zénérasyon i lèv".
Lilian M.
Gustin Imiza : un maillon dans la chaîne de transmission de la culture
Gustin Imiza, raconte Firmin Viry, "la vni isi konm zangajé". Il sortait de l’Inde via le Mozambique, selon ses souvenirs. Il le revoit à Saint-Pierre, du côté de la gendarmerie, sur le front de mer. "Navé in boutik. Tou lé dimans li té bat son bob". Et le maloyèr reste plongé un instant dans ses souvenirs. Peut être revoit-il Gustin Imiza, son bob à la main. Il poursuit : "La apri amwin zoué zinstriman. Lavé in lorkès té i dor. Li la rouvèr : amwin o kayanm, ali o bob épi monn ti névé o roulèr...".
Mais comme toujours, Firmin Viry fait rimer maloya avec engagement. "Gustin té in boug la gos. Papa Vergès la sign son papyé rotrète".
Il nous emmène sur les traces de Gustin Imiza au chemin la Volière. Il nous rappelle sa maladie, l’entrée à l’hôpital et la fin du vieux joueur de bob, mort "dann tan Raymond Hoarau” (ancien maire de Saint-Pierre avant Alfred Isautier - NDLR)".
Gustin Imiza est en quelque sorte un maillon de cette chaîne qui a amené jusqu’à nous, sans doute transformé par le voyage, ce maloya venu de la profonde Afrique, chanté autour des “boukan’’ des esclaves et des camps d’engagés. Et puis Firmin parle encore des lieux dans lesquels il jouait alors : les “kalbanons’’ de Ravine des Cafres, ceux de Bassin Martin... Lieux chargés d’Histoire, lieux de mémoire.
Renaissance du maloya
Un jour au 19ème kilomètre...
La renaissance du maloya donne parfois lieu à des spéculations, des fantasmes même. Les choses les plus importantes sont cependant souvent les plus simples. Écoutons Firmin Viry raconter, les yeux pétillants, une réunion au 19ème kilomètre qui doit se dérouler à la fin des années soixante ou au tout début des années soixante-dix.
Il y avait là Paul Vergès, Franck Loricourt de Saint-Joseph, Louis Lebon de Bérive et bien d’autres militants encore, dont beaucoup de la Ravine des Cabris. "Sakinn lavé aporte inn ti kari. Mandoné, Paul la di amwin konmsa : “Sré bon romèt lo maloya an plas’’. La domann amwin anvoy inn ti romans. Navé pwin zinstriman, nou la zwé ansanm in kès karton épi inndé kiyèr. Mi ansouvyin ankor, nou la santé “Somin Granbwa sa lé lon’’, “Valé prété moi vo fizi...’’, “Lé nwar konm kafé griyé’’ épi “Brébi galèz’’".
Cette relance du maloya a en fait répondu, à un moment donné - et c’est tout simple - à un besoin d’expression identitaire des Réunionnais.
Carrière
"I fé pa komèrs èk sa..."
La discographie de Firmin Viry n’est pas très fournie. Son dernier album, “Ti Mardé’’, sous le label Indigo, si l’on excepte celui d’Ocora de Radio France, date de 1998, à l’occasion du 150ème anniversaire de l’abolition de l’esclavage. "Maloya i fo nou prézèrv, mé i fé pa komèrs èk sa".
Seulement, il comprend que d’autres agissent autrement. "Bann marmay la bézwin la moné. Mwin lé pa kont sa. Soman i fo zot i fé sa byin. Sa i roprézante la kiltir nout péi".
Il explique qu’il a récemment refusé une invitation pour le Mozambique - "Pourtant mon vyé papa i sorte koté Mozanbik". Il ne regrette rien. "Mi souèt kontinyé détrwazan. Mé i fo nou travay innot fason lané prosène po romèt en lèr bann zinn troup. Lo maloya sé lo prinsipal zafèr dan nout kiltir".
Et l’on parle, dans son entourage de la réalisation d’un DVD et d’un livre... Allons, Firmin Viry n’a pas encore totalement terminé sa tâche de “transmetteur de culture’’.
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