Séga maloya funky au Bato Fou

14 février 2007

L’artiste mauricien Jagdish Kinoo, membre fondateur de Massilia Sound System, prépare une résidence artistique au Bato Fou. Sa nouvelle formation musicale, Kréol Konèxyon, présente une conception indocéanique originale, des Seychelles à Maurice, en passant par Rodrigue ou La Réunion, sans pouvoir oublier la grande île rouge, Madagascar. À découvrir en septembre 2007, avec la découverte réunionnaise, Jaboticaba.

C’est malheureusement un passage express. Jagdish était à La Réunion pour finaliser son projet de résidence au Bato Fou, avec des musiciens de l’Océan Indien. Et puis, un petit tour vers Maurice pour voir les siens et poursuivre la préparation d’une tournée qui s’annonce intéressante. Juste le temps de reprendre l’avion pour rejoindre Marseille, où il vit et travaille. Associé à la mission de Mic Mac, il œuvre à la valorisation des cultures créoles. Sur les planches, il organise des ateliers slam au Balthazar. Sinon, on retrouve cet artiste accompagné d’une ravane.
Auteur-compositeur-interprète, il propose un séga authentique, sublime, engagé. L’artiste parle, apprend constamment et dispense un savoir, un savoir-faire, une conscience créole qui rejette l’autarcie nombriliste de l’insulaire. Les Créoles ont à dire leurs maux. Mais les Créoles doivent faire savoir au monde leurs beautés, leurs métissages, leurs cultures, leurs musiques.
Du rap au séga, maloya sûrement, salegy ensemble, les styles rappellent une histoire commune. Coolie trade ou engagisme, esclavage et colonialisme. Aussi, Jagdish ne cache pas sa position sur les Chagossiens, revendique leur droit à cette terre occupée par l’armée américaine. « Rendez nous notre terre », chante Jagdish. Et ce dernier de rappeler la condition de vie des Chagossiens, après leur expulsion de l’île, quel que soit le pays d’accueil d’ailleurs.

Slamez-vous !

Jagdish Kinoo sera donc en septembre prochain à Saint-Pierre avec tous les musiciens de Kréol Konéxyon, ainsi qu’un ingénieur son “réunionnais”. Espérons qu’il aura du temps pour aller à la rencontre des fonnkézèr réunionnais, notamment ceux intéressés par le slam. Après la venue sur notre île de Stéphane Hart de Keeting, fer de lance du slam mauricien, qui rencontrait notamment les poètes réunionnais Francky Lauret, Mikaèl Kourto, et Babou B’Jalah, on peut se demander : quelle destinée au slam à La Réunion ? Il est certain que nombre de mélomanes s’arrachent les morceaux d’Abd Al Malik, connu pour son rap-jazz-slam, et son verbe façon Jacques Brel. Le slam français s’organise. À l’exemple de l’ouvroir de slam potentiel, l’ouslapo, qui constitue un groupe de recherches sur les créations slamesques possibles basées sur la contrainte volontaire.
Jagdish Kinoo tient, à Marseille, dans l’espace associatif Le Balthazar, un atelier d’écriture et d’expression musicale. Tous les lundis, de 18 heures à 21 heures, il accueille adultes et adolescents. Les participants présentent leur propre création, aiguisent leur plume et gagnent les planches. « Cet atelier dirigé d’écriture vous mènera à chanter ou slamer vos créations devant le public du Balthazar, lors de soirées organisées par les artistes qui vous auront accompagnés tout au long de l’année... et plus !!! », annonce le Balthazar sur son site (http://www.aubalthazar.com).
En décembre dernier, Babou B’Jalah rencontrait les poètes de cet atelier. Jagdish compte faire perdurer la collaboration avec l’artiste réunionnais. En novembre 2007, à Marseille pour le festival Kissisa Kréol, le fonnkézèr est sollicité pour participer à des conférences sur les cultures créoles et des scènes de slam.

Jaboticaba à Bourges et... à Marseille

Le trio Jaboticaba, déjà programmé au Bato fou en avril 2006 dans le cadre du Tremplin Rock, continue vers la reconnaissance. Texte poétique, séga funky, voix majestueuse, tous les ingrédients sont réunis. Jaboticaba arrive en force sur les scènes réunionnaises. Le 16 février prochain, les 3 artistes de Jaboticaba seront à la journée multiculturelle de Saint-André. Le 17 février, on les retrouve à la Clameur des Bambous. Le 21 avril, c’est à Bourges que les artistes s’envoleront. Et c’est le cas de le dire. Dans ce cadre de festival à renommée internationale, le groupe risque fort de disposer de nombreux contacts pour jouer ici et là. C’est tout ce qu’on leur souhaite, tellement leur prestation est époustouflante. On se presse seulement de les retrouver le 28 avril à la Ravine Saint-Leu, en première partie de Davy Sicard. Le chanteur, et non moins poète, Davy Sicard leur fait cet honneur sur une scène mythique de l’Ile de La Réunion.
En septembre prochain, Jaboticaba sera en résidence avec Kréol Konexyon au Bato Fou. Programme chargé donc pour le jeune groupe sudiste, et espérons-le, pour longtemps. Jagdish Kinoo envisage d’ailleurs de les inviter à Marseille, toujours dans le cadre du festival Kissisa Kréol. Oté Jaboticaba, bon vent dans l’air musical !

P. J.


Kosasa “Le Slam” ?

Le mot "slam" désigne en argot américain "la claque", "l’impact", terme emprunté à l’expression to slam a door qui signifie littéralement « claquer une porte ». Dans le cadre de la poésie orale et publique, il s’agit d’attraper l’auditeur par le col et de le “claquer” avec les mots, les images, pour le secouer, l’émouvoir. C’est un art d’expression populaire oral, déclamatoire qui se pratique dans des lieux publics comme les bars ou d’autres lieux associatifs, sous formes de rencontres et de joutes oratoires. Il est considéré par beaucoup comme une des formes les plus vivantes de la poésie contemporaine, c’est un mouvement mode d’expression populaire en marge des circuits artistiques traditionnels.
Le slam est né en 1984 lorsque Mark Smith, ouvrier en bâtiment et poète, mit en place une série de lectures dans un club de jazz à Chicago. Il cherchait à donner un nouveau souffle aux scènes ouvertes de poésie en faisant participer le public aux scènes. Il a suscité un engouement populaire qui lui a permis peu à peu de se propager à New York puis jusqu’en Europe.
C’est un art du spectacle oral et scénique, issu de la rue, comme le rap à ses débuts, un lien entre écriture et performance, focalisé sur le verbe et l’expression brute avec une grande économie de moyens.
En France, le slam se développe depuis le milieu des années 1990, en particulier sous l’impulsion du poète-acteur Pilote le Hot et d’autres comme Nada ou le Collectif 129H. Les scènes ont fleuri dans les bars du 18ème et du 20ème arrondissements de Paris avant de se propager dans toute la France.
Les collectifs historiques de la scène française sont, outre les premiers cités ci-dessus : 8ème Sens, Ma Quête, Slam o Féminin. Shakyamuni et Saer sont des organisateurs de la première heure sur Paris. Depuis 2003, l’association Planete Slam de Tsunami MC multiplie scènes et ateliers en France comme à l’étranger. A Lyon, La Section Lyonnaise des Amasseurs de Mots, lancée par Marco, propage le mouvement depuis 1999.
L’entrée est libre ou à prix minime. La plupart des scènes slam sont des scènes ouvertes et se déroulent sans enjeu ni compétition, avec un alibi convivial, “l’exception culturelle” à la française, servant de signe de ralliement aux poètes hexagonaux : 1 poème dit = 1 verre offert.
Les règles sont :
1- inscriptions ouvertes à toutes et tous ;
2- performance a capella ;
3- absence de décorations sonores, lumineuses ou vestimentaires ;
4- liberté de l’expression ;
5- temps de parole de 3 à 5 minutes.
On vient y dire, lire, scander, chanter, jouer des textes de son cru sur des thèmes libres et parfois imposés. Les artistes jouent surtout par plaisir de partager leurs textes.
L’album “Midi 20” du jeune slameur de Saint-Denis (93) Grand Corps Malade est le premier disque issu du mouvement slam français à bénéficier d’une bonne couverture médiatique radio/TV. Il connaît dès sa sortie un succès public impressionnant et, se hissant aux premières places des ventes d’albums, fait connaître le genre à un très large public en dépassant de fait son audience initiale. Le groupe Le Milieu, organisateur de soirées slam en Normandie, a créé fin-2006 l’Ouslapo (Ouvroir de Slam Potentiel, s’inspirant de l’Oulipo), groupe de recherches sur les créations slamesques possibles basées sur la contrainte volontaire.

(Source : Wikipédia)


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