Économie réunionnaise : le calme avant la tempête
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Observation de l’environnement musical
21 février 2008

Le Pôle Régional des Musiques Actuelles est chargé d’une nouvelle mission : l’observation de l’environnement musical réunionnais. L’étude post-doctorale présentée hier par Guillaume Samson répondait à une commande du Conseil Régional. Éléments de caractérisation socio-économique et culturelle des musiciens à La Réunion, en d’autres termes, serial portrait d’un musicos réunionnais.
L’étude porte sur un questionnaire riche de 71 questions posées à une centaine de musiciens réunionnais. Comme partout dans le monde, il y a une grande majorité d’hommes (80%). Le musicien moyen a 36 ans.
Parmi les personnes interrogées, seules 28% ont le statut d’artistes du spectacle à part entière. Guillaume Samson note aussitôt une première spécificité réunionnaise : « Il n’y a pas de distinction entre professionnels et amateurs ». Mais d’où vient le musicien local ? L’étude montre qu’ils sont issus des classes moyennes et populaires. Rares sont les artistes issus de classes supérieures ou très défavorisées.
Le musicos réunionnais a un revenu très variable, pour la majorité, les revenus artistiques n’entrent en ligne de compte que de manière minime et les autres ne vivent que de leur activité artistique. Il n’y a pas de musiciens en situation intermédiaire.
Quatre profils types
Sociologiquement, Guillaume Samson a repéré 4 portraits types. Le musicien en vocation (qui investit beaucoup de temps, d’argent, d’affect dans une pratique qui lui procure peu de revenus et à laquelle il sacrifie sa famille, sa profession). Il est souvent jeune, et sa situation, précaire. Il n’a qu’une représentation peu réaliste du métier.
Il y a ensuite le musicien prof de musique, qui vit donc à la fois de l’enseignement de son art et de la création. Lui, ne compte pas sur la musique pour vivre, il a même une vision assez pessimiste de la faisabilité de cette utopie.
Le troisième cas est celui de l’intermittent, l’indépendant dit aussi « le débrouillard » qui tire de la musique tous ses revenus. Nombreux sont alors sans couverture administrative, sans statut, souvent condamnés à la pauvreté. Certains électrons libres tirent leur épingle du jeu.
Enfin, il y a la catégorie “amateurs confirmés” qui ne comptent pas sur la musique pour vivre, qui ont une activité professionnelle fixe et ne sont que dans l’attente de satisfaction personnelle.
« À La Réunion, ces profils-là ne vivent pas dans des espaces séparés », certifie Guillaume Samson. Cette donnée pouvant expliquer la courte durée de vie des groupes en raison des attentes différentes de chacun, des motivations divergentes.
Économie souterraine
Les musiciens sont bien équipés techniquement, malheureusement, la musique coûte plus qu’elle ne rapporte. Les musiciens sont dans des situations de précarité. La situation est difficile à lire car les contrats sont passés de main à main ou via des associations. Nous sommes dans le cadre d’une « économie souterraine, informelle, difficile à concrétiser ».
Le musicien réunionnais a une volonté farouche de faire des disques. Il existe 50 lieux d’enregistrement à La Réunion, un éparpillement de la production. Et le disque est faiblement pourvoyeur de revenu, sauf à contrôler toute la chaîne jusqu’à la distribution. La gestion des stocks est hasardeuse. Les prestations d’enregistrements ne sont pas rémunérées. Le disque est vu comme une carte de visite, mais c’est aussi « une illusion ».
De la traditionnalité du maloya ?
Le musicos réunionnais a aussi des caractéristiques culturelles. Les musiciens d’aujourd’hui sont en transition culturelle par rapport à leurs parents ou leurs grands-parents. Dans le temps lontan, on écoutait du séga et de la variété française, aujourd’hui, c’est maloya et musiques actuelles. « La question centrale », selon Guillaume Samson, est « celle de l’ancrage du traditionnel dans l’actuel et aussi la façon générationnelle, autodidacte d’approche de la musique : on apprend avec les autres, on apprend en jouant ».
Francky Lauret
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