Projet d’extension du golf

Sit-In devant la mairie de l’Étang-Salé

27 janvier 2006

Mercredi, l’Hôtel de ville de l’Étang-Salé était occupé par une cinquantaine de contestataires au projet d’extension du golf. Réunis essentiellement au sein de l’OCRE, (Organisation des consommateurs respectueux de l’environnement), ils souhaitent porter l’affaire devant le Tribunal administratif.

Concernant le projet d’extension du golf situé dans la forêt de l’Étang-Salé, les réactions ne manquent pas. Tous contestent le rapport de Dominique Odon, le commissaire enquêteur chargé de l’enquête publique sur l’extension du golf. "Nou nana 1.300 pétision demoun i rofiz prozé-là, é nou romark la pa pri tousala an kont", déclare M. Loran, du Koléktif révolisionèr kiltirèl (KRK). Nous les retrouvions au piknik pou sov la tèr. Et M. Loran de poursuivre : "li doi èt nètr. Nou romark ké tout o long lo dosié, nana vis dé form", expliquant que l’enquête est passée en douce pendant la période des fêtes (le 28 décembre dernier), alors qu’elle était prévue pour le 28 février 2006.
"Dominique Odon est partial dans ce dossier, parce que non seulement les pétitions sont l’œuvre d’un nombre de gens conséquents - je l’ai même vu en profitant d’un casse-croûte sur les lieux du piknik pou sov la tèr - contre une poignée bien moins faramineuse de partisans. On voit bien ce que signifie la démocratie participative dans cette ville. Il faut savoir ce qu’ils entendent par citoyenneté", lance un granmoun. Il est en vacances et profite longuement de sa retraite sur notre île 6 mois durant chaque année, et ne comprend pas en effet pourquoi le priver d’une promenade en forêt, où se croisent d’autres activités physiques, VTT, courses à pieds ou simple promenade.
Les réactions sont pour d’autres bien moins angéliques, lorsque certains répriment "un rapport debrétiste, qui cherche à faire peur aux Réunionnais, en leur faisant croire que nous sommes des indépendantistes, contre l’économie de La Réunion, contre le développement de cette région", déclare un autre membre du KRK. Il n’y a pas non plus de débat racial dans ce dossier. Nous le savions d’avance. "Comment peut-on nous reprocher de dire que c’est un débat zorèy-kréol, de partisans de la philosophie rasta, de révolutionnaires ? Non, ici, il y a des pères de familles, des professeurs, des chefs d’entreprises, des travailleurs indépendants, des maçons, bref, des citoyens. Pour le dossier de l’extension du golf de l’Étang-Salé, il s’agirait plutôt d’un débat social. Disons, gros zozo contre le peuple, les gens d’en-bàs ?", déclare encore celui-ci.

Un potentiel naturel à préserver

D’autres ont simplement un point de vue écologique. Les Verts sont également présents. Ils notent que les avis défavorables étaient largement supérieurs à ceux des partisans du “pour”. Comment donc a été menée cette enquête ? Pour eux, il est évident que l’on favorise les lobbies économiques, prouvant que la raison du plus fort est toujours la meilleure. Cette raison du plus fort ne tient pas à prendre en compte l’intérêt naturel de cette forêt, qui est à sa manière un atout de développement durable, qu’il s’agit après de gérer.
Préserver une forêt, c’est aussi faire de l’économie, mais raisonnée. On préfère dilapider une terre, que l’on a d’abord arrachée des mains des planteurs, qui se sont vus expropriés. Puis, on souhaite préserver ce patrimoine naturel, la faune aussi, les dunes pour que s’épanouissent les Réunionnais. Aujourd’hui, une infime partie de la population réunionnaise et surtout une riche clientèle huppée, profiteront de cet espace couvert de gazon, parsemé de quelques arbres, ceux-là heureux de vivre plus longtemps et nous faire respirer encore le bon air.

Une solution judiciaire ?

La mairie de l’Étang-Salé a peut-être joué la carte de la transparence en allant à la rencontre des opposants. Dominique Deurveilher, Directeur général des services (DGS) est venu, accompagné de Richemont Rivière (conseiller municipal), pour répondre aux questions de ces derniers. Ils font remarquer aux contestataires du rapport du commissaire enquêteur qu’ils ont les moyens de se pourvoir au Tribunal administratif. La Mairie ne compte pas faire entrave à ses devoirs et devrait transmettre dans les meilleurs délais tous documents, pour que les opposants puissent organiser leur attaque. Les opposants regrettent cependant le retard.
En fait, on risque bien d’entendre parler de cette affaire encore longtemps, bien que la mairie ne cache pas vouloir appuyer ce projet. C’est le Tribunal administratif qui décidera donc si oui ou non le projet devra se faire. Affaire à suivre.

Bbj


Les documents administratifs demandés par les opposants

Les opposants se réunissent au sein de l’Organisation des consommateurs respectueux de l’environnement (OCRE) et entendent pousser l’affaire au Tribunal administratif. Cependant, ils souhaitent que la Mairie fournisse les pièces du dossier, prouvant déjà l’impartialité du commissaire enquêteur dans cette enquête publique, et puis permettant à des citoyens d’accéder à des documents administratifs, publics.
Par ailleurs, les contestataires veulent bien se soumettre à l’arrêté ministériel du 1er octobre 2001, relatif aux conditions de fixation et de détermination du montant des frais de copie d’un document administratif. Par ailleurs, les lois n°78-17 du 6 janvier 1978, n°78-753 du 17 juillet 1978 confirment le droit à l’accès aux fichiers informatiques, ou affirment les relations "détendues" entre l’administration et le public. Récemment même, l’État assure, par la Charte Marianne, une meilleure collaboration avec les citoyens, et notamment l’ordonnance 2005-650 du 6 juin 2005 permet le libre accès aux documents administratifs et à la réutilisation des informations publiques. Ainsi, les opposants demandent les documents suivants :

1 - La délibération n°2 du 25 avril 2005 relative à la procédure de révision simplifié du Plan d’occupation des sols (POS), en vue de modifier la zone ND et le remplacer par une zone NDt et en vue de déclasser 59 hectares d’espace bois classé ;
2 - le dossier d’enquête public ;
3 - la délibération n°13 du 12 octobre 2005 sur le bilan de la concertation ;
4 - l’arrêté municipal n°36 du 4 octobre 2005 prescrivant l’enquête publique ;
5 - les certificats d’affichage relatifs à l’enquête publique portant sur le projet de révision simplifié du POS ;
6 - le courrier que la mairie a adressé au Tribunal administratif pour demander la désignation d’un commissaire enquêteur ;
7 - la décision du Tribunal administratif désignant monsieur Dominique Odon en tant que commissaire enquêteur ;
8 - le rapport de monsieur le commissaire enquêteur ;
9 - les pétitions et courriers des partisans du projet d’extension du golf de l’Étang-Salé ;
10 - les pétitions et courriers des opposants du projet d’extension du golf de l’Étang-Salé ;
11 - le certificat d’affichage de la libération n°21 du Conseil municipal du 28 décembre 2005 relatif à l’approbation de la révision simplifiée du POS sur le périmètre du projet d’extension du golf de l’Étang-Salé ;
12 - la date de transmission de la délibération n°21 du Conseil municipal du 28 décembre 2005 à monsieur le préfet de Région.


Kabar de soutien le 12 février prochain

Quoique déplorant l’absence de Nicolas Adecalom, les artistes continuent à se mobiliser auprès des opposants au projet d’extension du golf de l’Étang-Salé. Mikaèl Kourto, fonnkézèr et musicien, déplore le flou qui s’installe autour de ce dossier, et regrette par la même que forces de l’ordre et journalistes étaient plus représentés que les opposants eux-mêmes, bien qu’étant une cinquantaine sur le parvis de l’Hôtel de ville de l’Étang-Salé.
Nicolas Moucazambo, musicien, explique sa présence, et celle de nombreux artistes. "Nou vien batay pou protèz la foré. La méri Létansalé la po ral anou dérièr po détroi dokiman. Lo prozé la pass an misouk konm par azar pandan la périod dé fèt. Si pèrsone i bouz pa, lo prozé va pasé. Nou nana dé moi pou port plint, nou mèt ansanm. La méri i trèn, la po zwé la mont" déclare-t-il. Et de poursuivre : "tou lo mouvman la monté èk détroi zartiss. Antan-k zartiss et sitoyin, i fo nou défann nout péi, défann sèrtinn valèr nou la po pèrd". "Moin lé là pou la tèr mon péi. An-fèt, tout lo litoral La-Rényon i doi èt in zone protézé, é la foré Létansalé i fodré reboiz ali ankor. An-fèt, pli loin lextansion le golf Léntasalé, nou doi mèn in réflexion global pou La-Rényon, pou in dévlopman dirab La-Rényon", déclare quant à lui André Payet.
Le 12 février prochain, les artistes proposent un kabar devant le golf de l’Étang-Salé, afin de soutenir le mouvement et pallier les dépenses procédurales.


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Témoignages - 82e année


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