Slamons tous

14 novembre 2007

Vous voulez parler, dire, poèmes ou pas. Vous connaissez sûrement le slam, mouvement social, éducatif et artistique qui fait de la poésie un spectacle vivant. Mais attention, le slam a ses règles.

Stéphane Hart de Keating et Patrice Treuthard
(Photo BBJ)

C’est à Rose Hill, dans le cadre du centre culturel Charles Baudelaire, que je découvre vraiment le slam pour la première fois. Stéphane Hart de Keating est initié depuis 2002, et depuis 5 ans, ce sont près de 500 scènes qu’il a foulées pour scander, murmurer, pleurer, chanter, vomir un texte, sinon plusieurs, de sa plume ou d’une lecture appréciée. Il est d’ailleurs l’initiateur de ce style à Maurice et un performeur qui a parcouru Madagascar pendant 1 an pour faire vivre cet art nouveau.
Du 5 au 9 novembre dernier, il tenait un atelier pour former des slamasteurs de l’Océan Indien, des animateurs de slam qui doivent bien évidemment connaître les règles de cette joute oratoire, et surtout dire le slam, le faire vivre, le répandre. On s’accorde à situer les origines de la poésie slam au milieu des années 80 quand, Marc Smith, jeune écrivain informel de Chicago, sociologue-poète et ouvrier en bâtiment, eut l’idée d’organiser une compétition de poésie dans le bar Green Mill, autrefois propriété d’Al Capone, pour la petite anecdote. Smith voulait que le public devienne juge en prenant part à la dialectique poète-public. Il voulait faire descendre la poésie de sa tour d’ivoire pour acquérir un statut semi-populaire et envisageait le poète comme le serviteur du peuple. Aussi, le style slam devait se construire à partir de contributions d’origine démocratique, issues de la communauté et du public. Marc Smith inventa alors le slamming, la poésie contre les conventions, dans les bars au lieu des salons ou des clubs.
Une fulgurante progression à travers le monde
Dès novembre 1987, les rencontres slam ont leur chronique dans le “Chicago Magazine” et deviennent le grand événement de la ville. De Chicago à San Francisco, puis dans toute l’Amérique, aujourd’hui, le slam gagne la planète Terre. En 1996, deux journalistes s’intéressent au slameur Saül Williams, vainqueur de plusieurs compétitions américaines et vedette des documentaires “Underground Voices” et “Slam Nation” de Paul Devin. Surtout, il participe à la rédaction du film “Slam”, réalisé par Marc Levin en 1997, dont il joue le rôle principal. Caméra d’or au Festival de Cannes 1998, ce film fait mondialement connaître le mouvement. CNN, MTV et la presse font sortir la “Slam Family”, ou communauté slam, du milieu underground. La Réunion n’est elle non plus pas oubliée, puisque nous assistons à l’émancipation de Slam La Kour. On espère que le slam réunionnais connaîtra le même succès. Mais rien ne peut se faire sans persévérance, ni engagement. Je m’étonnais par exemple d’être le seul Réunionnais à cet atelier, véritable moment de rencontres, riches en information. Et puis, tout doit se faire dans l’esprit de la pratique. Plus on pratique les scènes slam, plus on s’améliore, plus le public note les progrès de la performance scénique. Bref, le slam, il ne suffit pas d’en causer, il faut le pratiquer. Mais tout cela a des règles.

Babou B’Jalah

Les règles du Slam Poésie

1 : Les rencontres de Slam Poésie sont ouvertes à tous et à toutes, sans aucune distinction de sexe, d’âge, de couleur, de religion, de préférence sexuelle, d’apparence et de capacité physique ou intellectuelle.
2 : Les poètes peuvent traiter de n’importe quel sujet, dans n’importe quel style.
3 : Prenez soin de vous inscrire auprès du présentateur.
4 : Pas d’instrument de musique ou de musique préenregistrée.
5 : Pas d’accessoires. La performance repose sur le texte du slameur et sa relation avec le public.
6 : Pas de costume, ni de déguisement.
7 : Chaque passage est limité à un poème et à 3 minutes. Allez ! Parce que l’on vous aime, on vous rajoute 10 secondes pour tchatcher...


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