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par le Dr Raymond Vergès

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Sous le signe de la fraternité

Inauguration de la salle « Lucien Biedinger » au Port

lundi 5 décembre 2022


Le 3 décembre matin, la salle de réunion de la section communiste du Port a connu une affluence débordant la présence habituelle des communistes portois. En effet, la section communiste du Port a invité ce jour-là de nombreux amis et camarades à célébrer avec eux l’inauguration solennelle de leur salle de réunion, désormais dénommée "salle Lucien Biedinger", en mémoire du militant et infatigable rebelle que fut "Lulu" pour ses nombreux amis de tous horizons et pour ses camarades du PCR. 


Plusieurs membres de la famille Biedinger étaient présents pour cette cérémonie, modeste et solennelle à la fois. Simone Biedinger était accompagnée de sa fille cadette Elsa et de sa belle-fille Karine, toutes deux venues avec leurs enfants. 

Légende : Plaque située à l’intérieure de la Salle Lucien Biedinger. François Valeama au côté de Simone Biedinger et de sa fille, Elsa.

Autour d’elles, de nombreux amis de Lulu : ceux, comme Reynolds Michel et ses proches, des années Témoignages chrétien de La Réunion, quand Lulu côtoyait Brigitte Croisier-Langenier – qui nous a quittés aussi, 15 jours après lui – José Macarty ou les pères Nelson Courtois et défunts René Payet et Christian Fontaine. Beaucoup de ces amis chrétiens progressistes des années 70 allaient ensuite le suivre au journal Témoignages pendant des décennies. 

Ivrin Rosalie, du groupe Eli, témoignait par sa présence du lien fort et permanent qu’a entretenu le responsable communiste avec de nombreux artistes et acteurs culturels de la créolité réunionnaise. Tous n’avaient pu faire le déplacement samedi mais nombre d’entre eux étaient venus à sa veillée, en novembre 2020, comme l’a rappelé Simone Biedinger avec beaucoup d’émotion. Raymond Lauret et Claude Rousse ont évoqué la figure fraternelle du « camarade portois » qu’ils ont bien connu. 

On notait aussi la présence de nombreux militants du PCR venus des autres sections de l’île.

Lulu, un communiste actif jusqu’à la mort.

Patric Boitard, pour la section du Port, a accueilli tout le monde en rappelant ce qu’était l’engagement militant de Lucien Biedinger dans la section du Port et dans le PCR mais surtout à Témoignages, dont il a été un pilier pendant plus de quatre décennies.

Elie Hoarau a retracé le parcours de Lucien et Simone, rappelant que Lulu, volontaire à l’aide technique en tant qu’enseignant en philosophie dans une école catholique dionysienne, a connu le climat d’intolérance créé par l’application à La Réunion, à partir d’octobre 1960, de la circulaire Debré d’intolérance administrative prise dans le contexte de la guerre d’Algérie. 

Poussés malgré eux vers la sortie, Lulu et Simone sont revenus quelques années plus tard se mettre délibérément au service du peuple réunionnais : dans leur profession respective et comme militants.

Elie Hoarau a rappelé l’engagement de Lulu pour le Maloya, pour la langue vernaculaire réunionnaise, pour le vélo – qu’il pratiquait comme un mode de transport à part entière. Chacun de ces engagements était vécu presque comme un sacerdoce, à plein régime ! D’où les nombreux amis qu’il a gardés jusqu’à son dernier souffle dans les milieux les plus divers.

C’est à ces amis et rencontres militantes diverses que s’est adressée Simone Biedinger, après Elie Hoarau, pour les remercier de l’accompagnement qu’ils lui ont témoigné dans ses derniers moments de vie et après qu’il s’est éteint. Elle a rappelé l’ultime conversation qu’a eue avec Lulu le premier évêque réunionnais, Mgr Gilbert Aubry, ainsi que le soutien quotidien du voisin Dreneau-Michaud, Alain et Ninine.

Et pour finir ces évocations sur une note d’avenir, Elsa Biedinger a signalé la tenue dans le Port, le jour-même, d’une manifestation à vélo (la 7e Vélorution) à laquelle Lulu aurait certainement participé, lui qui voulait toujours « pouss lo rèv pli loin ». Cette manifestation, comme beaucoup d’autres, situent le PCR dans la trajectoire d’avenir de La Réunion – quand certains s’imaginent pouvoir l’enterrer dans le passé.

La rencontre s’est terminée par un pot de l’amitié servi dans cette même salle, où est désormais inscrite sur un autre panneau une sentence que le camarade Lulu répétait souvent : Alon viv an dalonaz ! disait-il pour renforcer les liens d’amitié et de bienveillance entre tous ses camarades de combat. A l’opposé du bréviaire capitaliste qui ne sait dresser que les humains les uns contre les autres… 

Cette pensée accompagne désormais, au sein du mouvement communiste réunionnais, chacun de ceux et celles qui œuvrent à construire les bases d’une société réunionnaise libre, fière de son identité arc-en-ciel, de sa culture plurielle et de sa langue, autonome et forte dans ses relations avec les autres pays de l’océan Indien.

Kalouma


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