Spécial anniversaire Stella Matutina

Stella Matutina : écho des anciens de l’usine

Entretien avec... Arnauld Martin

21 juillet 2006

15 ans déjà ! Stella Matutina a 15 ans. 15 années passées à la valorisation de la mémoire réunionnaise, cela se fête ! Avec Arnauld Martin, Attaché de conservation au sein du musée saint-leusien, on pose un regard sur cette aventure qui commence en 1991. L’usine sucrière abandonnée devient musée.

À partir d’aujourd’hui et jusqu’à dimanche, le Musée de Stella Matutina à Saint-Leu convie les Réunionnais à son 15ème anniversaire. Pourquoi cette date et pas une autre ?

- C’est presque une génération si on y ajoute les années de fermeture (1978-1991). En une génération, on est passé d’une usine en pleine activité à une ruine, d’une mine à un musée agricole et industriel, et maintenant à un musée de la mémoire ouvrière. En si peu de temps, c’est beaucoup. Donc, il nous est apparu nécessaire de faire une pause, le temps d’une fête, de renouer avec les anciens, ceux qui ont connu la fin de l’usine, de parler avec les plus jeunes et de s’interroger sur demain.

Cet espace chargé d’histoires est très populaire. Quel regard portez-vous sur les années passées et...

- Le musée a largement contribué à ouvrir le regard des Réunionnais sur leur environnement culturel, social, économique, sur la valeur du travail accompli pour développer ce territoire. Le “grand regard” n’était pas qu’un slogan, c’était une ligne d’action pour amener les Réunionnais à s’interroger sur leur patrimoine, leur histoire et les défis de l’avenir. Le musée a marqué son temps, il était très novateur pour son époque (c’était un grand projet du Ministère de la Culture. Son architecture “contextuelle” était audacieuse, le recours au multimédia avant l’heure le plaçait à la pointe de l’innovation muséographique). Il a aussi “essaimé” : combien de musées associatifs, de maisons thématiques se sont créés à La Réunion depuis 1991, prouvant que Stella avait rempli sa mission de changer le regard sur les cultures de l’île ?

Ouvrir le regard des Réunionnais

... à venir ?

- Certains points forts vont se trouver renforcés (l’histoire des techniques notamment, car aujourd’hui, Stella offre de nombreux points de repères sur les questions du machinisme, de l’industrie, des énergies, approfondis par une analyse de type “développement durable”), d’autres vont être développés pour réintroduire entre les murs de l’usine la dimension humaine qui est peut-être ce qui, avec le temps, s’est le plus dilué. C’est pour cette raison que le musée répondra mieux aux attentes des anciens de l’usine et de leurs familles qui veulent y être plus présents. La scénographie (l’art de présenter un propos culturel ou scientifique dans l’espace) va être revisitée. Elle reflétera un nouveau projet scientifique et culturel, étape indispensable à la vie d’un musée, qui permet de redéfinir des axes stratégiques et de remplir 2 missions fondamentales : la rencontre avec les publics et la diffusion de connaissances scientifiques.

Ce lieu est devenu au fil des années outil “de témoignages, de découvertes, d’hommages et d’expositions”. Allez-vous consolider cette image ?

- L’usine structurait en très grande partie toute la vie sociale, culturelle, économique du quartier et de sa population. La dépendance des travailleurs vis-à-vis de l’usine, objet de conflits et parfois de rancœurs, était une donnée importante des relations des habitants avec l’établissement. Le musée étant un lieu démocratique par excellence, ouvert à tous, il se doit d’effacer ces divisions, en premier lieu envers ceux qui supportent dans leur voisinage cette grande structure un peu fantomatique. Deux souhaits pour un avenir immédiat : que les activités du musée soient plus ouvertes au public “de proximité” (expositions et animations, mais aussi travaux de recherche, de recueil, de témoignages etc...) et que le musée accueille plus facilement les activités culturelles du quartier. Une réciprocité qui va au-delà du bon voisinage, c’est un apport mutuel d’expériences et de connaissances. C’est aussi le sens des journées participatives imaginées par le Président Alain Armand qui ont une extension plus large que celle du seul quartier puisqu’elles s’adressent à toute la population réunionnaise.

Un lieu de paradoxes...

Stella Matutina est un lieu d’exposition pour notamment les scolaires. Allez-vous continuez ce genre d’initiative ?

- L’équipe pédagogique du musée s’attache à former les publics scolaires à devenir des visiteurs critiques et actifs, et non pas seulement des spectateurs passifs. Le musée est un lieu de paradoxes qui raconte une histoire avec des choses (les objets, les images, les sons). L’idée est que l’élève différencie bien la visite au musée du travail en classe et se forge un regard interrogateur sur ce qu’il voit : des témoignages matériels de l’Histoire, des points de repères pour comprendre, mais entre les points de repères, il y a des vides (ceux laissés par la dilution de la réalité avec le temps) qu’il doit s’efforcer de combler par sa propre réflexion, sa propre recherche, sa propre démarche de rencontre avec les témoins du passé... Le musée a aussi pour objectif, vis-à-vis des plus jeunes, de recréer du lien social et, intergénérationnel, de pousser à la recherche et à la critique. II n’est pas le lieu de présentation d’un savoir absolu, car chaque individu est porteur d’un savoir et de capacités qu’il se doit de cultiver. Le musée agit en tant que catalyseur.

Jean-Fabrice Nativel


o Stella Matutina, 15 ans de passions
Placé sous le signe de la mémoire réunionnaise, le Musée Stella commémore ses 15 ans d’existence les 21, 22 et 23 juillet. L’accès au musée sera gratuit sur les 3 journées.

- Retrouvez les visages de l’usine et, en avant-première, une sélection d’objets de la collection du musée.

- Des dégustations, des visites commentées, des démonstrations, des rencontres... : le cœur de Stella battra au rythme de La Réunion lontan.

o À découvrir de 9h30 à 17h30 sur les 3 jours
Stella : témoin d’une époque
Sous l’impulsion d’Émile Hugot, précurseur dans le monde de l’industrie sucrière, Stella a accueilli de nombreuses innovations techniques encore visibles dans le musée.

o Hommage aux hommes de l’usine

- “Visages de l’usine, portré travayèr tabisman”. Rencontre avec les anciens ouvriers de l’usine à l’entrée du musée.

- “Racines du futur”. Présentation des missions du musée à travers l’exposition d’une sélection de pièces de la collection du musée.

- “Histoire d’affiches !”. À découvrir les affiches des expositions temporaires de la création du musée à aujourd’hui.
L’avis du public : À vous de choisir celle à qui le musée donnera une place de choix sur le parcours muséographique.
“Prochain arrêt... Stella, Histoire des transports à La Réunion”

o Animations, les 21, 22 et 23 juillet

- 10h et 15h : Visites commentées du musée sur la canne et le sucre.

- 15h : Stands de dégustation, de démonstration du fangourin.

- La journée : Cachalot présenté dans les jardins de Stella, stands de vente de produits du terroir (conserves anciennes, confiseries, miel, confitures, terrines, condiments...)

o À ne pas manquer !
Vendredi
- 16h : conférence animée par Sudel Fuma, Historien de l’association Historun.
Thème : “La place de l’ingénieur Émile Hugot dans l’histoire du sucre”.

Samedi

- 17h : rencontre avec les anciens ouvriers de l’usine.

- 18h30 : Du séga au maloya, retrouvez les airs du temps lontan d’un bal “gravier” comme à l’époque de l’usine avec Margot et ses danseuses accompagnées de l’orchestre “Ambition créole”.

Dimanche

- 15h : rencontre et présentation du catalogue “Racines du Futur” et du film “Stella Matutina”.

- 16h : Distribution de boutures de cannes avec l’APN (Amis des Plantes et de la Nature).


Signaler un contenu

Un message, un commentaire ?


Témoignages - 82e année


+ Lus