Tartuffe, une mise en scène réussie par la Compagnie René Loyon

6 avril 2007

Mardi soir, le festival des Théâtrales invitait la Compagnie de René Loyon à présenter son Tartuffe sur la grande scène de Champ-Fleuri à Saint-Denis. Outre ce spectacle, les acteurs ont donné deux autres représentations de la pièce pour les scolaires.

Le jeu des acteurs redonne à cette pièce le souffle de ses mots.
(photo ODC)

Plus de trois cents quarante ans après sa création, Tartuffe arrive toujours à nous faire rire. L’universalité et l’intemporalité des thèmes constituent deux explications importantes de ce point de vue. Universel ? En effet, l’hypocrisie, la dévotion de façade de certains, les masques du désir, le poids de l’homme dans la vie courante restent encore le quotidien de nombres si ce n’est de toutes nos sociétés. Quant à l’intemporalité de la pièce, elle fait mouche. Néanmoins, pour qu’elle puisse conserver une telle pertinence, il faut plusieurs ingrédients. Tout d’abord, il faut citer le texte. Ce n’est pas pour rien que l’on parle de la langue de Molière. Quelle maîtrise ! Quelle capacité à dire, avec l’économie de l’alexandrin, la force de grandes idées ! Ensuite, il y a la capacité à occuper l’espace de représentation. C’est toute la grandeur du metteur en scène, René Loyon, que d’avoir adopté un décor dépouillé. A ce parti pris s’ajoute celui de vêtir les acteurs de façon moderne.
Enfin, il y a bien entendu le jeu des acteurs. Et celui-ci nous ravit. Constamment dynamique, il redonne à cette pièce le souffle de ses mots. On peut même déceler une double volonté de la part du metteur en scène. D’une part, certains aspects inquiètent ou entretiennent un climat presque angoissant. En effet, les acteurs sont de noir vêtus. Les rares meubles disposés sur la scène participent à ce climat. Le personnage de Tartuffe est bien interprété par Peter Bonke, doublé de son Laurent, muet mais qui en dit beaucoup plus par son jeu, notamment dans le registre de la contrition, contribuent à cette impression. Enfin, la musique qui, parfois, illustre le jeu des personnages, est particulière. A ce premier aspect, presque sombre de la pièce, René Loyon oppose les prouesses comiques de certains acteurs. Dans ce registre, Dorine (Chantal Mutel) tout comme Orgon (Dominique Boissel) sont particulièrement percutants. Bref, comme dans le texte original (acte II, scène 3), René Loyon propose au public de se faire « tartuffier ». Avec brio.

Matthieu Damian


Tartuffe ou la lutte contre la Compagnie du Saint-Sacrement

Tartuffe ou l’imposteur a été écrit en 1664 par Molière. Ce dernier souhaitait, par cette pièce, critiquer les agissements de la Compagnie du Saint-Sacrement. Celle-ci avait été fondée en 1627 par Henri de Levis, duc de Ventadour. Elle a très vite connu un succès considérable. Une telle croissance a été facilitée par le fait que Louis XIII et Richelieu ont été partisans de sa création. La Compagnie comporte à la fois des personnalités très prestigieuses, mais aussi des gens issus d’un rang social moins élevé. Néanmoins, du fait du contre-pouvoir qu’elle commence à constituer, elle est peu à peu combattue par Louis XIV. Si Molière joue la première représentation de Tartuffe ou l’Imposteur dans le château de Versailles en 1664, il ne pourra rejouer cette pièce jusqu’à la mort de la reine mère, Anne d’Autriche, en 1666, du fait que celle-ci défendait cette confrérie religieuse. Une fois cette dernière décédée, Louis XIV dissout la Compagnie. Alors, Molière fut à nouveau autorisé à jouer la pièce à partir de 1669.


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