FESTIVAL INTERNATIONAL DU FILM D’AFRIQUE ET DES ILES

’Temps d’avance’, un temps d’introspection sur soi-même

Le film à voir absolument au Festival ! Le court-métrage "Temps-d’avance" du réalisateur William Kally

1er octobre 2008

Vous aimez les films fantastiques, ’Temps d’avance’, ce court-métrage de 26 minutes ne va pas vous décevoir. Il vous entrainera pas à pas dans les tourments d’un jeune homme nommé Tambi Kansas, un jeune employé de banque qui se veut être « un homme moderne » en reniant son identité d’origine et sa langue maternelle pour en cultiver une autre. Auteur et réalisateur de ce court métrage William Cally signe là son premier coup d’essai cinématographique et il est plutôt réussi. Il pointe du doigt les divers contrastes que peuvent générer une double identité culturelle. Français/créole, langue créole/langue française. Comment construit-on sa personnalité autour de telles dualités ? Rejet, acceptation, acculturation, double identité... les choix sont multiples mais ils restent parfois douloureux.

Violent, percutant, époustouflant ce court métrage ne laisse pas indifférent. Qu’à-t-il d’aussi singulier ? « Il fait peur » nous disait une personne dans le public, « il fait peur à soi-même ». C’est quelque part un reflet de notre propre inconscient. Cet intrusion dans une intimité propre à soi, propre à l’image que chaque individu projette dans la société est mise a nue. Tel un rapport de force permanent, culture dominée et culture dominante s’affrontent. Le tourment tourne au drame lorsque la mère de Tambi Kansas meurt et qu’il lui faut renouer avec son passé. Qui suis-je ? Cultivant les paradoxes, tel un pénible accouchement de l’âme, le réalisateur joue habilement avec une personnalité enclin à une terrible souffrance. Pénétrant dans les murs ancestraux d’une vieille usine, Tambi est conduit à rencontrer un étrange personnage. Entre cauchemar et réalité, entre refoulement et dénigrement, son angoisse atteint son paroxysme. Tambi retrouvera-t-il sa liberté ?

« Ce film est avant tout un rêve, une utopie »,
déclare le réalisateur William Cally. « Il cherche d’emblée à susciter des réactions et à provoquer. Il veut exprimer un inconscient collectif. Pourquoi temps d’avance ? A chacun son interprétation, c’est le sentiment que le héros peut avoir par rapport à sa famille quand il déclare "je suis un homme moderne". Ce film traite en priorité du rejet de l’identité créole pour l’identité française. Ce que j’ai voulu mettre en avant c’est que l’on n’abandonne pas ce que l’on est pour devenir quelqu’un d’autre.

Cette violence qui émane de ce court métrage ne tue t-elle pas justement cette identité ? L’identité est t-elle synonyme de violence ?

- Pour ma part, la violence qui se dégage de ce film est nécessaire, c’est une violence qui choque et ce genre de scénario demande des situations extrêmes, c’est le signe qu’un travail intérieur est en train de ce réaliser. L’un des autres messages forts de ce film c’est que l’on a le droit d’être fier d’être créole autant qu’on est fier d’être français. Il faut être fier de cette double identité.

Comment est-ce vous avez procédé au traitement filmique ?

- "Temps d’avance" constitue une fiction qui privilégie des orientations visuelles, en termes de lumières, de décors et de costumes susceptibles d’exprimer une symbolique de la fracture, une tension dramatique et une atmosphère d’angoisse... il s’agit de produire un contraste symbolique entre la lumière froide des scènes d’intérieur urbaines et la lumière chaude des scènes d’extérieur... les décors soulignent eux aussi, l’idée d’une fracture entre le monde urbain et le monde du dehors...

 Sophie Bélim 


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