Soirée hommage Alain Lorraine

« Tienbo le rein camarade »

26 octobre 2006

Mardi soir, l’auditorium de la médiathèque Benoîte-Boulard ne comptait plus son monde, tellement la soirée hommage à Alain Lorraine a été un franc succès. Interactive, cette soirée a été plusieurs fois ponctuée de témoignages poignants, de lectures étincelantes et de maloya traditionnel, comme dans la kour.

Les amis d’Alain Lorraine, organisateurs de la manifestation, ne pensaient voir autant de monde pour cet hommage. Presque une centaine d’amis d’Alain Lorraine, c’est peu dire. “Paille en queue” pour mise en bouche, tifine poétique offert de Patrice Treuthard toujours accompagné de son fidèle kayanm. « C’est un texte qui ressemble à Alain, et que je dis pour ouvrir les kabar », confie Patrice Treuthard, maître des kabar, diseur de mots sorciers.
Frédérique Hélias, auteur de "Les nouvelles formes de la poésie réunionnaise d’expression créole", reviendra elle sur l’actualité des idées d’Alain Lorraine, directement transposées dans ses écrits. Le poète, engagé, n’a pas manqué de triturer l’écrit, révélant l’homme réunionnais sur toutes ses coutures, longtemps brodé. Alain Lorraine saura dire, même crûment, sans méchanceté aucune, les défaillances de la société réunionnaise. Son œuvre transpire de cette volonté de liberté, de reconnaissance de la valeur réunionnaise, de sa culture, de sa langue, et consorts.
Au fil des témoignages, Michel Reynolds, Alex Maillot, Marc Kichenapanaïdou, Ténor, José Macarty, ont révélé le grand homme, philosophe, infatigable penseur, humble, poète, écrivain, journaliste, défenseur des nobles causes, des va-nu-pieds, des Réunionnais, de la race humaine. Aujourd’hui encore il importe de mettre en valeur les œuvres de ce personnage.
Alain Lorraine a aujourd’hui son nom sur la devanture de deux écoles, au Moufia et au Port. Saluons la détermination d’Yvette Duchemann, qui la première avait déplacé des montagnes pour que son école du Moufia porte le nom du grand artiste. M. Ténor, saint-leusien, peut-être le dernier à s’être entretenu avec le poète-écrivain, notait que son ami artiste méritait même de voir son nom porter par un lycée. Pourquoi pas ? espérons surtout que l’on soutiendra l’initiative de Jean-François Reverzy qui souhaite publier l’intégralité des œuvres d’Alain Lorraine. Nous jubilons d’avance.

Un kabar defé

Saluons également tous les artistes qui sont venus participer à cette soirée hommage. La bande à Enot avec leur maloya le kèr, Patrice Treuthard bien sûr et ses mots arrachés en vol, Yvette Duchemann, François Baptisto, Babou B’Jalah, et tant d’autres. Surtout, les spectateurs relèveront la prestation incroyable de deux jeunes lectrices, invitées de Marc Kichenapanaïdou, sa fille Lorie et Aurélie Honoré. "Enfants" et "Black sur black", deux superbes textes de l’auteur, ont été scandés avec tellement d’émotion, qu’on croyait sentir la présence d’Alain Lorraine. Sans exagération, on sait que la jeunesse n’a pas tout oublié. En tout cas, belle performance, qu’il importait de saluer vigoureusement. Chapeau bas les filles. Cette soirée s’est achevée sur une note d’espoir. Peut-être que les amis d’Alain Lorraine se regrouperont en association, pour faire vivre la mémoire de l’auteur. Avis aux intéressés. Affaire à suivre.

W.T.


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