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“Mi Koz Kréol” ou débat social sur la langue
28 octobre 2006

A l’occasion de la journée internationale du créole, RFO Télé diffuse aujourd’hui à 13 heures 30 un film documentaire de André Waksman “Mi Koz Kréol”. Un film événement qui a le mérite de soulever les questions de la place et de l’avenir de la langue créole dans notre société en laissant la libre parole à des avis divergents, loin des débats passionnés d’autrefois mais dans le respect du ressenti de chacun.
En s’intéressant au créole réunionnais, le réalisateur André Waksman qui a déjà produit des documentaires sur les langues minoritaires, élargit là son champ de vision à une langue vivante en constante évolution. Depuis 30 ans, la mise en place d’une littérature créole en est une des démonstrations. Il a confié aux écrivains, Daniel Vaxelaire et Daniel Honoré, le soin d’encadrer son film en sollicitant les témoignages de Réunionnais, impliqués ou non dans la défense de la langue, pour parler de la place du créole réunionnais dans notre société actuelle, de la perception et du vécu que chacun peut avoir de sa langue maternelle.
À coeur ouvert
Selon Daniel Honoré, les gens ont accepté facilement de s’exprimer, si bien que l’on aurait pu tirer de tous ses entretiens au moins deux documentaires. Le tournage s’est étalé sur une semaine, à la rencontre des interlocuteurs, chez eux, dans les classes, lors d’un pique-nique à Mafate... « Les gens ont parlé avec leur coeur, témoigne l’écrivain. Ceux qui aiment le créole l’ont dit très ouvertement comme ceux qui sont contre l’utilisation du créole. » Et c’est en cela que ce film est important car il montre que loin des débats passionnés et politisés des années 70, l’on peut aujourd’hui s’essayer à parler de la langue créole plus sereinement, se confronter à la position de chacun sur la question.
Pour ou contre l’apprentissage du créole à l’école, sa codification, son écriture, son emploi et son enrichissement : la question de la langue ne se confine pas à la sphère intellectuelle et cela doit être rappelé et montré. La langue est un bien partagé. Chaque Réunionnais a un avis, porte un regard différent sur sa langue maternelle et c’est en cela que ces 52 minutes de témoignages amorcent le débat social qui doit nourrir la réflexion sur la place et l’avenir du créole réunionnais, aux côtés, de l’autre langue des Réunionnais, le français. « On a deux langues, on ne peut se couper d’une ni des deux », soulignera Daniel Honoré. Et c’est important là aussi de le rappelait : pro-créole ne signifie pas anti-français !
« Changer les représentations »
Mais c’est encore un des préjugés qui a la vie dure que d’imaginer le défenseur de la langue créole comme un militant “maximaliste” qui s’oppose par-là au français. Le maloya, interdit dans les années 70 car accusé de troubler l’ordre public avec des idées anti-françaises, est diffusé aujourd’hui sur les ondes... On a bon espoir ! De la même façon, ce film met en lumière une série d’idées reçues : le créole réunionnais est grossier alors que le français est la langue de la politesse ; il est inutile de vouloir enseigner le créole aux créolophones ; le créole ne favorise pas l’intégration professionnelle... Pourtant Alain Armand, auteur du “Dictionnaire Créole Français” 1987, s’exprime devant la caméra, en créole, de son bureau du Conseil Régional ou il est délégué à la culture !
D’autres témoignages font échos à ces a priori : le français est bien enseigné aux francophones ; même avec un Bac et plus, la maîtrise du français n’assure pas forcément un emploi... Marie-Jo Lo-Thong, de la DRAC, pense qu’il est « important d’exprimer son ressenti en créole, sans pour autant se poser la question de la grammaire », alors que Frédéric Célestin de l’association Mèt Ansanm estime qu’il est important de travailler à l’aménagement de l’écriture pour mettre les deux langues, créole et français sur un pied d’égalité et ainsi « changer les représentations des gens sur leur propre langue. La créole n’est pas un patois, les Réunionnais ne sont pas sans langue et sans culture. »
La langue comme un ciment
Que ce soit pour l’équilibre des enfants, « créer une génération capable de tenir le pays », pour un mieux-vivre ensemble, pour protéger la mémoire réunionnaise, nourrir sa culture, pour la valoriser... les raisons de défendre la langue sont nombreuses mais pas toujours partagées ou du moins discutées. Les gens se sont décomplexés et parlent beaucoup plus librement en créole. Une étape importante est franchie mais une forme de timidité, pour ne pas dire de honte persiste. Pourquoi sinon employer le français devant la caméra si ce n’est pas par peur du regard et du jugement d’autrui ? Pourquoi laisser la créole à la porte des bureaux et des administrations ? Axel Gauvin qui prône les « Indispensables compromis » rappelle que « le mépris de la langue amène au mépris de la personne. » Le bilinguisme est un enrichissement formidable si ce n’est qu’aujourd’hui nous sommes dans la diglossie. Les élèves ont du mal à dissocier français et créole, le maillage des deux langues conduit à l’interlangue, à la diglossie. C’est un constat de terrain dressé par de nombreux enseignants, oui mais... il faut convaincre. L’avenir de la langue ne se construira qu’ensemble. Ti pa, ti pa, alon démay la lang, koz su él in kou. Kinm nou lé pa dakor, na tash manièr trouv in laranzman !
Stéphanie Longeras
Rapport sur les riches publié par l’Observatoire des inégalités
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