Retour sur l’hommage aux ancêtres morts sans sépulture, le 2 novembre à Saint-Louis -1-

Tout être humain a droit au souvenir

7 novembre 2025, par Pascal Basse

Le 2 novembre a eu lieu un hommage aux ancêtres morts sans sépulture au cimetière du Gol à Saint-Louis, dit « cimetière du Père Lafosse » ou « cimetière des âmes perdues ». Pascal Basse, de la section PCR de Saint-Pierre, est intervenu, voici la première partie de son intervention.

Bienvenue aux amis et camarades venus nombreux, en cette période de célébration de nos morts, rendre hommage et perpétuer la mémoire des ancêtres ce matin, au cimetière du Père Lafosse, le cimetière où ce prêtre avait décidé de donner une sépulture à ceux qui n’en avaient pas, les esclaves, un cimetière pour les âmes perdues.
Vous avez certainement croisé une stèle sur votre parcours, stèle inaugurée par Paul Vergès en 2009. Elle dit ceci : « Des centaines de milliers d’enfants, de femmes et d’hommes ont été arrachés à leur terre natale pour être mis en esclavage sur cette île, de la fin du XVIIe siècle jusqu’à l’abolition de 1848. Le Code noir les réduisait à l’état de « biens meubles » (des objets). L’esclavage colonial les a privés de sépulture et a effacé toute trace de leur présence. Tout être humain a droit au souvenir. Par ce monument nous réparons cet oubli. Nous rendons hommage à leur vie, à leur courage et à ce qu’ils nous ont légué. » Tout est dit : vous êtes ici sur un lieu de mémoire, un lieu de témoignage et de transmission de la mémoire de l’esclavage, c’est à dire de la mémoire de tout un peuple, celui de la Réunion.

Elie Hoarau, président du PCR, a participé à la cérémonie.
Elie Hoarau, président du PCR, a participé à la cérémonie.

Le message du Père Lafosse à la société coloniale esclavagiste

En attribuant aux esclaves, même symboliquement, une sépulture dont ils étaient privés, le père Lafosse envoie en ce début de XIXe siècle un message fort à la société coloniale esclavagiste : ces personnes dont les conditions de vie, dont les conditions de mort, sont inhumaines, ces personnes sont des êtres humains. Et il faut dès lors leur restituer leur place dans la condition qu’elles n’auraient jamais dû quitter, la condition humaine.
Qu’est ce que donner une sépulture veut dire ? On sait qu’il y a 100 000 ans déja, Sapiens et Néandertal enterraient leurs morts quand ils le pouvaient, ils etaient nomades. Mais c’est quand Sapiens devient sédentaire, 9000 ans avant notre ère, que la pratique de la sépulture devient systématique : enterrer ses morts, c’est les protéger des charognards, protéger le corps et l’âme, c’est aussi leur attribuer un espace dédié pour y célébrer leur souvenir et leur rendre hommage. C’est ce que nous faisons ensemble aujourd’hui.
Ce cimetière voulu par le père Lafosse, prêtre lazariste et donc membre de la congrégation fondée par Saint Vincent de Paul, le défenseur des pauvres, est aujourd’hui un lieu de mémoire, celui de l’esclavage et de ses horreurs, pour ne pas reproduire. Un lieu de mémoire où l’on dénonce le crime de ce qu’on a tenté de leur enlever, leur humanité, un crime contre l’Humanité.

D’où venaient et comment vivaient les esclaves à La Réunion ?

Ces esclaves d’où viennent-ils ? Pour la plupart ils ont été arrachés à leur pays, près des côtes africaines et indiennes, sur la trajectoire des va-et-vient des navires de la Compagnie des Indes orientales le plus souvent. Des Ouolofs embarqués à Gorée, des Yoroubas du Golfe de Guinée, la tristement célèbre « Côte des esclaves ». Plus tard des esclaves de Pondichery et de Chandernagor, les comptoirs français des Indes. Et de plus en plus, proximité oblige, des populations de la côte orientale de l’Afrique, du Mozambique à la Tanzanie via Zanzibar. Plus près de la côte nord orientale de Madagascar, les Betsimasarakas, puis les Merinas des plateaux.
Qui sont-ils ? Pour l’essentiel des hommes, recherchés pour leur force de travail, mais aussi des femmes, et des enfants. A l’arrivée du père Lafosse, 1875, certains vivent/survivent sur l’Ile Bourbon depuis trois où quatre générations. Rendus esclaves ils sont mis au travail très tôt, vers six à huit ans, jusqu’à très tard, souvent jusqu’à leur invalidité, usés par des journées de travail du lever au coucher du soleil, toute une vie. Maltraités, mal nourris, des corps meurtris par une exploitation forcenée, sensibles à la moindre épidémie. Des humains soumis aux cadences forcées, à la dangerosité des machines, à l’arbitraire des maîtres et des petits chefs, aux coups de shabouk du komander…

(à suivre)

Pascal Basse

A la Une de l’actuParti communiste réunionnais PCR

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