Trait d’union entre deux îles sœurs

28 juin 2008

Ce soir, la musique va reprendre ses droits sur le Barachois. On fête l’indépendance malgache. C’est surtout une formidable occasion de porter nos yeux sur nos origines. Personne ne peut nier notre affiliation avec la Grande Île, et son histoire.

Depuis 2002, c’est devenu une habitude. Les Réunionnais participent aux célébrations. De notre petite capitale, on commémore l’indépendance malgache. Rien n’aurait été fait sans le travail de la diaspora Malgache installée à La Réunion en son ensemble, mais surtout de l’implication avisée du Collectif pour Madagascar. Ce collectif porte la voix des amis de Madagascar. Nous sommes nombreux à vouloir améliorer l’image de l’île rouge auprès des Réunionnais, des Français. Faire une fête, et surtout en pareille occasion, n’est pas seulement donner de la voix, chanter, danser, fêter pour fêter. Espérons que cela incite les Réunionnais à plus de partages, de coopérations, d’échanges avec les Malgaches. Rappelons que l’histoire de notre île est absolument associée à celle de Madagascar. Le président du Collectif pour Madagascar déclarait « Il y a 62 ans, La Réunion optait pour la départementalisation, tandis que Madagascar luttait pour son indépendance. Malgré cette divergence dans le choix de leur destin, Madagascar et la Réunion continuent d’écrire leur histoire commune, une histoire commencée depuis 1665, soit près de cinq siècles ». Doux rappel historique ! A l’heure où le gouvernement installe l’Observatoire de l’Immigration, alors que l’on tolère passivement une politique migratoire faite de chiffres et d’expulsion massive, sommes-nous de ceux qui contribuent à l’intégration de nos frères et sœurs malgaches sur leur terre d’accueil ? Il est toujours bon de relever le débat. Bon nombre viennent le temps d’une soirée profiter de l’originalité culturelle malgache. Alors que Madagascar nous concerne tous les jours. La fête se déroule sur une place remplie de symboles, nourrie à chaque fois par l’espérance de la liberté. Aidons ouvertement tous les Malgaches à arriver à la liberté économique !

Henri Bourhis : un exemple au-delà du musical

Pour la 7ème édition de la Fête Malgache du Barachois, attendez-vous à de grandes découvertes. Chants et danses traditionnels des pays Betsileo, Androy, Betsimisaraka, Merina, Sakalava, Antakarana. Mais aussi du rock malgache, des ensembles vocaux, du kilalaky, du maloya. Baster sera de la partie. Les fans de Tiana pourront la retrouver avec son caducée musical. Pour les amateurs de kilalaky, le groupe Tsiliva sera également présent. Trois têtes d’affiches, qui devraient attirer bon nombre. Après, sachez que le Barachois accueillera 110 artistes.
De 18 heures à 2 heures du matin, ce sera donc une fête pleine de sonorités, malgaches, réunionnaises. Il faudrait avoir un rendez-vous important pour rater cet événement. En tout cas, vous avez tout le temps pour vous y rendre. Comprenez que je n’étalerais pas toutes les formations invitées pour la Fête Malgache du Barachois. Je commencerais par m’attarder sur un exemple réunionnais, un symbole vivant de l’amour porté par un réunionnais pour Madagascar. Henri Bourhis est un musicien de talent, qui trouvera sa vocation musicale à Tamatave auprès d’une Tante, qui le berce de notes de musique. Il joue de tout, de la guitare, du piano, du violon, du bandonéon. Mais, l’accordéon restera son compagnon de toujours, grâce à son maître, Joseph Técher. Sur son chemin de grand artiste, il côtoie des artistes tels que le pianiste René Audrain, les accordéonistes Verchurenne, Horner, Privat, ou encore Jean-Jacques Debout, Nicoletta. Le Roi du séga Luc Donat intégrera même son Tropic Jazz, la formation musicale qu’il a créée. Jeannot Rabeson l’accompagnera au piano.
De 1963 à 1980, les musiciens épuisaient leur répertoire dans son restaurant dionysien Le Bosquet. C’est ainsi qu’il apporte sa pierre à la coopération régionale entre les deux îles, en développant l’achat de produits frais de la mer avec Madagascar. Un grain de sable innovateur dans la coopération, vous dis-je, mais ô combien révélateur de son souci de travailler avec la Grande Île. Devenu professeur de piano et d’accordéon, il donnera à de nombreux collégiens de Salazie la passion de la musique, comme d’ailleurs il la transmettra à sa fille Nicole, aujourd’hui professeur de piano. Bref, C’est un véritable trait d’union intergénérationnel, un véritable trait d’union entre deux îles qu’il chérit. C’est un artiste que vous pourrez redécouvrir, ou heureusement découvrir. En tout cas, à ne surtout pas louper.

Na di ankor ...

Le groupe Nady a fait ses débuts lors de la fête malgache du Barachois de 2004. 4 ans après, les cinq artistes viennent nous étaler le panel des cultures musicales de la Grande Île. Ils sont venus déjà à trois reprises. Chaque fois, ils nous ont surpris avec des nouveautés, changeant de registres facilement, pour nous présenter les différents chants et danses traditionnels malgaches, et les vertus du Hira Gasy. Vous entendrez alors la douceur du Kabary, le discours poétique, orné de Hainteny, de proverbes malgaches, clamé toujours avec facilité et façons. C’est à se demander d’où nous vient notre Kabar décousu, alors qu’un exemple empli de traditions nous rappelle où notre langue trouve aussi son origine. Musique Maestro ! Mais que l’on clame aussi. Mé n’a di ankor, nana ankor po fé. Il y a tellement à faire pour nos cultures. Nady a compris. Il faut défendre, valoriser, afficher fièrement, nos originalités, nos cultures, nos langues, nos danses, nos vives couleurs. Allons enfants ? Que cette fête nous rappelle à l’essentiel. Travaillons de concert pour aider au développement de Madagascar. Soutenir son développement, c’est aider le nôtre.

Bbj


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Témoignages - 82e année


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