Hommage

Un album de famille pour les Mafatais

7 décembre 2005

Le moment était empreint d’émotion jeudi dernier à Mafate. Jean-Philippe, auteur de ’Vivre à Mafate lontan’, a distribué son ouvrage à chaque foyer de l’Ilet à Bourse. Désormais, les Mafatais ont un bel album de famille.

Jean-Philippe est intarissable lorsqu’il parle de Mafate. Mafate l’habite. Mafate, c’est une partie de sa vie. Il a ancré dans son cœur et dans sa mémoire les moindres détails de centaines d’anecdotes qui parfois l’émeuvent ou le font rire jusqu’aux larmes. Pour lui, métropolitain, fraîchement débarqué de métropole en 1976, la découverte du cirque était la rencontre avec un univers jusqu’alors inconnu. "C’était le silence total, l’immensité verte. Le choc était esthétique et affectif. J’ai imprimé en moi les regards et les visages des gens. J’étais fasciné", note-t-il.
L’expérience mafataise l’a encouragé à se lancer dans plusieurs projets concernant le cirque, dont la photographie des scènes de vie et des personnages du cirque. Ces photographies ont donné lieu à la publication d’un ouvrage en novembre 2005, "Mafate lontan". Cette troisième œuvre clôture en fait le volet "Vivre à Mafate" de Jean-Philippe.
Hier, parrainé par l’association Lacaze, porteur du projet "Vivre à Mafate", Jean-Philippe a distribué à chaque foyer de l’Ilet à Bourse, un exemplaire de son ouvrage. Des enfants, heureux gagnants d’un concours de dessin, et représentant les autres Ilets de Mafate se sont également vu offert ce bel album. Au total, ce sont près de 300 ouvrages, acheminés par hélicoptère, qui sont réservés aux habitants du Cirque. Un inventaire nominatif a été réalisé : plus de 270 familles ou personnes du cirque, figurants sur les photos, auront ces prochains jours leur livre de photographies.
"J’ai voulu rendre à ceux qui m’ont fait confiance, des moments de leur histoire. Il y a des épisodes qui datent de plus de 25 ans. Aujourd’hui, je peux les restituer sans retenue. Je suis heureux de renvoyer à ces gens qui m’ont tant marqué, leur propre image et cette intimité qu’ils m’ont si généreusement dévoilée. Ce livre est leur livre C’est leur album de famille", explique Jean-Philippe, avec passion.

Un cadeau de Noël

Certains des Mafatais pris en photos ont disparu... D’autres, à l’instar de Luçay Thomas, sont devenus des adultes. "J’avais 10 ans lorsqu’il m’a pris en photo. Aujourd’hui, j’en ai 30 et je suis pressé de me replonger dans cette époque", confie-t-il. Lucile Thomas est quant à elle heureuse de pouvoir grâce à cet ouvrage, conserver un peu de son passé. "À l’époque, on n’avait pas d’appareil photo. Je n’ai gardé aucun souvenir matériel des moments passés. Ce livre est un vrai cadeau de Noël. J’espère avoir la surprise de voir une photo de moi", déclare-t-elle.
Pour Roland Ah-Kang, de l’association Lacaze, le projet de Jean-Philippe est intéressant, dans la mesure où il retrace et rend hommage au patrimoine réunionnais. En effet, les photos les plus anciennes datant de 1979, et les plus récentes, de 1989, sont les témoins d’un autre temps, d’un autre vécu, mais aussi, d’une autre forme d’architecture, qui hélas, se perdent aujourd’hui. Thomas Krejbich, commissaire à l’aménagement des Hauts espère que l’ouvrage de Jean-Philippe interpellera les Mafatais sur les images du passé et "les amènera tout doucement à retrouver cette authenticité d’antan, qui tend à se perdre". Plus globalement, il souhaite que chaque ilet conserve son originalité et son identité au lieu de s’uniformiser.
D’autres photos de Mafatais en noir et blanc, prises par Jean-Philippe, feront bientôt l’objet d’un autre ouvrage. Cet amoureux de Mafate prévoir également d’organiser une exposition de ces photos en noir et blanc l’année prochaine, et de lancer sur le cirque, un projet d’écomusée, qui sera peut-être générateur d’emplois. Enfin, il ambitionne d’ici 3 ans de transférer sur des DVD ou des cassettes vidéos, avec l’aide de l’association Lacaze, des diaporamas en fondu enchaîné et stéréophonique (réalisés sur Mafate). Les DVD seront ensuite de restituer aux habitants du cirque.
On l’aura compris, Mafate a marqué à vie Jean-Philippe. Et pour lui, la "cicatrice" n’aurait pu être plus belle.


Mieux gérer les déchets

La distribution des ouvrages de Jean-Philippe était également l’occasion pour le comité Mafate de se réunir et d’organiser différents ateliers de travail, notamment sur les déchets et l’éducation. Actuellement, le cirque de Mafate doit gérer 400 tonnes de déchets ce qui revient à 1.000 euros par an la tonne traitée (soit 400.000 euros). Pour l’État, le TCO et l’office national des forêts, l’idée est de réduire ces coûts à 100.000 ou 140.000 euros.
Franck Olivier Lachaud, secrétaire général de la Préfecture, annonce qu’une première rencontre le 8 novembre dernier a permis de mettre au point deux solutions pour régler le problème du dépôt de déchets dans le cirque. La première concerne l’enlèvement du stock d’ordures et la seconde, une meilleure optimisation et rentabilisation des rotations effectuées par les hélicoptères sur le cirque. Lors d’une autre réunion, prévue le 9 décembre, ces mesures seront validées. Par ailleurs, Franck Olivier Lachaud a annoncé qu’une réglementation de l’accès des hélicoptères sera bientôt instaurée sur la Nouvelle et s’étendra progressivement sur les autres Ilets.
Concernant le chapitre de l’éducation, Daniel Gilly, recteur adjoint, indique que l’académie de La Réunion œuvre afin "de rompre l’isolement" des petits Mafatais. Ainsi, elle compte procéder à l’installation de lignes téléphoniques fixes dans les écoles (Mafate compte 8 établissements scolaires et 125 élèves), afin de permettre aux élèves d’accéder à Internet. Des classes de découverte sont organisées à l’attention de ces enfants sur le littoral. Et enfin, la semaine prochaine, 23 élèves du cirque entameront un voyage pédagogique en Afrique du Sud. Leur déplacement est financé en grande partie par le rectorat.


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