Natalie Afendikov

’Un an après, j’émerge enfin... ’

19 juin 2006

Natalie Afendikov est peintre à la ravine des Lataniers, artiste du genre “bohême” par choix de vie. Victime de l’aedes albopictus en mai 2005, elle pense aujourd’hui que la maladie, en accentuant son isolement - d’ordinaire, plus relatif - a été à l’origine d’une dépression et d’une remise en question fondamentale : de son mode de vie, de son art et de son statut d’artiste...

"C’est difficile à quantifier, la dépression", dit Natalie Afendikov, installée dans l’unique pièce de la kaz où elle vit depuis 12 ans. Une cuisine-salon avec des ouvertures de part en part et une chambre en mezzanine. Des toiles accrochées aux murs côtoient les casseroles. Volontairement retirée, elle vit l’art plutôt comme une ascèse et pensait à une vie d’ermite, quand elle a trouvé ce coin de paradis caché en fond de ravine. Remarquée par les connaisseurs après quelques expositions faites à son arrivée, elle a choisi de pratiquer son art sans rien demander à personne, et surtout pas aux institutions. "Je crois que les jeunes d’aujourd’hui, on leur apprend aux Beaux-Arts à construire leur concept de l’art et à le vendre. Moi, je n’ai pas eu ça... ".
Elle a en revanche une approche plus intuitive, qui souligne l’aspect spontané de la création et ne l’a jamais enrichie matériellement.
On peut s’en passer. "Je “tenais” avec les classes APAC et une ou deux expositions dans l’année", dit-elle.
Les gens qui ont ce genre de vie non seulement sont rarement aidés par les organismes sociaux (ASSEDIC, CAF, etc...) lorsqu’ils croisent leur route, mais peuvent même être facilement mis sur la touche.
Natalie Afendikov se démène depuis avril dernier avec une administration dont elle qualifie les interventions dans son quotidien de "violentes". Parce qu’elle a déclaré 1.800 euros de vente d’œuvres une année, on lui réclame plus de 2.500 euros de RMI “trop perçu”, parait-il !

Isolement et dépression

Mais le plus important pour elle est d’être sortie de la dépression où l’a plongée la maladie, en mai 2005. Elle a gardé de cette époque le croquis d’une personne “aux os cassés”. "À cette époque, on ne savait presque rien de la maladie, chacun l’écrivait comme il pouvait et on n’en entendait jamais parler. Heureusement, il y a eu le voisinage", dit-elle.
Le quartier comptera plus de 80 malades qui s’entraident et se soignent comme ils peuvent. Ils ne seront destinataires d’aucune distribution de spirales ou de produits anti-moustiques.
Lorsqu’elle est contaminée par le virus, Natalie Afendikov préparait une exposition pour la gallerie Art’sénik : elle réduit le volume des œuvres à livrer.
"Au début de la maladie, c’était impressionnant : les jambes qui ne bougent plus, la goutte, les plaques éruptives... On voit ça chez les personnes âgées ! Je viens d’apprendre que la chute des cheveux, ça vient de là aussi... J’en perdais beaucoup". En octobre 2005, elle avait encore des boules aux articulations.
La solidarité du quartier l’empêche de sombrer complètement, mais elle réalise combien la maladie accentue sa solitude et fragilise son statut. "Je suis allée très loin dans la remise en question et, depuis, j’envisage de travailler sous contrat", dit-elle aujourd’hui.
Il y aurait beaucoup à dire sur la façon dont notre société marginalise ceux des artistes qui n’entrent pas a priori dans une démarche de captation des fonds publics ou privés - l’utilisation faite du 1% culturel, géré très souvent par les architectes ou capté par des artistes plus visibles ou plus commerciaux, la faiblesse voire l’inexistence des commandes publiques, le caractère aléatoire des commandes privées...
La maladie a révélé ce contexte de façon très crue. Depuis sa maladie, Natalie Afendikov se demande quelle considération "l’État a de ceux qui travaillent dans la culture".
Elle s’en fait, pour elle-même, une certaine idée, et depuis environ 2 semaines, après une très violente céphalée qu’elle attribue au chikungunya et qui lui a fait une belle frayeur, elle a recommencé à peindre. "Là, ça y est, j’émerge... Un an après !".

P. David


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