“Ati-Damba”, une cérémonie au sommet du Dimitile ce dimanche

Un hommage aux ancêtres marrons

9 décembre 2006

Cinq associations malgaches et réunionnaises invitent ce dimanche la population à se munir de ses chaussures de marche pour se rendre au Dimitile. Se retrouver dans ce lieu naturel grandiose, où ont survécu des chefs marrons emblématiques, pour y déposer un “lamba” symbolique, en signe de reconnaissance et de respect de ces ancêtres longtemps ignorés. Pas à pas, les associations espèrent que le travail de mémoire fera son chemin dans la société réunionnaise.

Le 20 décembre arrive, et certaines associations ont voulu prendre les devants. Rendre hommage à ces marrons, Dimitile, Laverdure, Cimendef, Marianne, Heva, dont quelques noms sont parvenus jusqu’à nous, et à tous les autres inconnus. Pour cela, 5 associations ont décidé de se retrouver ce dimanche matin pour gravir le Dimitile, haut lieu du marronage de l’île : l’association Capitaine Dimitile de l’Entre-Deux, l’association Miaro de Sainte-Clotilde, une association de Saint-Benoît, Zazakely Gasy, ainsi que 2 associations du Port, Tradition Salegy et Ravinala. Elles invitent évidemment tous ceux qui sont attachés à ce passé pas si lointain à se joindre à cette initiative.

Redonner aux marrons les honneurs funéraires auxquels ils ont droit

Loin d’être une simple commémoration, “Ati-Damba” prend un sens particulier dans la culture malgache. « Ati-Damba consiste à remettre un lamba, c’est-à-dire un linceul, de façon solennelle et rituelle aux ancêtres marrons qui étaient souvent d’origine malgache et qui n’ont pas pu rentrer dans le processus d’ancestralisation », explique Charlotte Rabesahala, Anthropologue et membre de l’association Miaro qui œuvre pour une meilleure connaissance des langues, des cultures et des civilisations de l’océan Indien. Les ancêtres marrons étaient donc victimes de cette sanction culturelle terrible : ne pas pouvoir retourner sur leur terre natale et ne pas espérer reposer en paix à leur mort, faute de bénéficier des honneurs funèbres, ni même parfois d’une sépulture.
Cette cérémonie est également l’occasion pour tous les descendants de manifester ce que les Malgaches appellent le « fihavanana », à savoir la solidarité et la fraternité envers tous ceux qui se sentent concernés par l’histoire des marrons. « Les descendants souffrent, parfois inconsciemment de cette absence de reconnaissance du vécu malgache. Cette cérémonie n’a rien de touristique, elle s’adresse à ceux qui ont envie de faire cette rencontre avec les ancêtres marrons », souligne Charlotte Rabesahala.

Au-delà de la cérémonie, diffuser la culture malgache encore méconnue

Et rencontrer les ancêtres marrons, c’est aussi venir à la rencontre de cette culture malgache méconnue à La Réunion et qui, pourtant, est à l’origine de notre société. « C’est vrai, l’ancestralité se vit encore mal à La Réunion, reconnaît l’anthropologue, en partie parce que les gens ne connaissent pas la culture malgache. Elle est trop souvent associée au négatif. Quand on évoque la cérémonie, le service malgache comme on dit ici, c’est trop souvent synonyme de sorcellerie. Les gens ont peur de cette culture et de l’accusation de sorcellerie. Or, la cérémonie que nous organisons témoigne de la manière de vivre des ancêtres. La tradition malgache de recueillement, l’homme face à la nature et à la divinité ». La cérémonie se déroule ainsi au Dimitile parce que dans la culture malgache, la quête spirituelle ne se réalise que dans les lieux élevés, et le Dimitile est le lieu emblématique de ce refus de l’esclavage.
A préciser que “Ati-Damba” n’est pas réservé qu’à ceux qui se réclament de descendance malgache, et encore moins des marrons. D’ailleurs, souligne Charlotte Rabesahala, « souvent, les personnes ne connaissent pas leur origine. A travers les marrons, on essaie de se retrouver. Ils sont le symbole de ceux qui ont reconquis leur intégrité humaine, des gens qui ont choisi d’exalter leur être, les plus “dignes” parmi les esclaves, et à travers eux, nous ciblons aussi ces derniers. Il ne s’agit en aucun cas de rejeter les esclaves qui n’ont pas pu s’affranchir ». Ce qui est certain, assure la représentante de l’association Miaro, c’est que cette 3ème édition de “Ati-Damba” répond à une demande de la population, à « une souffrance latente des gens ». Il y a 2 ans, une centaine de personnes se sont réunies au Dimitile pour rendre hommage aux marrons.

Edith Poulbassia


Pour participer à la cérémonie, c’est simple, “Capitaine Dimitile” vous accueille

Non, il ne s’agit pas du chef marron en personne, mais de l’association de l’Entre-Deux qui a choisi de porter son nom. L’association Capitaine Dimitile est chargée d’accueillir le public à 9h30 devant le portail au pied du Dimitile, et de guider les personnes jusqu’à la stèle des chefs marrons pour la cérémonie à 13 heures. Pour Piérique Rivière, gestionnaire de l’association qui s’occupe de la sauvegarde du patrimoine végétal et historique du Dimitile, Ati-Damba est l’occasion de « faire voir aux gens toutes les facettes de la culture des marrons, souvent esclaves malgaches ».
Pour se rendre à la cérémonie, il faut prendre la direction Ravine Citrons vers Dimitile. Ensuite, c’est Argamasse, on passe devant le kiosque, on continue jusqu’à la fin de la route bitumée et on continue par une route bétonnée. Il faut alors poursuivre jusqu’à une sorte de place où la route est barrée par un grand portail vert. Pour accéder au Dimitile, on peut monter en 4x4 pendant 40 minutes (avec l’autorisation de l’Office de tourisme de l’Entre-Deux), attendre le transfert (pour 20 euros l’aller-retour), ou plus courageux, monter à pied en 1h30 environ (pour un marcheur moyen) à 1.800 mètres d’altitude. Le sentier est accessible pour les enfants dès l’âge de 10 ans. A prévoir : un vêtement contre le froid et de bonnes chaussures.


Des marrons et des lieux

Malgré la tentative de l’Histoire d’effacer l’existence des marrons, la tradition orale a su garder les traces de leur passage. Les marrons ont ainsi laissé leurs noms à leurs lieux de vie, ou de mort. Parmi les plus connus : Dimitile, Cimendef, la crête de Marianne, le Piton d’Anchaing, Mafate. On connaît moins en revanche : le Piton des Feux de Mauzac, du nom de cet esclave qui, du haut de son piton, envoyait des signaux aux autres marrons des plaines pour prévenir de l’arrivée de chasseurs ; la Ravine à Jacques, à La Possession, où un marron se suicida, contraint d’abandonner sa compagne blanche prise par les détachements au moment de la fuite et fouettée en place publique ; ou encore la Ravine Constantin à Sainte-Rose, du nom d’un marron tué par les chasseurs. Des marrons qui ont marqué les lieux et l’imaginaire collectif.


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Messages

  • Bonjour à tous,
    je suis actuellement à l’université du Québec à Trois- Rivières et je m’intéresse à l’origine des noms de lieux de notre belle île. De ce fait, j’ai pu voir dans votre article que vous y faisiez mention brièvement. Donc, j’aurais aimé connaitre les références auxquelles vous avez eu recours.Ou si tout autre personne pourrait m’indiquer des références. C,est pour un projet de recherche auquel je tiens énormément. Merci pour vos réponses.

    Voir en ligne : “ATI-DAMBA”, UNE CÉRÉMONIE AU SOMMET DU DIMITILE CE DIMANCHE


Témoignages - 82e année


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