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5 juin, parRapport sur les riches publié par l’Observatoire des inégalités
2 voix pour un roman : “Vendredi Matins”
20 juin 2006

Vendredi 26 mars, 30.000 tonnes de roches se détachaient de la route du littoral, emportant avec elles deux vies. Et si quelqu’un pris sous cet amas s’en était sorti ? “Vendredi Matins”, troisième roman de l’auteur réunionnais Francky Lauret, interpelle l’imaginaire collectif. Une fiction qui questionne, qui ouvre des lectures selon la relation de chacun à l’île.
Après “Haschichin” et “W”, ses deux premiers romans qui attisent la flamme identitaire par le souffle du surnaturel, du merveilleux, avec un soupçon de fantastique, Francky Lauret nous propose un court roman inspiré directement de la réalité. Cela reste une fiction car "s’il n’y a rien de surnaturel à ce que la falaise s’écroule, par contre il aurait été tout à fait fantastique que quelqu’un s’en sorte", commente l’auteur.
Chacun est libre de son interprétation
Si ce dernier roman marque une évolution dans sa perspective d’écriture, on ne peut pas dire pour autant que l’auteur a quitté l’imaginaire pour la réalité. Il quitte son imaginaire personnel, son monde intérieur, pour interpeller un imaginaire collectif, le monde extérieur. N’est-ce pas ce que nous devrions attendre d’un écrivain ? Si ce n’est pas son objectif central, "je ne peux pas dire que je traite un sujet comme celui-là sans chercher à interpeller." C’est aussi pour l’auteur, futur professeur de français créole, le moyen d’"amener les gens à lire, à ouvrir la page d’un livre, parce que cela parle d’eux, d’ici et de maintenant." Pourtant, jamais La Réunion n’est évoquée. Il n’y a aucune description de la falaise, aucune dénomination précise, hormis le sous-titre en page deux : "L’Oublié de la Corniche." "Cette absence d’ancrage internationalise le récit, le place n’importe ou sur la Terre et devient à ce moment-là, peut-être, une métaphore de la condition humaine." "L’Oublié" au-delà du personnage central, qui lui-même n’a pas de nom, pourrait se référer à la falaise que l’Homme enferre de mailles pour freiner son évolution naturelle. "L’Oublié de la Corniche" ou la Corniche oubliée ? L’oublié cela pourrait être ces oubliés, engagés venus de la zone et de l’Europe qui ont perdu leur vie en creusant la roche pour frayer un passage au ti train, aujourd’hui, interdit de circulation. Oublié aussi, le risque que l’on encourre chaque jour en empruntant cette voie devenue économiquement vitale... Chacun est libre de son interprétation. L’auteur reconnaît qu’en développant les traits de ce personnage central pris au piège de l’éboulis, il a beaucoup pensé à l’idée qu’il ne faisait qu’un avec l’île. L’homme enseveli n’est-il pas alors cette Réunion, oubliée, perdue dans l’immensité des eaux ?
Un long poème
L’auteur aime écrire en temps imposé et ses multiples activités menées en parallèle lui en laisse peu. Ces quelques dizaines de pages sont pour lui un travail à chaud, de l’ordre du jet, où "il y a avant tout et malgré tout le plaisir de raconter, de s’inventer une autre réalité." On se demande alors si ce n’est pas dans ces circonstances brutales que l’artiste a le privilège de pouvoir exorciser le flot d’émotions qui nous submergent. "Cette catharsis est une des fonctions de la littérature notamment des pièces de théâtre qui permet d’expurger les douleurs, les vices de la société en les montrant. On exprime sur scène des choses qu’on peut pas dire et qui sont vécues intimement. Est-ce que ça guérit ou va jouer sur les peurs ? Ça je ne peux pas anticiper, je ne peux pas décider comment le lecteur va lire, je peux juste décider comment raconter mon histoire. En tout cas, c’est un livre sans prétention, un petit livre qui raconte une histoire, et l’histoire ne donne jamais la solution."
Ce roman se présente finalement comme un long poème de 60 pages, non pas dans la forme, mais dans la fonction. C’est le principe de la poésie que d’exprimer quelque chose de l’ordre du vivant, mais pas du réfléchi, qui ne vient pas là pour dire des vérités mais témoigner d’un sentiment. Laisser vivre. C’est un livre à lire dans l’embouteillage, le matin, dans le canal bichique. Sa lecture est plus fluide que la circulation.
Stéphanie Longeras
Parution du troisième roman de Francky Lauret
Vendredi (de tous les) Matins
Point n’est besoin de “descendre” aux enfers. L’enfer peut vous tomber dessus, à la manière d’un pan de falaise qui, en s’écroulant, vous engloutit totalement. Déluge de pierres et de gravats. Explosion du basalte au contact du sol qui soulève un énorme nuage de poussière et presque autant de... questions.
Questions toujours en suspens, reformulées à chaque éboulement. Questions vrillées dans la conscience réunionnaise depuis que la route littorale a cru pouvoir défier la montagne en se lovant à ses flancs.
Et si, en dépit des recherches effectuées sous l’hallucinant enchevêtrement de décombres, la vie s’organisait ? Occasion d’un voyage onirique dans les entrailles du cap Bernard. Lente et obstinée progression vers la liberté qui peut difficilement se concevoir sans remises en cause.
Avec “Vendredi Matins”, Francky Lauret - journaliste à Témoignages - revient sur une catastrophe qui a traumatisé toute La Réunion. Un roman court, puissant et tout rempli de (sur)vie. Nous le conseillons vivement à nos lecteurs.
J-M. C.
Rapport sur les riches publié par l’Observatoire des inégalités
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