Vers un office de la langue

Un observatoire scientifique du créole réunionnais

7 novembre 2005

Le 28 octobre dernier, journée internationale créole, une première réunion visant à réfléchir à la mise en place d’un Office de la Langue a eu lieu à Stella Matutina en présence d’une soixantaine de personnes qui toutes œuvrent pour la valorisation du créole réunionnais.

La réunion du 28 octobre dernier à Stella voulait présenter un état des lieux de la situation du créole réunionnais et de ses représentations. Pour Yvette Ducheman, les représentations ont évolué. Si en 1950 nous étions sous le joug d’une politique jacobine qui développait des négatives vis-à-vis de la langue créole réunionnaise, des idées positives, plus justes, se sont développées sous l’influence des études faites par les linguistes réputés et grâce à l’action de groupe de musique.

Une route encore longue

Ainsi la société réunionnaise d’aujourd’hui reste travaillée, partagée, par des idées contradictoires. L’avancée est significative car dans les années 1960 personne n’aurait envisagé que le créole puisse être enseigné. Cependant comme le note Axel Gauvin, la route reste à faire, nous sommes loin d’arriver au bout du chemin : "si nou vé i avans ankor i fo ét pli métodik, pli organizé... Cibler des actions plus résolues et plus organisées."
Dans son intervention, Frédéric Célestin, directeur de publication de "Nout Lang" et professeur de Créole, détaillait l’équipement linguistique existant : atlas, dictionnaire, lexique, glossaire... Il pointait surtout touts les outils qui manquent encore et qui sont indispensables comme un dictionnaire français-créole, un dictionnaire des synonymes, un dictionnaire des faux-amis créole/français...

Équipement linguistique

Ce travail d’outillage linguistique pourrait trouver une plate-forme avec un Office de la langue. Des offices de la langue, ou des instituts existent ailleurs et militent pour les langues régionales en faveur d’un groupe, d’un peuple. Axel Gauvin a présenté quelques-unes de ses structures : Office du bilinguisme d’Alsace, Institut culturel basque, Institut occitan d’Aquitaine, Office de la langue bretonne... Il a analysé les actions que mènent chacun. Les offices et les instituts permettent une meilleure observation sociolinguistique, afin de mieux cibler les actions en vue de valoriser les langues régionales via des dépliants, des argumentaires, des cd-rom, flash télévisé, etc... Une campagne a été menée, par exemple, pour un oui à la langue bretonne. Souvent ces structures offrent des cours, de la formation, pour adulte, pour enfants, parfois elles font aussi de la publication. À La Réunion, une des actions pourrait consister à montrer comment le professeur de Créole enseigne dans les classes, afin de mettre fin à toutes les crispations en montrant la réalité d’un travail qui se construit sur la tolérance et la réflexion, et non sur le diktat et le prosélytisme...

Mieux se comprendre et discuter

L’Office n’est pas une Académie, mais peut susciter des rencontres, des réunions, des discussions pour éventuellement débattre de la standardisation à partir de travaux, de sondages, afin de fonder des décisions sur des bases méthodiques et non idéologiques.
L’Office serait un observatoire, il pourrait avoir un département valorisation, peut être un département traduction... Plusieurs formes juridiques sont possibles, et cela fait bientôt six ans que sa création est évoquée, désirée, discutée, réfléchie. Une réflexion qui se poursuivra encore lors de la prochaine rencontre, le 26 novembre, qui devrait lui donner une impulsion concrète désormais que l’échange n’est plus passionnel, tout en restant passionné.

Eiffel


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