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10 MAI : COMMEMORATION DES MEMOIRES DE LA TRAITE NEGRIERE, DE ESCLAVAGE ET DE LEURS ABOLITIONS
12 mai 2007

Tremblay-en-France, son maire, François Asensi, et ses habitants accueil-laient, le 10 mai dernier dans le cadre de la 2e édition de la Journée nationale de l’Abolition de l’esclavage et de la traite négrière, une rencontre émouvante à laquelle étaient invités Gelita Hoarau, Sénatrice de la Réunion, ainsi que Si-meon Salpetrier, ancien vice-président de la région de la Martinique. Cette ville n’a pas attendu cette date commémorative pour honorer la mémoire des communautés d’outre-mer en donnant dès mai 1998 le nom de Toussaint Louverture au gymnase où a eu lieu cette rencontre. Cet ancien esclave af-franchi, chef de la rébellion, devenu général des armées espagnoles avant d’être en 1796, général de la République française, et plus tard gouverneur général à vie. Faute d’accepter la tutelle de Napoléon, Toussaint Louverture fut prisonnier par traîtrise le 7 juin 1802, et emprisonné au Fort de Joux dans le Jura où il mourra de faim et de froid le 7 avril 1803.
Voici de larges extraits de l’intervention de François Asensi.
« Nous commémorons cette année. Le 10 mai 2001, l’Assemblée nationale a reconnu la traite et l’esclavage comme un crime contre l’humanité. En votant cette loi, elle a fait de la France le premier pays du monde à se définir solennellement sur l’histoire de l’esclavage. (...) Je remercie Paul Vergès, président du Conseil régional de la Réunion, Huguette Bello députée de la Réunion, Ernest Moutoussamy, Maire de Saint François pour leurs chaleureux messages de soutien.
La France est souvent pionnière dans les progrès de la raison. Avant d’abolir l’esclavage définitivement au 19e siècle, elle avait été la première nation à l’abolir au 18e siècle, par la Convention Montagnarde, celle de Robespierre, Danton, Saint-Just. Il faut reconnaitre aussi que la révolte des esclaves en 1791 dans la « perle des Caraïbes » lui avait bien forcé la main. (...) Comme le résume admirablement Montesquieu dans l’Esprit des lois : « les peuples d’Europe ayant exterminé ceux de l’Amérique, ils ont dû mettre en esclavage ceux de l’Afrique pour défricher tant de terres ».
(...) Commémorer l’abolition de la traite et de l’esclavage ce n’est pas cultiver une mémoire particulière. C’est célébrer une victoire de tous, de la communauté humaine tout entière, de l’universalisme. Il nous faut poursuivre aujourd’hui pour que progresse encore notre l’humanité. C’est pourquoi la tentative de réhabilitation colonialiste visant à imposer le « rôle positif » de la France Outre-mer dans les programmes scolaires était inacceptable. Qui connaît réellement en métropole l’histoire meurtrière de l’émancipation des esclaves dans nos colonies ? Les enjeux de mémoire sont extrêmement sensibles pour le descendant d’esclave.
(...) Reconnaître le crime contre l’humanité, comme l’a proposé la loi Taubira que j’ai eu l’honneur de voter, ce n’est pas de la repentance ni de la haine de soi. Mais « un peuple qui en opprime un autre n’est pas un peuple libre » écrivait Marx. Il ne s’agit pas de culpabiliser le peuple français comme le prétend le nouveau président de la République. Mais si la France veut s’inscrire dans l’universalisme, elle doit condamner sans réserve son passé esclavagiste et colonial. (...)
Des siècles durant, les grandes nations de l’Europe auront pratiqué la traite transatlantique et le commerce triangulaire pendant que les pays arabes auront développé la traite transsaharienne. Il a fallu une révolution pour l’abolir une première fois. Il en faudra un deuxième pour l’abolir définitivement (...) le 27 avril 1848, par Victor Schoelcher, sous-secrétaire d’Etat. L’histoire n’en a pourtant pas fini avec l’exploitation et le mépris racial. Une trentaine d’année après l’abolition de l’esclavage, le Code de l’indigénat est promulgué. Il est instauré l’année même de l’instruction primaire et laïque. (...) Un colonialisme raciste succède ainsi directement à l’esclavagisme. Notre monde porte encore aujourd’hui la trace de cette domination et de cette histoire. Les termes de métropole et de périphérie structurent encore notre pensée. (...)
Le projet « d’immigration choisie » qui nous a été proposé pour faire face à nos besoins de main d’œuvre n’a toujours pas été abandonné. Il s’inscrit pourtant dans la tradition coloniale de notre pays. Il légalise sans aucune honte le pillage de l’élite des pays pauvres, déjà saignés par des siècles d’esclavage et de colonialisme. Alors que les inégalités mondiales s’accroissent, il nous promet toujours plus de compétition et de dureté là où il nous faudrait la solidarité du co-développement. (...)
Je veux rappeler à l’occasion de cette commémoration que les ultramarins ont des demandes légitimes et des droits à défendre. Je pense aux congés bonifiés, aux liaisons aériennes de leur territoire d’origine, à l’égalité dans l’accès à l’emploi et au logement, à la reconnaissance culturelle. (...) Non seulement les descendants d’Africains déportés ont toujours fait partie de notre humanité, mais ils nous ont livrés leur génie propre dans tous les domaines : dans les armes, les lettres, la musique, l’action publique ou ailleurs. Je pense aux Dumas, père général et fils écrivain ; au Chevalier de Saint-Georges, personnage de légende, fils d’esclave à la fois escrimeur et musicien hors normes, parfois surnommé le « Mozart noir » et Colonel de l’Armée française pendant la Révolution ; à Aimé Césaire, l’un des plus grands poètes de la langue française ; à Gaston Monnerville, plus de 20 ans à la présidence du Sénat ; à Martin Luther King, l’emblème international de la non-violence.... (...)
Cette lutte pour l’égalité des droits, pour l’universalité du genre humain nous concerne tous. Lorsque les droits de quelques-uns sont visés, ce sont les droits de tous qui, à terme, sont menacés. Nous devons donc continuer à la mener tous ensemble. C’est pourquoi, aujourd’hui plus que jamais, je continuerai à défendre comme nous l’avons toujours fait à Tremblay les conquêtes de l’égalité, de la solidarité, de l’universalité pour une société plus juste et plus fraternelle. »
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