Un 14 juillet sous le signe du travail militant
15 juillet, parProgramme d’activités pour commémorer un triple anniversaire
Alexin Arne
5 décembre 2008

« Faut un ministre “Mozart” en France ! ». Rien que ça ! Celui qui le clame, le plus sérieusement du monde, c’est Alexin Arne, 78 ans, musicien. Il a beaucoup galéré, animant bals, kermesses, mariages, sorties troisième âge dans toute l’île. Il a beaucoup voyagé, grâce à la musique, aux quatre coins du monde.
Le vaillant “gramoune”, qui ne se fait pas prier pour raconter les innombrables péripéties de son existence, a fêté ses 78 ans le 21 février dernier. Né à Saint-Paul d’un père cultivateur, Alexin Arne habite toujours dans le quartier de Barrage-les-Hauts à La Saline. Rue... Arne, bien évidemment. Un quartier dans lequel il fait figure de patriarche.
Dernier d’une fratrie de douze enfants, Alexin en est l’unique survivant : « Tout’ lé finn mor, inn apré l’ot, apré papa en 67 ou 68 ».
Lui même a eu onze enfants. « P’ti, moin la pass la mizèr... », commence-t-il. Il ne se souvient plus trop bien de certains épisodes de son enfance et de son adolescence, et parfois mélange allègrement des faits.
« Dan c’tan-là, mi alé l’ékol maron, Barrage, dann kann. Té i paye ! Nou té mange manioc siro kom mangé... ».
Cours de musique à Saint-Denis
Vers l’âge de 10-11 ans, le petit Alexin va apprendre la musique à Saint-Denis.
« Moin la suiv ma sœur Augusta chez son patron, un professeur de musique, Georges Gabarre, un métro. Li la appri a moin la muzik. La commence par piston. Apré, trombone, mé li la di a moin na tro d’doi, joue trompette... Moin l’avé cinq livre de musique » - des méthodes d’apprentissage qu’il a conservées. Il va aussitôt chercher sa “Méthode de guitare simple et pratique pour étudier seul la guitare par Francis”, éditions Salabert à Paris. Ça sent la naphtaline. « Pour conserver, pou pa i pique », argumente-t-il. Il feuillette avec respect l’ouvrage qu’il a dû ouvrir des milliers de fois dans le temps. On y trouve pêle-mêle aussi bien “The star splanged banner”, l’hymne américain, “Plaisir d’amour” de Martini-Salabert, que “Manouchka”, chanson russe, “Tambourin” de Rameau, ”Berceuse, Prélude de la goutte de pluie” de Chopin, “Vieille chanson islandaise”, etc...
« Moin la appri le solfège. Puis moin la joué en routine. La mesure, c’était pour danser. Moin la bien marché », résume-t-il, fier de son parcours.
Alexin sort de l’école de musique à 16 ans. « Moin la pousse toute, té manque a moin un point pou être professeur de musique. Malgré ça, moin la donne beaucoup de cours, moin la eu beaucoup d’élèves ».
Aux quatre coins du monde
Fouillant dans ses albums et paperasses, il sort une photo datant de 1989. Alexin y est entouré de l’équipe de football du Milan AC, dont les joueurs qui avaient participé à la précédente Coupe du Monde. Il commente : « Moin té lo match-là. Pas pou jouer, pou travailler. Première fois moin la vu la police à cheval autour terrain ! Un gros cafre té appelle Basile Boli la marque le but... Corner pour l’OM : quand Basile Boli la trappe ballon, ène ti yab i appelle Papin la pose le pied, ballon la sorti, corner ! Tir ! Le goal la trappé, mais la pas gaigne trappe bien dans la main, la touche le bout’ des doigts, Boli la met’ la tête, ballon dann filet. Un-zéro ! Un but seulement, la gaigne la coupe ! Dès que la marque le but, nous la entonné, nout l’orchestre té payé pou ça ».
Il poursuit sur différents sujets, puis revient sans cesse à celui de la musique. S’il a beaucoup voyagé, ce n’est tout de même qu’à partir de l’âge de « 37-40 ans ». Mais ce sera aux quatre coins du monde ! « Moin lé parti en France avec l’orchestre Triomphales de l’Ouest, ène ti l’orchestre la bien marché. Avant ça, moin té dann un l’orchestre la pas bien marché. Le problème, la Réunion, c’est que ène lé plus jaloux que l’autre ! (...) Après, un boug, un pilote belge, Ricin, la fait v’nir a moin à Paris, l’a fait visite a moin partout. (...) Nous la monte un l’orchestre Arts et traditions. Avec un Camerounais té appelle Mali à la basse, Jean Moutou à la batterie et au chant, Raymond Vergoz au saxo et à l’accordéon, un boug moin té crie Gros Marmaille, lé plus gros que moin, mais son nom té Fred Séraphin, Tétin Célestin, un boug Saint-Pierre à la basse, et moin-même mi jouais un peu de tous les instruments ».
Sur “L’Elizabeth II” et devant le Palais de la reine
Avec son orchestre, Alexin Arne en a vu du pays ! Il énumère et commente : « Marseille, une ville i fait peur. Té vers 1990, ène négresse malgache là-bas té veut amène à moin marcher dans son l’auto décapotable. Camarades la prévient a moin là-bas i enlève domoune. Elle té une hôtesse de l’air, l’avait travaille sur AOM, puis sur Air Austral... La Côte d’Azur, Montpellier, Avignon, Mourmelon, Rochefort, Paris, Deauville, Trouville, Cabourg... Le Canada... ».
Une anecdote : « Mi sort Canada, i passe New-York, par-devant Manhattan. Lèr retour, mi apprends un bomb la bézé. Miami, c’est une ville bien, mais pas un endroit pou aller : lé trop loin ! Et puis, lé dangereux, i effraie a moin : dann chemin, marmailles na gros revolvers i pendillent avec zot ceinture, i dit pas “la police” i dit “shérif”. Na point la loi comme ça ! Et l’argent lé pas pareil. Na Cadillac, l’auto i fait 6,20 mètres. Allez battre carré, après ou va dit a moin si moin lé mentèr, na un libre-service i vend rien chapeau cuir, bottes avec le fer derrière, fusils et armes, ni canon, toutes qualités revolvers... Moin lé parti l’Angleterre et dans l’océan Indien, Maurice sept fois, Rodrigues, Seychelles ».
Alexin ne regrette pas les voyages qu’il n’a pas faits : « Moin la failli aller d’autres pays, comme l’Espagne et l’Australie, mais moin la préfère rentre La Réunion, parce que là-bas ou lé comme un chien dans l’arrosoir : zot i cause ou comprend pas ! ». Un nouveau pli barre son front, il réfléchit, puis : « Rézman moin lé v’nu, parce que moin la gaigne l’attaque, moin la rentre l’hôpital. Une Italienne la dit a moin : “Ça, c’est maladie bon Dieu. Dis merci ! Tout ce qui arrive, Tonton, faut dire “merci bon Dieu !”. Quand un moune i dit a ou “Tonton”, c’est qu’li aime a ou ! ».
« Même maintenant, mi joué plus mi voyage beaucoup. Moin la rempli au moins quatre passeports... ».
Une date reste gravée dans sa mémoire : le 24 mars 2000, Alexin a animé un bal à bord de “L’Elisabeth II” en Angleterre. Il a aussi joué devant le Palais de la reine. « La reine, mi calculé té une jeune fille. I paraît que ça lé riche ! Bon Dié lé pas trop juste : sak li la donné la donne trop, sak lu la pas donné la pas donne du tout. Ou d’mand a moin pourquoi ? Ben, parce que si moin navé, moin té pas là ! ».
Quand il ne voyageait pas à l’étranger, Alexin voyageait dans son île, animant les bals, les kermesses, les fêtes diverses, les mariages, etc... A l’en croire, la musique (la sienne, celle qu’il a connue, celle qu’il a jouée) n’a pas de prix...
Propos recueillis par Marc Kichenapanaïdou
Programme d’activités pour commémorer un triple anniversaire
Mézami, zot i koné bien késtyonn lo, nout péi lé in pé pli avantazé ké d’ot é nout problèm, pou l’instan i vien par bann zérèr bann zinstitission (…)
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