“Cahier d’un retour au pays natal”

Un poème porté à la scène

28 mars 2006

Il sera ce soir au Tampon, il était samedi à Saint-Denis et “Témoignages” ne pouvait manquer d’aller découvrir l’interprétation faite par Jacques Martial du texte qui a révélé Aimé Césaire au monde.

Il entre en scène, le nègre, chargé de sacs comme fait dans du papier journal duquel il sortira ses tissus et ses frusques de sans domicile fixe avant de les éparpiller sur scène selon la géographie des déportations massives.
Les sacs sur scène comme un morne, île de misère et de souffrance que le poète exècre. Son poème est un cri qui tend vers l’amour, ou le ré-amour de son pays, de soi, de l’homme. Ré-appropriation du natal par le natif, cahier d’une reconstruction du chaos, retour à l’élan fraternel.

Théâtre ou poésie ?

La voix de Jacques Martial épouse l’écriture de Césaire dans ce cri d’affirmation de l’humanité de tout homme, même s’il n’est pas blanc. Comment sortir du texte pour parler du défi relevé par Jacques Martial et de sa performance ? Le “Cahier d’un retour au pays natal” qui nous est donné à voir et à entendre pose des problèmes de frontière entre poésie et théâtre, entre acteur et poète. Jacques Martial est acteur, le poème est mis en scène, chuchoté, dit, clamé, asséné avec tout le jeu et la puissance de sa voix. Il ne fait aucun doute qu’il fait corps avec l’œuvre, que la parole du nègre résonne encore dans son cœur de négropolitain.

Etes-vous prêt ?

Il ne faut pourtant pas aller voir sa proposition comme on se prépare à voir une pièce de théâtre. Ceux qui ont lu le poème, voire même ceux qui l’ont étudié puisque le Cahier a été au programme du baccalauréat, se joindront avec plaisir aux sensations procurées par cette interprétation. Ceux qui ne connaissent pas l’œuvre, ni l’auteur, feront une rencontre brutale avec une langue complexe et subtile, un verbe qui désarçonne et ne s’arrête jamais. Il faut du souffle pour savoir l’écouter. Il faut en tout cas, être prêt à le rencontrer.

Eiffel


Signaler un contenu

Un message, un commentaire ?


Témoignages - 82e année


+ Lus