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5 juin, parRapport sur les riches publié par l’Observatoire des inégalités
Jacques Chirac répond ce lundi aux propositions du Comité pour la mémoire de l’esclavage : 3 questions à Gilles Gauvin et Françoise Vergès, membres du comité
30 janvier 2006

C’est aujourd’hui, lundi 30 janvier, que le président de la République recevra le Comité pour la mémoire de l’esclavage (CPME), présidé par l’écrivaine guadeloupéenne Maryse Condé. Les parlementaires de l’Outre-mer ont été invités à cette rencontre, à laquelle participera notamment Paul Vergès, président de la Région Réunion et député au Parlement européen.
À l’occasion de la rencontre de ce matin à l’Élysée entre le président de la République et le C.P.M.E., Jacques Chirac va se prononcer sur les propositions du Comité visant à donner un contenu bien concret à la commémoration - en métropole - de l’esclavage dans les colonies françaises et de son abolition, et d’en fixer une date symbole.
À ce sujet, le Comité s’est prononcé en faveur de la date du 10 mai, jour de l’adoption par le Parlement en 2001 de la loi Taubira reconnaissant la traite et l’esclavage comme crime contre l’humanité.
Lors d’une conférence de presse, jeudi dernier, plusieurs députés (PS et UMP) d’Outre-mer ont vivement contesté ce choix. Relayant les préoccupations de plusieurs associations ultra-marines, ces élus continuent de plaider pour le 23 mai, date d’une manifestation, en 1998, de quelque 40.000 Français originaires des DOM. Le PCF s’est également prononcé pour le 23 mai.
Mais au-delà de cette querelle de date, il nous a semblé important d’interroger les 2 membres réunionnais du Comité pour la mémoire de l’esclavage - Gilles Gauvin et Françoise Vergès - pour mieux cerner leurs attentes face à cet indispensable travail de mémoire que la France doit entreprendre sur elle-même.
Un moment fort dans l’Histoire
o Dans quelles dispositions d’esprit êtes-vous à la veille de la rencontre de ce lundi entre le Comité pour la mémoire de l’esclavage et le président de la République ?
- Gilles Gauvin : Personnellement je suis serein, car notre rapport est l’aboutissement d’un travail solide. Le Comité a élaboré une série de propositions ; à présent, il s’agit d’un choix politique.
Bien-sûr, il faut s’attendre à de violentes critiques - en particulier dans le contexte que nous connaissons aujourd’hui -, mais je crois qu’en observant l’origine de ces critiques, on s’apercevra du caractère profondément républicain de notre projet.
Par ailleurs, je suis étonné de voir certaines critiques n’apparaître qu’à la veille de l’annonce, alors que notre rapport a été rendu en avril 2005 et qu’il est disponible en ligne et dans toutes les bonnes librairies...
Je pense que cette annonce constituera en fin de compte un moment fort dans l’histoire de la République et on ne peut que se réjouir que 2 Réunionnais se soient retrouvés dans ce projet.
Mais j’ai surtout une pensée pour toutes les associations d’Outre-mer et de métropole qui se sont battues et qui ont soutenu les élus pour obtenir la loi portée par Christiane Taubira et votée le 10 mai 2001. J’attends enfin de voir comment les propositions que nous avons faites autour du symbole de la date seront reprises.
- Françoise Vergès : Nous attendions depuis le 12 avril 2004 une réponse du gouvernement à nos propositions. Nous nous réjouissons donc que le président de la République organise cette réception en l’honneur du Comité pour la mémoire de l’esclavage et espérons que toutes nos propositions auront retenu son attention.
Notre rapport, comme vous le savez, examinait de manière approfondie quelles propositions dans les domaines de l’enseignement, de la recherche et de la culture pouvaient, une fois réalisées, transformer l’opinion publique en France métropolitaine et l’intéresser à cette histoire centrale.
Des propositions liées les unes aux autres
o À l’occasion de cet entretien avec le chef de l’État, quelles sont les principales propositions de votre comité que vous souhaiteriez faire avancer afin de contribuer au travail de mémoire ?
- Gilles Gauvin : Toutes les propositions que nous faisons sont intimement liées les unes aux autres, et c’est cette cohérence qui fait, à mon avis, tout l’intérêt du rapport.
En tant qu’enseignant dans le secondaire, je suis bien-sûr plus particulièrement attaché aux réalisations dans le domaine de l’Éducation nationale. Je pense en effet que dès l’année scolaire prochaine, un certain nombre de décisions peuvent concrètement être mises en œuvre.
D’ailleurs, d’ici la fin de l’année scolaire, un certain nombre de projets auront été rendus opérationnels dans l’Académie de Rouen : mise en ligne de bibliographies et de chronologies, de séquences pédagogiques et mise à disposition au CRDP de Rouen - grâce à l’intervention du Musée Dapper de Paris - d’une exposition qui sera ensuite proposée aux établissements, liens avec les dossiers constitués sur ce thème par les Archives départementales du Havre...
La principale de mon collège a accepté que nous organisions le 12 mai prochain une journée banalisée sur la thématique. On aura ainsi un exemple concret d’opération qui pourra inspirer d’autres établissements de l’Académie. J’espère lui donner une certaine ampleur pour qu’elle constitue un point de départ pour l’avenir.
Mais, dans la longue durée, la poursuite de ces projets pédagogiques à l’échelle nationale ne peut s’envisager sans tout le travail de la recherche en amont, et en complémentarité avec le développement des lieux de mémoires sur le territoire hexagonal.
- Françoise Vergès : Le président va se prononcer sur ces propositions. Nous allons donc l’écouter avec attention. Notre travail n’est pas terminé puisque nous avons été nommés pour 5 ans (jusqu’en 2009 donc) et nous allons continuer à avancer de nouvelles propositions dans le cadre de notre mission.
Le 10 mai : un choix pour consolider l’idée républicaine
o Concernant votre proposition de faire du 10 mai en métropole une “Journée des mémoires de la traite négrière, de l’esclavage et de leurs abolitions”, il est clair que ce travail de mémoire absolument indispensable s’adresse avant tout à la France hexagonale, entendu que dans chaque Département d’Outre-mer, cette œuvre se fait et continuera à se faire à des dates d’ailleurs différentes. Mais alors, au-delà de la polémique, pourquoi votre comité a-t-il retenu la date du 10 mai ?
- Gilles Gauvin : Nous avons longuement expliqué dans notre rapport les raisons de ce choix. Pour être simple, on peut dire qu’il est motivé par la volonté de ne pas rester figés dans une “mémoire ressassement”, mais de construire ensemble l’avenir en soulignant toute la dynamique et les forces créatives que les populations françaises d’Outre-mer, nées de l’esclavage, peuvent apporter à la nation.
Des polémiques vont, comme toujours, se développer pendant un certain temps : pourquoi pas la référence directe à l’abolition de 1794 ou à celle de 1848 ? pourquoi pas tel ou tel événement de résistance historique aux Antilles ou ailleurs ? pourquoi pas le 23 mai, qui correspond à un mouvement né en 1998 en réaction aux commémorations officielles de l’abolition de l’esclavage ?
Notre choix est ailleurs : le jour de l’adoption de la loi, défendue par les élus de l’Outre-mer, qualifiant la traite négrière et l’esclavage de crime contre l’humanité.
Ce choix ne peut que consolider l’idée républicaine et lui permettre de résister aux communautarismes qui s’affirment dans le contexte de crise économique et sociale que nous connaissons.
La voix des populations de l’Outre-mer
- Françoise Vergès : Il est important de le répéter : cette date de commémoration nationale ne remplace pas les dates dans les DOM.
Lors du débat en 2001, tous les élus des DOM participent à la discussion et il est clair qu’un de leurs soucis est de faire en sorte que la population en France hexagonale connaisse déjà les faits (l’ignorance est assez grande). La date devait donc tout d’abord s’adresser à ce public.
Ensuite, la date choisie ne devait pas rappeler une date liée à un seul territoire (insurrection à Saint-Domingue ou libération en Martinique par exemple).
Il nous a aussi semblé important de s’inscrire dans le présent afin d’ouvrir l’avenir. Or la loi de 2001 est discutée dans un contexte qui dépasse le cadre français en introduisant cette notion devenue une notion de Droit international, la notion de “crime contre l’humanité”.
Finalement, c’est la date de l’adoption de la loi, une loi portée par les élus de l’Outre-mer, eux-mêmes se faisant la voix des populations de l’Outre-mer, qui n’avaient pas cessé de transmettre et valoriser les héritages des esclaves.
Entretiens : L. B.
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