Lu dans “Témoignages” le 2 novembre 1984

Un quartier en état de choc

13 janvier 2007

« La population portoise n’avait pas vu cela depuis le 25 mars 1962 » : “Témoignages” revient sur la violente répression policière de la manifestation des jeunes pour la cantine gratuite et les bourses scolaires. Notre journal donne la parole à des habitants de la ZAC du Port qui ont dû subir les tirs de bombes lacrymogènes.

Après les nombreux tirs de bombes lacrymogènes le mardi 23 octobre sur le quartier de la ZAC du Port, l’action s’est dénouée sur la place centrale, devant la boutique d’alimentation du quartier. C’est là aussi que la police a arrêté la plupart des personnes qui sont passées en jugement.
La propriétaire de la boutique, Mme Valin, rappelle comment la police est “tombée” sur les personnes se trouvant à proximité, et même dans son commerce :
« Na vé in pé domoun dann la boutik mé la plipar té déor. In pé i fé komisyion, in pé i rogard. Domoun té kirié, forséman. Mi rapèl in ti marmay té vni asèt sorbé, té i plér. Kan la polis la sarzé, domoun té déor la kouri, in pé la rantré.
La pa byin di tou sak la polis la fé : gronad té i tomb partou dovan. La polis té i dwa paf é sa. Zot na pwin lo drwa rant partou, tap domoun. Dan la zourné, la boutik té ferm trwa fois. Mé lo swar, kan la polis la vouli rant isi dan, mwin la fermé lo rido dfèr ».
La voisine au numéro 70 est originaire de Saint-Louis, où la population a appris au cours des 25-30 dernières années ce qu’était la répression des planteurs et des travailleurs par les forces de Police.
Pendant la journée de mardi, 4 à 5 bombes sont tombées dans la cour. La famille n’en a plus le compte exact. Ce qu’elle sait, c’est qu’elle a eu sa dose de gaz. Les plantes du jardin aussi (...).
Tout une partie du jardin avait littéralement « brûlé » et ce qui n’avait pas été atteint directement avait péri sous les émanations de gaz. « Tout lé sèk o pié », commentait la mère de famille, ajoutant qu’elle n’avait rien vu de semblable depuis février 62 à Saint-Louis, il y a 22 ans de cela...
Un peu plus loin dans la même ruelle, au numéro 66, une bande d’enfants du quartier s’était donnée rendez-vous pour passer l’après-midi. Six marmay âgés de 2 à 11 ans ont été surpris par le bruit et les émanations des grenades. Ne sachant plus comment les calmer, la mère les a tous déshabillés et passés à tour de rôle sous la douche, leur appliquant après un linge mouillé sur les yeux.
Si les CRS ont quitté le quartier en jugeant qu’ils avaient “bien rigolé”, ce n’est pas précisément le souvenir qu’en ont gardé les enfants de la ZAC.


Le projet de loi sur la parité sur le point d’être adopté

La commission des lois de l’Assemblée nationale a adopté, le 10 janvier, le projet de loi sur la parité hommes-femmes dans les exécutifs des régions et des communes de plus de 3500 habitants, sans modification par rapport à sa rédaction issue du Sénat. Cette adoption laisse présager un vote conforme en séance par les députés, le 17 janvier, rendant définitif le projet de loi. 
Ce texte, examiné en procédure d’urgence, avait été adopté par les sénateurs le 15 décembre. Il instaure une obligation de parité dans les exécutifs des communes de plus de 3500 habitants, ainsi que dans les exécutifs régionaux, pour la désignation des adjoints au maire, des membres des commissions permanentes et des vice-présidents. Au niveau départemental, il prévoit que tout conseiller général aura un suppléant de sexe différent, amené à lui succéder automatiquement dans certaines circonstances. Au niveau national, il augmente de 50% les sanctions financières infligées aux partis qui ne respectent pas la parité dans les candidatures aux élections législatives. Cette disposition ne concernera pas les législatives de 2007.


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Témoignages - 82e année


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